

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…



Je fais passer le savon encore sec mais doux sous l’eau, le temps de le dissoudre, de faire mousser. Il glisse. Il m’échappe et tombe au fond du lavabo avec un son mat. La discrétion de la chute, cette pudeur de l’échec. Je me dis humilité n’est pas humiliation. Je n’ai pas honte de mes fêlures, de mes faillites. Je me relève toujours, et toujours lentement parce que le rebord du monde est aussi glissant que la faïence humide. Je repose le savon et je rince la glycérine qui fait une couche fine, surgrasse. Voilà, je m’en lave les mains. Rien de ce, de ceux qui m’entourent ne peut freiner mon avancée. Je ne me laisserai plus impressionner, dénigrer, flouer, négliger, mépriser, moquer, maudire. Exit methylchloroisothiazolinone. Exit sulfate et parfums de synthèse. Existence vidée de ses substances superflues, nocives, nettoyée de son superflu. Je me débarrasse du surnuméraire, je me purge du surplus. Je me purifie. Je m’épure. Ma main propre et maintenant sèche sait bien qui je suis. Et si elle me sort par le bras c’est pour assurer mon indépendance. Nul tressaillement, nul haussement de cil, froncement de rides pour barrer le front autant que la route que je me suis assignée. Aucune planche savonneuse sous mes pas. J’essuie mes plâtres, l’enlève la poussière et je marche. Droit devant.
Perle Vallens

Lieux sont des bras
pour embrasser
ou arbres pour gagner sa pureté
à leur force
oxygénation du corps
carbonique
qui sait la dimension de l’embrasure
l’élongation variable et la puissance
des brasiers
Perle Vallens


j’entretiens des intelligences
avec l’ennemi héréditaire
la puissance étrangère a un rictus
étrange un acquiescement
d’un mouvement de tête
je déchausse en pleine course
d’obstacle
ce qui se rétame n’est pas le sourire
c’est la dent qu’on a contre la vie
ce qui manque à un moment
c’est le courage de respirer
Perle Vallens

flancs familiers
à ma bouche famélique
d’un choc amical à l’aine
j’encaisse
oblongue la caresse
oblitère en fermeture m’obstrue
mon ventre est une permaculture
qui requiert son comptant d’eaux
Perle Vallens

ne réponds pas à la nostalgie
ce qui coule à pic
ou ce qui cogne
ce beurre noir mal cuisiné
façon crème de beauté
façon contour de l’œil
tu touilles tes souvenirs
par habitude
ça racle bec et ongles
toujours vivaces
à l’arrachage
Perle Vallens

Je tombe

dents poreuses d’avoir trop mordu
canines requineraient bien encore
grand blanc pleine bouche
jugulaire à usage unique
animal à sang chaud
un charnier entre les molaires
Perle Vallens

ce qui fait défaut ce qui est défectueux
ce qui nous défie ce qui défaille
ce qui nous définit si mal
tu dis une traîtrise ou un trait de caractère trop marqué
ce qui se tait ce qui se terre
ce qui terrasse ce qui terrifie
ce qui dénigre ce qui nous grève
ce qui déserte ce qui assèche
cette soif qu’on ne peut contenir
ce qui ne s’étanche pas ce qui se détache
ce qui déchante ce qui te déchire
ce que tu ne choisit pas
ce flottement sans que rien ne t’arrime
démunis démis décimés
ce qui est dément est démenti
ce qui nous démet : ce déni
Perle Vallens