atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Pente savonneuse

Je fais passer le savon encore sec mais doux sous l’eau, le temps de le dissoudre, de faire mousser. Il glisse. Il m’échappe et tombe au fond du lavabo avec un son mat. La discrétion de la chute, cette pudeur de l’échec. Je me dis humilité n’est pas humiliation. Je n’ai pas honte de mes fêlures, de mes faillites. Je me relève toujours, et toujours lentement parce que le rebord du monde est aussi glissant que la faïence humide. Je repose le savon et je rince la glycérine qui fait une couche fine, surgrasse. Voilà, je m’en lave les mains. Rien de ce, de ceux qui m’entourent ne peut freiner mon avancée. Je ne me laisserai plus impressionner, dénigrer, flouer, négliger, mépriser, moquer, maudire. Exit methylchloroisothiazolinone. Exit sulfate et parfums de synthèse. Existence vidée de ses substances superflues, nocives, nettoyée de son superflu. Je me débarrasse du surnuméraire, je me purge du surplus. Je me purifie. Je m’épure. Ma main propre et maintenant sèche sait bien qui je suis. Et si elle me sort par le bras c’est pour assurer mon indépendance. Nul tressaillement, nul haussement de cil, froncement de rides pour barrer le front autant que la route que je me suis assignée. Aucune planche savonneuse sous mes pas. J’essuie mes plâtres, l’enlève la poussière et je marche. Droit devant.

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·photo n&b·poésie·prose

Je tombe comme

Je tombe

  • comme la plume ses va-et-vient ses balancements ses oscillations dans le vent sa grâce sa légèreté en bascule finale posée au sol
  • comme la feuille son décroché son arrachement à la branche son passage des saisons dans la soif brûlée asséchée nue
  • comme la pierre lourde d’elle-même grise apesanteur rendue à la terre inerte mais solide encore
  • comme la pluie de fine à drue ses hallebardes ses lames coupantes glaciales herbes hachées pétales déchiquetés ce qu’il en reste de la charpie
  • comme la tête dure à l’endormissement mais endormie tout de même à l’arrière de la voiture son hochement qui n’en est pas un et sa retombée brutale qu’on dirait décapitée
  • comme l’enfant son genou heurté sanguinolent ses pleurs que rien ne semble calmer pas même le bisou qui soigne mais un coup de mercurochrome un leurre une guérison immédiate pour de faux
  • comme le cheval qui chute et c’est comme déchoir de son galop natal quand il se redresse avec peine sur ses jambes fébriles frêles si fines que l’on pense qu’il va chuter à nouveau
  • comme l’ascenseur sa descente douce au départ 3ème sous-sol celui du parking sombre mais celui du film d’horreur lâché d’en haut d’une tour dont les câbles ont cédé que rien ne peut retenir que celui du secours celui de la prière
  • comme l’oisillon qui s’écrase sa chute du nid alors qu’il pensait déjà savoir voler à qui sa mère avait appris ce qu’il faut pour battre des ailes se maintenir avancer dans la vie
  • comme le couperet de la parole définitive refusant l’échappatoire sa fin de non recevoir tout aussi irrévocable que celui du silence imposé
  • comme un cheveu sur la soupe même pas coupé en quatre mais trop long pour ne pas se sentir de trop pas à ma place unique cheveu sur un crâne glabre
  • comme on tombe sur un os et parfois tout un squelette peut-être même le sien
photo n&b·poésie

Trou noir

ce qui fait défaut ce qui est défectueux
ce qui nous défie ce qui défaille
ce qui nous définit si mal

tu dis une traîtrise ou un trait de caractère trop marqué
ce qui se tait ce qui se terre
ce qui terrasse ce qui terrifie

ce qui dénigre ce qui nous grève
ce qui déserte ce qui assèche
cette soif qu’on ne peut contenir

ce qui ne s’étanche pas ce qui se détache
ce qui déchante ce qui te déchire
ce que tu ne choisit pas
ce flottement sans que rien ne t’arrime

démunis démis décimés
ce qui est dément est démenti
ce qui nous démet : ce déni

Perle Vallens

Actualité·collectif·Editions Jacques Flament·photo n&b·prose·recueil·Revue littéraire & fanzine

Texte et photographie dans Résonances

Écrire un texte en résonance avec une photographie, tel est le principe de cet ouvrage collectif édité par Jacques Flament pour lequel je participe à nouveau. Cette fois c’est sur l’une de mes propres photographies que j’ai écrit, une de celles du livre sur l’enfance publié par le même éditeur, Que jeunesse se passe.