
Dans ma tête

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Premier son peut-être indécelable pour l’une des deux oreilles peut-être la traversée de l’os comme un gémissement sourd une griffure dans la jointure
Deuxième son amplifié dans la pliure du genou un craquement la course des nerfs leur galop en surface quelque chose flotte à l’intérieur qui prend feu
Troisième son la plainte gravit la pente jusqu’au crâne le choc s’entend loin au cœur centaines de bêtes à l’œuvre la plaie vive brûlante tout le corps irradié
Perle Vallens

C’est le souffle le premier qui se modifie et la sensation en creux d’un trac, d’une excitation. Je sais que certains sont malades avant un voyage, c’est une sorte d’angoisse. Ce n’est pas mon cas mais quelque chose remue au ventre, qui s’emballera quelques minutes avant l’heure prévue du départ. C’est infime d’abord, ourdit son galop à venir, se laisse le temps, mince dans la carapace de l’attente. Puis, ça se déploie, dans la largeur, dans la hauteur du buste. Une manière de longitude et de latitude de l’idée de voyage qui grandit le long du sternum, vient se loger dans la poitrine, cogner au coeur. Ca caresse la part d’insomnie, avant de prendre pied dans le sommeil, par à coups. Les cernes, c’est pour demain, et l’estomac qu’il faudra dénouer.
Perle Vallens
Les nuits de la lecture ont lieu cette année du 19 au 21 janvier 2023, sur le thème de la peur. A cette occasion, j’ai créé un nouveau vidéo-poème, également disponible en écoute seule sur soundcloud.
Il s’intitule « j’ai peur ». Et vous, de quoi avez-vous peur ?
De nombreux événements se déroulent autour de chez vous, tous recensés sur le site dédié. Une occasion de découvrir ou redécouvrir des auteurs célèbres ou d’autres, moins connus.


derrière toute forme de suspicion existe une forme
contraire d’intérêt de confiance
on gratte la couche superficielle pour accéder
à ce qui se loge entre la surface et le squelette
ce qui fluctue et résiste parfois à une fouille au corps
Perle Vallens


lueurs saillantes de la lumière
séquencées selon le point du jour
ne faiblissent pas
se renforcent dans chaque puits où
le souffle est surenchère
se sont caillassées jadis de rivières
rougies – marées de coquelicots
(à quatre pattes pour les cueillir)
lueurs animales sans défense
se fortifient d’air tendre à l’heure du blé
crépiteront bientôt de paillettes de givre
rase dérivée vers un autre axe
embrasseront une terre dure et pierreuse
hier la lumière lévitait aujourd’hui trône
bien assise son bras levé vers demain
silencieuse elle impose
ses éclipses – sa respiration
terrifie quand elle brille
par son absence
aux arbres ramassera leurs ombres tombées
en tension de feu ses fumigènes
la lumière se décalque
s’écoule goutte à goutte
son filtre de forêt piqué d’aube
elle signe chaque clignement sur des troncs éclatés
d’un tatouage à vif – sa vision des choses
je la rêve d’un seul œil
évadé de son enclos noir de nuit
je la bois avant la brûlure de plein été
l’autre reste muet et flou
pour mieux accueillir la chaleur
quelques degrés supplémentaires
l’inclinaison dans l’angle droit de la paupière
Perle Vallens
Je vous propose un nouveau (court) vidéo-poème sur youtube (texte, photos, vidéos Perle Vallens), qui n’est pas sans lien avec le poème d’hier.

je tire à pile ou face
et mon visage se cache
derrière mon œil
je tire et un cil tombe
c’est un signe de chance
si la claque tombe aussi
du bon côté
le chiffre de la joue
fait foi
l’année sera bonne
je tire avantage des circonstances
même défavorables
je tire ma vie au sort
et les pailles les plus courtes
sont les meilleures
pour siphonner la joie
le flux d’énergie
dont mon corps a besoin
pour faire ce pas de plus
qui me tire vers l’avant
je tire à bout portant
toutes mes munitions
ornent ma cible sans bavures
mon œil est une arme
par destination
je vise tous azimuts
là où je décoche je récolte
un sourire
je loge dans chaque image
mes pluies de plomb
comme bruits blancs
pour braver mes obsessions
Perle Vallens

malaise vagal
animal sous-cutané
glapissant en silence
me racle la conscience jusqu’à ce qu’il ne reste
qu’un amas de déchets organiques
appelle ça néant si tu veux
réduit à rien
réduit à la plus simple expression du vide
que tu vas chercher dans le sac poubelle
même ça a disparu
tu ne sais qui a jeté ton assurance
ta superbe a disparu avec l’os superflu
de ton égo
ce qui s’étalait dans les grandes largeurs
dans le vif du sujet
tu ne sais plus calculer longitude et latitude
étalées sur la carte elles simulent
elles symbolisent l’absence qui nous écrase
sous les roues subsiste une trace
de ce qui nous roule dessus
jour après jour
l’histoire brève mais persistante
ce lourd qui nous traverse
ce rouleau compresseur
on ignore le visage qui prie
le corps qui se replie est sans doute le nôtre
on le sait à notre manière de nous relever
sur la bande d’arrêt où l’urgence ne fait que commencer
on sait à notre façon de marcher qu’on ne fera pas
dans la longueur ni dans la durée
on sait que ce qui obstrue le champ de vision
danse avec nous sans demander notre avis
et nous caresse sans consentement
l’injure se tait au moment où nous en avons le plus besoin
juste avant l’évanouissement
avant la venue tardive de nos vœux incompris
de nos saluts d’avant l’aube
l’ébullition laisse assez d’effervescence pour faire tremper
nos carcasses sales
c’est toute la force de suggestion des petits matins
que nous accueillons
avec un visage d’enfant
Perle Vallens