
Acouphènes de jour
une précision horlogère
le passage des cigales
c’est celui du temps
le ton monotone
de l’été qui finit
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Acouphènes de jour
une précision horlogère
le passage des cigales
c’est celui du temps
le ton monotone
de l’été qui finit
©Perle Vallens

D’ici on entend mal. D’ici la scène est sous nos pieds. D’ici ce qui est dit l’est en sourdine. Côté jardin et côté cour, un court chemin vers soi-même. La répétition des voies intérieures. La poursuite de tous les vents. La persistance de tous les silences.
On a beau tendre l’oreille, d’ici on entend mal.
©Perle Vallens

Chaque matin mettre en marche la mécanique du jour, remonter le ressort avant qu’il ne se casse.
Actionner toute les machineries, manoeuvrer jusqu’au déclic de la lumière.
Chaque matin chercher dans l’encoignure des portes, dans le renfoncement des fenêtres un nouvel effet magique.
Agrafer les premières images en suspension, les premiers reflets dans l’axe du corps.
Chaque matin, renouveler sa propre voix, voir naître un nouveau rêve vivace, sa floraison et sa croissance. Et surgi de l’aube, l’appel profond, frauduleux, d’un désir clandestin.
©Perle Vallens

L’oeil sait voir
la dépouille du désir
celle de la chenille
qui fait le papillon
©Perle Vallens

Ta bouche n’est pas vraiment une bouche. C’est à la fois une porte, une serrure et une clé. C’est une entrée et une sortie. C’est une route secondaire. C’est une aire d’autoroute.
C’est une paire de ciseaux. Ce qui coupe et ce qui est coupé. Ce qui mord et ce qui est mordu. Ce qui mâche, ce qui est mâché. C’est une arme à double tranchant.
Ta bouche, c’est un radiateur pour les hivers trop longs. C’est la braise et la cheminée, la chaleur du corps, le feu qui circule à l’intérieur, qui couve dans la trachée, qui tranche le froid au couteau.
La morsure de l’air se travaille mâchoire dégagée, ouverte sur l’inconnu. L’incision fait couler ce qui reste de vie entre les dents. Desserre, ouvre, dévore. Les bouches entravées ne sont bonnes qu’au silence.
©Perle Vallens

Le corps s’impose. Il pèse. Il précise ses contours. Il déjoue les illusions. Il se désigne. Il se dessine de mémoire.
Le corps devise souvent avec lui-même. Il cause coeur et âme, veines et os, pieds et poings, lié de l’intérieur, acteur de son propre jeu, ouvrier de sa propre chute.
©Perle Vallens

Le corps n’est ni ami ni ennemi mais il nie toute proximité de près ou de loin.
Il passe des accords qu’il ne respecte pas. Il fait scission, il préfère.
Il prend ses distances. Je le prends par mes sentiments. Il me prend de haut. A force aucun ne prend l’autre au sérieux.
Il héberge le temps d’une vie. Il rompt de façon unilatérale tout contrat passé à la naissance.
Le corps est comme ça, dilettante, divergent, disruptif.
Il est l’habitant unique.
©Perle Vallens

Rivage blanc sans ombre
sage de la sagesse de mort
Le semblant de la pluie ne lave rien
L’eau déplace les troncs et les os
un peu en deçà du corps
au-delà du coeur blanchi
du sang imparfait
©Perle Vallens

S’il faut déterminer la longueur des absences et des retraits, un a un dans le sens du vent. S’il faut compter comme un démembrement la différence entre elle et les autres. Entre elle et les arbres.
Elle mesure la pulsation du temps qu’il faudrait pour parcourir la distance entre elle et sa propre mort. La perspective rendue plus loin, incalculable.
La triangulation entre son corps, le soleil et le point le plus éloigné d’elle sur la terre ne permet aucune conclusion. La fadeur est exclusion, une solitude de la peau que rien ne dévore plus.
Elle est à court d’argument et de preuve, elle avance à la seule force de sa curiosité qui fait comme une déchirure.
Elle exerce son attention. L’acuité fait défaut au crépuscule, il faut pénétrer la lumière artificielle, et s’en laisser pénétrer. Alors seulement, elle peut voir. La nuit percée à jour.
©Perle Vallens

Le cran d’arrêt au point de cracker, le doigt sur la détente. L’arme de poing tient bien en main. La main ferme. Assurée. Enveloppante. La main ne tremble pas. La main ne dit rien, elle se contente d’obéir. Elle respire calmement, la main. Parfois une seconde main la rejoint, en soutien. On ne dit jamais la solidarité entre mains.
C’est important d’avoir bien en main.
Avoir en main l’aptitude au tir.
Avoir en main la possibilité de tirer.
La main présage la possibilité du tir. Tout est affaire d’entraînement.
Tout déplier, tout replier.
Hors la main l’arme souffre d’inertie.
La main suscite l’assentiment. Elle vaut approbation.
Tout port d’arme est interdit.
Sans autorisation légale.
Sans motif légitime.
Il y a des restrictions.
Il y a des utilisations à une main. Il y a des mains légitimes.
Il y a des balles à blanc et du plomb dans l’aile. Il y a des canons lisses et des gueules cassées.
Il y a des packs d’auto défense et des crosses ergonomiques. Il y a des mouvements secs du bras et des mécanismes ambidextres.
Il y a des effets dissuasifs et des impacts efficaces.
Il y a des formules avantageuses.
Il y a des particularités létales.
Il y a des règlements en trois fois sans frais.
Il y a des tirs longue portée.
Il y a des expériences de réciprocité qui finissent mal.
Il y a des services rendus à la patrie.
Il y a des tombes fleuries à la sortie de la ville.
L’important est de garder la main ferme et de ne plus respirer.
©Perle Vallens