Actualité·exposition·lecture·librairie Orange Bleue·Master création littéraire écopoétique·photo couleur·photo n&b·photographie·poésie·prose

Les Insignifiantes, retour sur la lecture

C’était le 25 octobre à la librairie Orange bleue, lors du vernissage de l’exposition photographique Les Insignifiantes, qui est visible à la librairie, dans l’escalier, jusqu’à fin décembre. J’ai lu quelques extraits de l’essai poétique et photographique éponyme, qui est à la fois le projet du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille et auquel sera consacrée une résidence d’écriture qui démarre ce lundi. Je vous en dis plus à ce sujet demain.
Voici un court montage du quart d’heure de lecture. J’en reposterai probablement plus tard.

Et ci-dessous des photos prises lors de l’installation de l’exposition fin septembre.

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

La plante du bout de la rue

La plante du bout de la rue, personne ne la nomme, personne ne la voit. Elle s’ignore et paisible, inoffensive, pousse là, presque invisible, au bout de la rue.

La plante du bout de la rue respire. Elle respire bas un air à ras de terre. Elle absorbe de l’oxygène comme moi, le même, la même atmosphère de saison, les mêmes relents, les mêmes crachats de pollution. Qu’importe, elle respire.

La plante du bout de la rue se nourrit de ce qu’elle trouve, boit l’eau de pluie qui ruisselle sur elle, mange de toutes ses racines plongées quelque part dans la terre, dans l’anfractuosité entre le mur et le trottoir, cette trouée dans laquelle elle a fait son nid. C’est là qu’elle habite. C’est là qu’elle dort la nuit. C’est depuis cet endroit bétonné, crépi qu’elle se nourrit de peu, de rien mais qui la fait vivre.

La plante du bout de la rue se vêt et se dévêt à mesure des saisons, renforce ses feuilles, carène sa tige, protège ses téguments. Elle maintient sa température corporelle, frissonne et transpire comme moi quand l’ai trop froid ou trop chaud. Elle se ménage des accalmies au milieu des tempêtes et évite les mains qui arrachent, se fait moindre, menue, minuscule pour conserver son invisibilité salutaire.

Je ne sais pas avec quelle autre plante celle du bout de la rue peut échanger. Toutes les autres sont tellement éloignées. Avec quel arbre dont les branches lui offrent un abri ombragé, avec quel animal qui pose sa truffe pour la renifler, avec quel autre qui viendra la butiner ?

Bientôt, la plante du bout de la rue essaimera et s’éparpillera. Il sera temps. Elle comptera sur le vent pour se disperser. Sa descendance se replantera plus loin, avec un peu de chance dans un pré voisin, un verger, un espace vierge, non aspergé de pesticides. Et ce sera renouvellement après renouvellement de la plante, ailleurs qu’au bout de la rue.

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Ligne vierge

Neige ininterrompue pleine gorge
dans le combiné vintage
Il n’y a pas d’abonné valide
Il n’y a pas de réponse au message envoyé
La liaison a été coupée le fil rompu
interlocuteur non joignable à l’heure du dégel
écoute attentive que rien ne perce qu’un bruit blanc
où se jeter pour mieux parler dans le vide
au fond des joues se creuse l’écho bref d’une parole
au front s’estompe le lien fragile qu’interrompt
le retour en vie réelle
et le regard fond au milieu des congères de messages
que le cerveau laisse s’empiler comme des vieux journaux
il y a pourtant largement de quoi lire
sur un visage qu’on laisse éclore

Perle Vallens

photo n&b·photo-poème·poésie

Main de nuit blanche

Main de nuit
blanche

nuit de saison
déraisonnée ouverte
bruits blancs ses pulsations
paume renversée recto-verso pâle
d’une blancheur de lune nuit écourtée
manche relevée jusqu’au coude creux d’épaule
plus clair que partout ailleurs sur le drap tendu la peau
d’un toucher moins rêche la douceur blanche de la main qui caresse
le soupir dans la lenteur du visage qui s’approche pour le baiser de mi-nuit
la moitié de ton corps sur la moitié du mien sa pesanteur d’avant matin
nos jambes dénudées apparues blanc sur blanc se confondent
et cette manière de les entremêler au réveil est un appel
dans le bruissement de chair froissée qui émerge
du sommeil cette manière qu’a la main de
suivre la ligne cohabitée des corps
comme pour appeler
une nouvelle fois
nuit blanche

Perle Vallens



atelier Tiers Livre·photo n&b·poésie·prose

Et global et local*

ni surfaces asphyxiées ni sols lessivés
ni appauvrissement ni essoufflement
ni pesticides ni compactage
ni carottes calibrées ni délestage de fioul
ni quad ni épandage sauvage
ni fraises hors sol ni culture intensive
ni résidus déviants ni empoisonnement
ni forêts défrichées ni arrachage de haies
ni artificialisation d’espaces ni disparition d’espèces
ni refuges piétinés ni mégots jetés
ni arbres fallacieusement abattus d’un coup de hache dans la tête ni traces de métaux lourds jusque dans les feuillages
ni abeilles mortes en pleine floraison ni affirmations complaisantes de l’industrie chimique
ni parcelles électrifiées ni plastique échoués
ni zones urbanisées ni eutrophisation
ni viabilisé ni constructible
ni parking ni zac plutôt zad plutôt résistance passive plutôt sensibiliser plutôt l’humeur combative mais joyeuse

car ici calcaire gréseux, boisé, alluvions, limons perméables sur nappe aquifère abritant végétation silicicole, populations d’amphibiens, insectes, rongeurs, rapaces
car biotope vivace à valeur de corridor écologique, voie de passage des bêtes, de transition des migrateurs

*titre sous influence du cours d’écopoétique du jour, Sense of Place and Sense of Planet de Ursula Heise

photo n&b·poésie·prose

En forêt

Le vent bat en brèche, ronge l’os et le sèche à la lumière lucide d’un soleil rétracté. Cerclé tracé des regards, une écoute animale, le flair orienté au nord, j’interroge l’horizon sur ma place véritable. Je ne parade pas, je me faire discrète dans le cortège végétal. Je me fais légère & statufiée dans les frondaisons, imperceptible pas, à l’arrêt.

J’existe quelque part, plus fort dans les forêts. Je soupire les futaies et les communautés de pins. Je me reconstitue dans les fougères hautes. Je m’aligne mieux les pieds dans la boue et les feuillages. Je respire.

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

C’est quoi ?

C’est quoi l’homme ?
une verticalité bipède avec un cerveau surdimensionné (paraît-il)

Oui mais c’est quoi l’humain ?
Pétri de bonnes intentions – ou pavé, comme l’enfer – pourrait faire le bien, s’entête au mal
A savoir : l’humain confine au dieu par excès de confiance en soi

Et c’est quoi l’animal ?
Quadrupédie poilue peut-être □
ou peau lisse qui avance sur son ventre □
ou bête à bec plumeté qui se prend pour un avion □ (cocher la case)

Oui mais c’est quoi bestial ?
qui se comporte comme, et puis non, plutôt comme, enfin cruel, quoi !
En vrai, du genre à déchiqueter avec crocs et griffes que l’humain possède en nombre suffisant, contrairement à plein d’espèces animales.

C’est quoi brutal ?
La brute est à l’humain l’épaisseur de sa main et de son esprit

C’est quoi vil ?
A ne pas confondre avec cité (le citadin pouvant toutefois être vilain)
situé bien bas dans la hiérarchie, ou au contraire trop haut (comme on dirait péter plus haut que son cul)

C’est quoi bête ?
Se dit d’un homme moins intelligent qu’un animal (et dieu sait s’il y en a)
en tout cas plus âne qu’âne (mon frère âne, vois-tu venir Stevenson?)
S’il faut rendre justice, l’âne pas si bête juste têtu mais moins buté moins obtus que certaines bêtes d’hommes

Perle Vallens

Actualité·lecture·livre pauvre·photo n&b·photographie·poésie·Revue littéraire & fanzine

Lecture de Radical(e) à l’EXC & version open art à disposition

C’était samedi dernier, lecture par des autrices de textes, poèmes parus dans la revue Radical(e) à la librairie EXC à Paris. J’ai lu 3 poèmes de Radicalesse, le nouveau numéro dont c’était le lancement le 21 septembre, le premier poème en vidéo ci-dessous.

Radical(e) est disponible chez EXC, à l’Ours et la vieille grille, Violette & co à Paris, ou chez Pupilles Vagabondes, comme indiqué ci-dessus en vis à vis de la photo.


Mais Radical(e) c’est aussi une version open art, revisitée, sur mesure, faite main sur la base de la version imprimée, dessinée-cousue-peinte-encrée-brûlée-poinçonnée… à la façon des livres pauvres.
Si vous êtes intéressé, elle pourra être remise en main propre dans la région ou à Paris, au salon de la revue par exemple.
La version open art est en vente à 10 euros, hors frais de port.

Actualité·essai·exposition·lecture·photo couleur·photo n&b·photographie·poésie·prose

Exposition Les Insignifiantes & lecture à la librairie Orange bleue

Les Insignifiantes est un essai poétique, textuel et photographique, qui trouve son origine dans une ancienne série photographique éponyme. C’est également l’objet du projet de master de création littéraire / écopoétique que je suis cette année à l’université d’Aix-Marseille et il fera également l’objet d’une résidence artistique, dont je reparlerai.

J’ai la joie d’exposer Les Insignifiantes du 30 septembre au 31 décembre à la librairie Orange bleue à Orange (Vaucluse), librairie amie chez qui j’ai eu l’occasion de donner lectures de ceux qui m’aiment (éditions Tarmac) et peggy m. (éditions la place).

A l’occasion de l’exposition, j’aurai également le plaisir de lire quelques extraits de l’essai en cours le 25 octobre 2024 à 19h00. Si vous êtes dans le coin, je serai ravie de vous y rencontrer et d’échanger autour de ce projet.