j’histrionne chaque séisme pourrait être une danse chaque blessure une caresse dans le périmètre restreint de mes amours je dresse chaque membre de mon corps à l’attaque c’est un système fiable d’autodéfense quand bien même encore trop faible une définition de la violence donnerait plus de place à celle de la tendresse mais tout se floute tout défile à une vitesse folle entre la mélancolie et le désir et la frontière entre les deux disparaît j’en viendrais à confondre les deux axes de ma polarité totale confusion de la peau qui se laisse frôler yeux agonisant de doute devant autres visages j’horizontale jusqu’à l’immobilité transie dans mes braises et bouche en exil Perle Vallens
La revue Vif est éditée par l’association du bas cros (qui organise aussi ce festival). Dans le deuxième numéro de la revue, une photographie a été retenue, apparaît en vis à vis d’un auteur que j’apprécie. Je vous laisse découvrir la double page et le sommaire, qui réunit beaucoup de voix amies.
L’atelier du bas cros est une association qui organise des événements autour de la littérature et de la poésie, accueille des auteurs et autrices en résidence, édite une revue littéraire, vif, dont je reparlerai. La semaine dernière avait lieu sur le site du bas cros à Lentillères en Ardèche, un festival de théâtre, musique, lectures, avec notamment des lectures de textes parus dans vif (et autres poèmes). Je m’y suis rendue pour soutenir des vois amies, de façon totalement imprévue, à la dernière minute. Et c’était chouette. A cette occasion, j’ai pris en photo des amies autrices, Mireille Boissel, Laurence Fritsch et Marianne Skorpis, deux autres auteurs, Barouk et Laurent Cohen, et les organisateurs du festival, Marie lo Pinto et Jasmin Limans. Place aux portraits (dans le désordre des prises de vue) :
Après les poèmes dans la revue Teste, les poèmes & photos dans le tract poétique Radical(e), je suis heureuse de voir une quinzaine de photographies publiées dans la très belle revue Margelles (Bruno Guattari éditeur), qui alterne textes poétiques et visuels. Vous pouvez la retrouver ici en version papier (à venir très bientôt) ou à télécharger d’ores et déjà sous format pdf. Voici quatre parmi les 15 photographies choisies pour la revue.
Le tract poétique Radical(e) est paru peu avant le marché de la poésie, il a été l’occasion de versions open art par plusieurs poétesses sur plusieurs numéros. Dans ce dernier numéro baptisé (Radical)esse (si vous suivez un peu cette revue, le principe du titre est la modification sur suffixe construit sur la base radical-), il y a plusieurs photos et photographies.
On peut acheter la version « nue » ou la version « open art », directement auprès des autrices. Je n’ai pu malheureusement récupérer les versions à augmenter par mes soins, ce sera en août ou en septembre (une lecture est prévue fin septembre à la librairie parisienne EXC, on l’espère). Vous pouvez vous procurer la version « nue » pour la modique somme de 7,58 (frais de port inclus), sur le site
Et voici quelques exemples « augmentés » par mes soins au marché de la poésie sur le stand de Radical(e).
La femme est debout, très droite, presque rigide. Son regard est fixe, ses sourcils froncés, une barre au front sous la frange basse. Elle regarde devant elle avec une fixité de rapace. Son visage trois quart dos, légèrement penché, dirigé vers la droite.
On peut suivre la direction parmi les touffes hautes un peu jaunies, les bouquets odorants de genêts. Le regard pourrait passer au-dessus et atterrir dans l’espace vierge, plus ras, qu’on imagine vidé de ses pissenlits et de ses pâquerettes. Un espace qui semble avoir été tondu peu avant et qui exhale encore son odeur fraîche, un peu acide, d’herbes coupées.
Il est là, en contrebas. L’enfant. Il est assis dans l’herbe. Il joue avec des morceaux de bois, des petites pierres, des brins secs. Il a peut-être quatre ou cinq ans, flotte dans des vêtements trop grands pour lui, un survêtement, son haut à capuche, Peut-être celui d’un grand frère ou d’une grande sœur. On ne voit pas vraiment son visage, seulement la ligne que dessine la lumière de fin de journée. Elle souligne l’ovale tendre, le petite nez et pose de l’or dans la tignasse hirsute, blonde. De loin on devine l’œil rieur, le sourire et la joie de l’enfant qui joue.
A l’horizon, le soleil décline et baigne la prairie de ses rayons encore vifs et déjà chaud pour la saison. Un oiseau passe et c’est le seul bruit que l’on n’entend, la seule silhouette que l’on voit traverser le paysage.
Il joue et comme tous les enfants de son âge qui jouent, il est seul au monde. Il a occulté, le temps du jeu, la présence de celle qui probablement est sa mère. Sa mère qui ne le quitte pas des yeux, quelques mètres derrières l’enfant. Qui probablement surveille, une louve, son petit. Une histoire, une vie de mère.
Je vois une légère crispation, le menton qui s’avance, pointu et les lèvres pincées. Elle a un geste, une main s’avance et elle ouvre la bouche, comme pour appeler ou dire quelque chose. Puis elle se retient. Le corps en tension, le visage en alerte, concentré. Autant que celui du fils, absorbé dans son jeu.
Il se frotte les mains et je vois bien qu’elles sont souillées, sales de terre, la paume brune. Il en a probablement jusque sous les ongles. J’imagine qu’il a farfouillé à la recherche de cailloux pour jouer, qu’il s’est amusé à la dînette avec la terre qui deviendrait de la nourriture. Tous les enfants font ça. J’imagine que c’est ce qui à la fois agace la mère, lui déplaît, sans doute en pensant à l’heure de la douche, au temps qu’il faudra ensuite pour le décrasser, ce petit pouilleux, en en même temps qui n’ose pas le déranger dans son jeu.
L’oiseau repasse et pousse un cri rauque qui fait lever le visage de l’enfant et celui de la mère, qui le suivant, se lève à son tour. Et moi, je regarde à mon tour l’oiseau, nos trois visages levés vers le même battement d’ailes, le même bec qui troue l’atmosphère, le même cri répété qui arrache un pan de ciel. Et à nouveau je regarde la mère qui regarde le fils regarder l’oiseau et le fils se rend compte à ce moment que la mère regarde elle aussi l’oiseau. Alors leurs regards se croisent et ils se sourient. Et pourquoi est-ce que ça m’émeut autant, c’est ce que je voudrais savoir.
Perle Vallens
(Mardis du Tiers Livre de François Bon – avec Marguerite Duras)
Rappelle toi, tu étais là toi aussi tes yeux étaient là, ils ont vu ras les cils ce qui s’infiltrait d’insupportable tes yeux n’ont rien dit de l’effroi ils sont restés silencieux
Je sais très bien pourquoi et je vais te le dire la pluie du déni les a lavés chacun des deux yeux visibles et de tous les autres yeux de ceux qu’on a à même la peau ou sur le bout de la langue chacun a chassé l’image passée sous silence le reflet visible et invisible chaque effet de nos désertions nos yeux à tous restés intouchables
Toi et moi tirons au sort nos regards captifs des illusions quelque chose chante dans le nerf optique quelque chose qui berce que fait germer la lumière et ça nous pousse à l’intérieur nous sort par les yeux et c’est une clarification soudaine chaque situation nouvelle couchée dans le regard jusqu’à l’éveil jusqu’à sa révélation nécessitera un relevé de paupière
Certaines personnes se sont interrogées sur la photographie de couverture (signée Perle Vallens) de peggy m., elle n’est pas gratuite, sans signification. Sa raison d’être se dévoile dans le récit.
L’oyat (ammophila arenaria), également nommé jonc des dunes ou roseau des sables est une plante vivace qui pousse en terrain sablonneux grâce à un système racinaire très profond. Elle joue un rôle important dans la formation et la fixation des dunes. Elle a aussi son rôle à jouer dans peggy m.
Au dessus, des herbes sauvages, joncs des dunes, roseaux des sables. Autrement dit la vie.
Elle scrutait depuis de longues minutes, en embuscade derrière le buisson, patiente, attentive. Aux aguets, attendant que quelque chose se produise, que quelque chose apparaisse qu’elle croyait entendre tout en ce demandant ce qui pouvait bien se mouvoir dans le feuillage, ce qui allait, peut-être, apparaître.
L’odeur le précédant, musquée, puante presque, il fut devant elle. Ce n’était somme toute qu’un amas de poil, dont on ne voyait ni museau ni yeux, comme font les hérissons lorsque par crainte ils se mettent en boule, mais sans les piquants. Elle s’attendait au surgissement, elle l’espérait mais ne put empêcher un geste de recul brusque qui la fit tomber sur ses fesses. L’animal exhalait une telle odeur qu’elle dut se boucher le nez. Sa présence la fit frissonner, ses tempes se mirent à bourdonner. Elle fut prise d’acouphènes et de tremblements. Elle n’osait bouger en dépit d’une répulsion certaine et irrépressible. Elle se sentit habitée par la bestiole comme si elle-même devenait cette boule de poil affreusement malodorante et en conçut un grand désarroi, un désagrément indicible, un véritable malaise. Ce qu’elle ressentit par-dessus tout, put-elle seulement le nommer : la peur. Celle qui paralyse puis foudroie.
La syncope la surprit au milieu des feuilles mortes où elle chut, sa jupe froissée en corolle autour d’elle. Combien de temps était elle restée ainsi évanouie, elle ne savait mais à son réveil, il avait disparu.