Emotion·poésie

Viens voir la rose

rose sepia

Viens donc voir si la rose a caché ses épines, dardées sous les cils, acier qui brille, brins de métal. Viens voir si elle a gardé ses pétales, ceux qu’elle n’a pas encore perdu, qu’elle ne t’a pas offerts, une soie défraîchie, une couleur passée, un charme ancien embaumé de sépia, ce petit rien de précieux, elle n’a plus que ça.
Viens donc voir si la rose a encore une fragile douceur, une embellie fugace, si elle s’empourpre l’âme ou si elle la bleuit, si s’échappe au loin la brume de son lit, si ses larmes s’envolent, parsemant d’eau de pluie ses feuilles tapies sous la robe, l’arsenal qu’elle dissimule. Viens voir par là, vois tu la rose, elle n’attend que toi, que tu la cueilles encore, et qu’encore elle repousse sous tes doigts…
©Perle Vallens

Emotion·nature·poésie

Jours ocres

joursocres

L’été se morcelle et meurt dans le sillage des fruits mûris, à l’ombre des épillets. Les feuilles s’émaillent d’un salut mordoré. Les fleurs émaciées baignent encore dans le reflet pâli et s’effacent dans les pétales repliés, dans la grâce des soies fanées.
L’ambre que l’automne dépose en toucher scintillant se cueille en rayons tièdes sur la peau qui frissonne. Le fleuve de l’oeil brille à travers la paille claire du soleil, en crues limpides, en éclats verdoyants.
Las, l’été s’abandonne aux bras pourpres, recolle ses bris de lumière, les derniers fragments d’or, toute la gloire d’une saison passée.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Matière grasse

matière grasse

J’aimerais trouver des mots gras, t’en tartiner la panse, beurrer ta couenne. Des mots denses pour t’enduire la carcasse, t’en vêtir, t’épaissir un peu de moi, te farcir de mes pensées. Des mots gluants qui collent à ta peau pour te tenir chaud. Je ne trouve que des mots lisses, mous, qui glissent, s’effacent si vite. Des mots légers, des plumes sur l’oreiller, de l’air plein les joues, des voyelles envolées. Des chants sur le bout de la langue, des flots qui hésitent à se lancer et s’éteignent sous le palais. Un mantra silencieux pour télépathes. Des mots qui brillent en silence, qui se respirent à grande goulée. Des mots muets.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Cascade

cascade

L’écho de ton silence frappe à l’orée de ma tempe, inlassablement. C’est un roulis assourdissant. Cela tourne à l’envers dans le tambour de mon cerveau. Lavage à grande eau, ne séche jamais. Larges pensées jamais ne se chassent totalement, elles reviennent en ondes vives, toujours vers toi. Cela bruisse en fines gouttelettes ou cela vrombit en cataractes qui éclaboussent tout sur leur passage. Des milliers de bulles éclatent d’un coup, explosent en flots sous la peau.
D’un vertige se jeter à l’eau, ne cesser de choir, se laisser dissoudre. Ivresse de la rechute.
©Perle Vallens

Emotion·nature·poésie

Pampa

edf

L’inflorescence blanche balance entre deux cieux, vigie penchée sous le joug des ombres douces, la course des nuages au-dessus des pierres sèches chatouillées par le sable. L’orteil raconte une histoire ancienne, un vieux conte qui s’égrenne, chaleur grège sur la peau. Dans l’air flotte une chanson que nul n’entend mais que l’oeil boit, chauffé au feu de l’ivresse végétale. Le vent agite un choeur d’images qui se mange par petites touches, qui se laisse lécher longuement. L’âme allongée entre les plumeaux remâche une soie dessillée,  les rides du souvenir, les soupirs du passé. Que se prolonge encore un peu la magie de l’enfance…
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Floralie

Volkan Aslan
Volkan Aslan « Je suis agité comme ceux qui ne peuvent pleurer leurs morts » (Laver les roses – Arles – vidéo 2018)

Il fleurit ma peau du toupet de son pinceau, de la pulpe de ses doigts, de la musique de ses mots. Toucher de soie, reflet de lame, stries et langueurs. Ombres parsemées comme les pétales de l’âme.
Sur la toile, il couche ses noirceurs, étale ses états drames en fleurs digitales et grand fuseau d’amer.
Mon corps prend toutes ses couleurs de sang et de feu, de nuages et de fleuves, de tiges et de sève.
Il passe ses roses à l’eau sur mon dos. Il m’arrose de ses pensées, essore ses obsessions, essuie sa folie douce. Il m’inonde d’un lavis de lumière.
Refleurir encore. Avant que le cœur ne s’effeuille, avant qu’il ne se fane.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Star wall

Etoiles Georges Méliès
Etoiles – Georges Méliès (A la conquête du pôle, 1912 © Collection Cinémathèque Méliès)

 

Les étoiles en chapelet dans la houle de la nuit brillent en foule. Elles sillonnent le ciel en longues lanières, en lianes scintillantes. L’armée des vœux s’avance. Elle gronde en nuée silencieuse, en vocalise ronflante, s’accroche au mur en cascade de feu, brise le noir d’éclats lumineux jetés aux âmes. Des rêves et des espoirs.
©Perle Vallens