Erotisme·poésie

Résille

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La mémoire vacille
dans l’ombre portée
des rails noirs d’une résille
cisaillée d’hier
sur la mantille du sexe
son œil grand ouvert

Les graviers sous les cils
au seuil de la frange
roulent
des mécaniques
du souvenir fébrile
de sa trique qui brille
et du jus de sa treille

La fille mangée par la main
sa bouche saigne
de vermeil supplicié
scintillement dédaigné
un ornement de deuil
à nul autre pareil
©Perle Vallens

Erotisme·poésie

Menteur

egon schiele masturbation
Egon Schiele

Elle mime l’amour
pour elle-même
ses petites manies
ses propres mains
faire comme si
une magie, un mystère

Plus de tragédie ni de mélo
elle en a marre de tout ça

L’amour ment
L’amour meurt
des mots trop amers
des mois mal éteints
d’un homme moins étreint
loin des mains
déjà mortes
loin des psaumes
d’un fantôme d’automne

L’amour ne sait pas comment
l’âme vient aux amantes
puis s’abîme
dans l’ombre muette
des nuits sans sommeil
©Perle Vallens

Actualité·Erotisme·poésie

Ma langue

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Ma langue te parle
quand elle a faim
elle fixe des rendez-vous
des prétextes pour se glisser
dans l’interstice
pour une danse entre tes dents

Tourner sept fois
ma langue
dans ta bouche
y glisser les mots
les aveux des sourds
ta voix en écho
qui traverse l’onde

Y lire le temps qui défile
dans le sens de tes aiguilles
avant la morsure
de ma langue pendue
au bord des lèvres
en errances fébriles
en brèves flottaisons

Bouche cousue
à toi, je tangue
Je vogue dans tes eaux
cela coule en lents flots
en flambeaux
au fond de ma gorge

Ma langue tremble
avant d’en découdre
chairs au coude à coude
bouches soudées
aux bordures indécentes
Ma langue brode
avide sur tes joues

Ma langue dessine
sur ton corps
des histoires à jouir
des portes à ouvrir
des miroirs qui en disent
long
des contes à ne pas dormir
du tout !

Ma langue tendue
en chemin tortueux
en cercles invertis
en lignes continues
en tracés pointilleux

Ma langue dépliée
dévide l’instant
au fil de salive
suit la ligne
du vertige
dévoile
l’aventure profonde
l’évident appel
du ventre

Ma langue commet
un délice d’initiée
Elle connaît l’endroit des désirs
à l’envers de la peau
Elle se sait adroite
collée à ta viande
suspendue à tes rives
quand monte la sève
quand se dresse l’envie

Ma langue brûle
une lave violente
une vague de plomb
qui fond en rivières
qui bave tout le long
en amont de tes rêves
à l’aval de ton nom
Ma langue ne tourne pas
en rond

Ma langue brouille
les pistes
elle fouille et brille
déplisse le sillon
espère le plus lisse
lape ce qui luit
et poursuit l’ascension
Ma langue ne se trompe pas
d’adoration
©Perle Vallens

Lu lors de la Nuit de la lecture érotique à Marseille. A retrouver en voix sur soundcloud.

Erotisme·poésie

Héliophile

Brassaï, Ciel postiche, 1932-1933
Brassaï, Ciel postiche, 1932-1933

La peau se gorge
de chaleur pâle
reflets opaques
de froidure matinale

La peau dévore
les rayons blancs
l’ample silence
l’inertie de l’instant

La peau accroche
les signaux lumineux
l’ombre des souvenirs
les incendies éteints

La peau boit
les caresses endormies
les mots suspendus
la voix évanouie
©Perle Vallens

Erotisme·poésie

Or

Gyorgy Kepes Berlin 1930
Gyorgy Kepes Berlin 1930

L’armée dressée montre
le chemin
en voûte de ciel noir

Le réverbère cligne de l’oeil
cyclope mâle fagoté
Cythère n’est pas si loin

L’or coule
nimbe l’asphalte
court dru sur
mon visage
dans un
« Hallo mein Schatz »

L’or afflue
en flot irradié
crève l’obscur
éclabousse mon regard
ire radiale

On a oublié de dire l’amer de l’or…
©Perle Vallens

poésie

Une tache

tache PV

J’ai une tache, là. Une salissure profonde comme une blessure, comme une brûlure. Enracinée loin à l’intérieur, elle déborde sur mes extérieurs. J’ai beau frotter, elle ne part pas. Elle s’est incrustée, animal triste et chétif que je laisse mourir de faim. Qu’ai je encore à lui donner ? Tout ce que je lui offrais était pour toi. Maintenant, c’est elle qui me dévore.
La tache s’agrandit. Elle va manger la surface, elle va trouer la peau, jusqu’au cœur.

Tu ne la vois pas, tu as jeté un voile sur l’histoire, tu as éteint la lumière. Tu as refermé la porte derrière toi, si doucement. Tu as biffé le nom et gommé les mots. Comment peut-on raturer avec autant de douceur tous ces mois passés ?
©Perle Vallens

poésie

Avec ou sans filtre

Maurice Tabard, 1929
Maurice Tabard, 1929

J’ai peur du filtre de ma mémoire
J’ai peur de poser un voile
J’ai peur que l’image reste floue
qu’elle s’efface peu à peu
qu’elle se couvre d’un sable qui glissera sous la paupière

J’ai peur de ne plus reconnaître l’éclat de ses yeux
de ne plus percevoir le grain de sa voix
d’oublier jusqu’à ses contours, jusqu’à ses sourires

J’ai peur des effets d’optiques
des troubles voies, des vents contraires
des fausses routes, des flux tendus
des reflets trompeurs, des clichés de mots

J’ai peur de voir trop clair
J’ai peur de la lumière
Je voudrais rester dans ma nuit

J’ai peur que la pellicule ne colle plus
à mon regard
puisque ses lèvres ne collent plus aux miennes

J’ai peur de le voir sans filtre
demain ou après demain
nu et fade
ange déchu
sans auréole ni ailes
sans l’habit de lumière de mon amour
©Perle Vallens

poésie

Nu d’hiver

femme-arbre
(internet-source inconnue)

D’un bonheur tout neuf
ne restaient que les bourgeons à peine éclos
fauchés dans le vif de l’été
frappés d’un trait acier
décapités

Les ornières ne gardent aucune trace
tout plaisir effacé
piétiné à même le ventre
consumé au fil du temps
lâché à la face du vent

Plus rien sauf
le fiel

Je ne sais quand l’arbre refleurira
©Perle Vallens