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Eloigner les peurs

Marche minimale dans les généalogies et les sentiers ombragés, la forêt sèche et rocheuse, estompée de lumières d’enfance, coulisse son rideau de feuillages et c’est une parure odorante qui me couvre. Une caresse quand bien même le vieillissement de la peau, soleil oblique, intimidé par la pénombre moussue de chênes et de pins, humide présence vivante.

J’accède ainsi sans rien faire, sans rien exiger, à certains miracles qui ventilent les émotions. Je ne compartimente pas. Je laisse venir, je me submerge. Le paysage m’est éblouissement, m’est accalmie jusque dans le dos lourd, et le genou douloureux, jusque dans la cheville fragile, jusqu’au fond du ventre tendu d’absence. Et cela semble suffisant pour éloigner les peurs. 

Perle Vallens, 20 août

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Chevelure blanchie

J’apprends à manier la langue
comme on brandit un tison
les idiomes des amants pour brûler
les bouches arrachées à leurs socles
d’impatience.

On danse et on fait danser les mots
on terrasse chaque absence dans les tiges renouvelées
d’incantations hybrides d’herbeuses confidences
croisement textualisés des désirs et d’émotives manifestations
humorales.

Dans l’insomniaque mâchoire se crispent les attentes
et crochetées dans les flancs les charnières des portes qui se referment
quelle perspective garder aux chevelures raréfiées ou blanchies
quelles cadences entre les pas mesurent l’espacement et les silences
dans l’avancée en âge l’impression d’un orage éteint
pourtant la main sur le cœur à ouvrir et largesses de ce qui reste à offrir
s’étagent depuis la poitrine jusqu’aux lèvres.

Perle Vallens, 19 août

poésie

de circonstance

Il y a eu des sons-et-lumières au fond des yeux j’allume un reste d’étincelles et ça ressemble à un bye-bye brillant de pétard mouillé
de quoi faire rouiller le regard qui se roule un dernier joint au fond du bleu au fond de la blondeur au fond d’une main qui est déjà ailleurs.

Je pourrais fredonner un avec-le temps-va dans ce gris de circonstances
je pourrais rejouer en matinale les scènes interrompues et ça ferait un drôle de couloir lumineux
un feu clignotant prêt à s’embraser
à moins qu’il ne s’éteigne
ce qui vacille c’est le corps
une flamme de luciole en voie de disparition.

Je tâtonne toujours entre besoin et désir
cette torsion du langage auquel on fait dire toute autre chose
comme se laisser chavirer ou submerger
jusqu’où je compte me noyer comme ça ?
et à quelle température gèle un cœur
entre chien et loup ?

Perle Vallens, 17 août

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Perfect day

Just a perfect day s’espère, puis s’éconduit, se reconditionne dans son étui du lendemain, dans son recours au lendemain, ce mauvais esprit qui prône que c’est un autre jour. Ni meilleur ni pire, ou bien, quoi ? Ce qu’on prise est-ce aussi ce qu’on prie, ce qu’on capte dans le recueillement du regard, qui réussit à aplanir les aspérités, à modifier les perceptions.
L’intensité se caresse de loin, c’est un paysage estompé sur lequel on souffle en espérant secrètement qu’il se rapproche. L’élément narratif qui fait que l’on donne sa chance à la nuit.
On imagine une forme d’instabilité, et ça pencherait du bon côté de la balance, on se jouerait la scène, on limiterait la casse. On accepterait ce rôle tout compte fait taillé sur mesure. L’image colle à la peau. Faire semblant est une possibilité. Engager sa responsabilité nous vaut un selfie artificiel, ce reflet au miroir bien encadré entre le satisfecit salvateur et l’imaginaire secouriste. Mais adhésion à court terme dans l’attente d’autre chose, des potentialités du lendemain, l’étendue poreuse de l’aube depuis l’heure du désœuvrement.
J’attends que s’éventre ce lac de retenue à irrigation immédiate.
J’attends juste de me sortir de moi, me faire prendre l’air, me sauf-conduire jusqu’à demain.

Perle Vallens, 16 août

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rudbeckias

Je n’en finis pas de savoir, et pourquoi cette densité là m’éreinte, pourquoi s’apparente t elle à une perte ? Et pourquoi la mélancolie comme retour de bâton de la joie ? Celle là même qui je garde intacte, au chaud pour plus tard, ne pas la dilapider, la cacher, pourquoi ?
La pluie qui ne vient pas, qui ne vient rien gâcher, qui ne fera aucun dégât sur la tranquillité apparente, reste suspendue au bon vouloir du ciel, et se perd en nuages hauts, en conférence gesticulée sur l’art d’ombrer les fleurs, cette insuffisance solaire pour une fois bienvenue et cette solidité du cœur en écho avec celui des rudbeckias.
Passage à gué des guérisons lentes, montée des eaux d’un hier à hauteur de Seine, je me dis pas loin du fleuve, au moment où je coule un peu plus dans le jaune des pétales.

Perle Vallens, 14 août

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ciel de neige

Des chaleurs et des chaleurs se croisent et finissent par se multiplier jusqu’au ciel opaque de ce matin de nuit trop courte, d’histoire trop brève, de minutes ajoutées a d’anciennes minutes qu’on ne parvient pas à faire tenir debout. Ce blanc un peu sale oblitère (tu penses oubli-taire) les pensées. S’invite un vide salutaire, un démembrement durable quelques secondes et ca suffira pour cette première heure du matin. Cette lumière de neige qui se dit caniculaire. Je prends mes fakes sous le bras. Tout à l’heure sous les draps. Je les lave dans le fond d’une tasse de mauvais café. Une tasse sans aucune profondeur. Un défaut de fabrication de mes rêves sans doute.
Préférer la langueur et le silence du matin pour remettre les esprits en place, les sourires des fantômes s’ajustent parfaitement au vide du moment.

Perle Vallens, 13 août 8h00

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velours vert

à la lumière de l’absence une seule vision
irréelle
visage en surimpression sur mes souvenirs
décalqué sur le velours d’un fauteuil vert
l’assise est apnée
la respiration vient de l’image
de l’apparition à venir
quel facteur d’ajustement de la rétine
ou de la mémoire franche
tranchée la découpe du corps
dans l’embrasure du regard la stature haute
en surplomb le sourire une vapeur
descendue sur mes épaules
une chaleur s’ajoute aux chaleurs
je joue toutes les variations
de l’humidité

Perle Vallens

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3 photo-poèmes aux Rencontres estivales de la Velouse

Comme l’an passé, je participe avec plaisir aux Rencontres estivales de la Velouse, qui expose 3 photo-poèmes du 15 août au 15 septembre 2024, aux côtés d’autres artistes. Seront également à écouter dans la plus petite maison de poésie, des poèmes sonores. Bon festival à ceux qui seront du côté de Charly dans le Cher !

photo n&b·poésie

j’histrionne

j’histrionne
chaque séisme pourrait être une danse
chaque blessure une caresse
dans le périmètre restreint de mes amours
je dresse chaque membre de mon corps à l’attaque
c’est un système fiable d’autodéfense
quand bien même encore trop faible
une définition de la violence donnerait plus de place à celle de la tendresse mais tout se floute
tout défile à une vitesse folle entre la mélancolie et le désir et la frontière entre les deux disparaît
j’en viendrais à confondre les deux axes de ma polarité
totale confusion de la peau qui se laisse frôler
yeux agonisant de doute devant autres visages
j’horizontale jusqu’à l’immobilité
transie dans mes braises et bouche en exil
Perle Vallens

(poème-minute – ouigo – 8/8/2024)