photo négatif·poésie·prose

Parce qu’aujourd’hui

je suis femme assise côté passager
je regarde passer ma vie
comme s’il s’agissait d’une autre
reflet enfermé dans la vitre
je suis mon propre paysage
sans le savoir
toute l’enfance durant
j’ignorais que j’existais vraiment
ailleurs que dans d’autres regards
ce que dure l’enfance on ne le sait pas
elle termine (trop tôt) quand la main
la sale main moite
et velue et veule
se pose
et ça fait comme une tâche sur la poitrine
qui ne s’efface qu’avec le temps dit-on
la main a fait venir le rouge
aux joues tombées le sourire abaissé
trop crispé pour être
la honte s’est mêlée à autre chose
qui a fait de moi adulte avant l’âge
avant je ne savais pas ce qu’est être une femme
je ne savais pas vraiment
j’ai attendu d’autres mains pour effacer
la trace laissée l’enfance dessous
remonte parfois à la surface
je suis une femme assise aujourd’hui
du côté conducteur de ma vie
j’ai déjoué les pièges tendus par les mains
les miennes savent maintenant
essuyer la buée sur la vitre
mieux que quiconque sans rayer
les noms qui se sont déposés
sur le paysage

Perle Vallens

photo couleur·poésie

Wifi

Prendre la parole via wifi
Oui-fi
comme faire fi faire front mais de biais
via ligne longue distance
comment raccourcir
comment réduire les mots à leur véritable expression
comment sans fioriture dire comment sans le superflu et le foutage de gueule sans le jargon procédurier la novlangue qui pourrit nos bouches comme une carie mal soignée
comment chevaucher comment dompter chevaux
de troie ne pas enfoncer portes ouvertes
ne pas non plus verrouiller les sens perdus
parle avec toi-même tu te sentiras moins seul

Perle Vallens 

Poème minute – longue plage horaire hôpital Bégin

écoute audio·poésie·soundcloud

Prise dans les phares, collaboration musicale avec Damga

Prise dans les phares est un texte audio dont voici une version mise en musique par Damga, dans le cadre d’une collaboration sur soundcloud. Elle a composé d’après ma version audio et voici la version finalisée :

Prise Dans Les Phares (Perle Vallens & Damga) par Damga sur #SoundCloud https://on.soundcloud.com/8fdo5

Voici le texte

Dans la géométrie du désir, les jambes sont à l’équerre à l’équilibre entre trop et pas assez
Oscillations dans l’œil qui fixe
au centre cligne et foisonne la toison
animalière désertée indécise
rêve pourtant du museau prédateur
la hase hésite entre fuir et rester
loin de son terrier à courir l’aventure
giboyeuse sa cuisse se cuisine
aux petits oignons
dépecée sur place tous draps
rabattus chien de fusil sa croupe
tendue la paupière rabattue
c’est l’azur du regard qui fait
tomber la fourrure et faiblir
toutes ses résistances
trop tard pour ronger le piège
quand la patte entraîne le corps
tout entier sous emprise
c’est le lapin pris dans les phares

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Artichaut

douche froide l’effeuillage
d’artichaut
l’œil ivre s’entraîne à dénuder
les fils une faveur donnée
à l’électrocution facile du cœur
tachycarde saccadé convulse son manque
ce massage cardiaque
qui relance le désir et qu’exécute le praticien
celui des mieux disposés son entrain manuel
habile à la manœuvre
le franchissement barbelé du souvenir
érafle légèrement en surface
mais d’une flèche qui transperce
la peau déformée à laquelle on espère
qu’une main aimée se conforme


Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écriture·photo négatif·poésie

Blanc

Blanc
où la trace s’enfonce
jusqu’à disparaître

s’ouvre un passage vers
espace à haute teneur
déracinée indéfinie frontière
entre l’avant et l’après

irréel
comme trop réel
évanoui

ce qu’il reste de violence en nous
éparpillée
impressions mortes
mais résurgence d’un souvenir

hypnose
sensation concentrationnaire
l’enfermement des mots
d’où rien ne surgit

chasse sur les terres
de personnes qui ne sont pas moi
à la recherche de l’autre
ce merveilleux

l’inconnu dérive
longues distances à parcourir
pour parvenir

là où l’amorce
la continuité flirte avec la discontinuité
en permanence

hameçonnée l’émotion
accrochée la transe
l’agencement sans pareil
inabouti certes
dansée l’instance
du semblable

un flottement
déraisonné flou
longiligne
dans la main tendue

l’étrange étrangeté se confronte
sans se confondre

en pluie tombés morceaux de moi
pièces d’un puzzle
pour un assemblage
plus grand

Perle Vallens

 

avec André Michaux

photo n&b·poésie

Sororité

on regarde depuis la face cachée de l’iceberg
tant d’amas de particules de cellules
tant de corps empêchés mais invaincus
noués déjà vus mille fois
on regarde ce qui se laisse dévorer
sans consentement et ce qui se relève
pouls à tout rompre – les os et les pierres
on regarde surgir côte à côte dans nos silences intercités
et nos pensées trop grande vitesse
pour écouter notre culpabilité et notre insouciance
où il est question de survie
on regarde avec la nécessité vivace
depuis nos yeux inversés trouver la force
de crever l’obscurité


l’œil plein embrasse
pile au centre de la paupière
l’œil plein de celles ne cligne pas
absorbe s’évase marathonne horizontal
c’est une expansion
non pas un assaut mais une assise
bordure où se poser suspendue
tracer son équilibre se tenir en tension
celles comme un seul bras
s’appuyant et soutenant tour à tour
vertébrale chacune
ossature d’un seul dos

Perle Vallens