sur un horizon bas de gamme nous défleurissons précocement tombés dans l’âge adulte des joues débordées par le désir la langueur et la mélancolie la morsure du dimanche soir promotion sur les lendemains qui déchantent deux jours pour le prix d’un qui vaille la peine c’est comme dire un tiens vaut mieux que deux tu l’auras nous cumulons les mauvais choix par crainte de ce qui crépite au fond d’un lit c’est le caractère d’urgence irréversible ce qui démange nous jouera des tours ce qui se digère mal au fond c’est le prix à payer d’une sueur inconnue cet autre je qui nous est étranger Perle Vallens
corps qu’on dirait sanglé exsangue chair emboutie jusqu’à l’os embossée tremble chair innervée de vie mais mal ravitaillée par corbeaux d’insomnie mal nourrie chair dénutrie à teneur aigre de ferraille chair dissoute dans l’acide d’un sang noir métallique secrétant des billes comme des soleils surgis en pleine extinction des brûlures dans les membres innervés de vers grouillants membres comme amputés pourrissure de bois scié qu’on dirait chiures d’insecte de quel cocon s’évertuent à venir me grignoter chaque section alourdie chaque cellule dispersée l’éclatement observé à la loupe distinguerait l’anomalie l’œil scrute et scande l’œil défigure lambeau par lambeau lave de bleu les apparences l’œil inverse l’impression d’un vertige d’une gesticulation d’un visage double je malmené de bris de verre de brindille sèche je crisse et je tout entier crie pour expulser ses eaux usées par la bouche décharge à ciel ouvert de pluies acides on dirait la nuit partout tout vibre encore dans le noir la peau pulse ne sais combien par minute peau de pierre ponce blanchie par l’éclat led d’une ampoule trop vive lumière qui gâche le grain l’épiderme se troue et boit tout ce qui pourrait déborder la peau se brouille craquelée écorce rongée brunie vieille peau flétrie se débrouille mal avec l’ombre qui rampe et recouvre ses serpents grimpent gravitent tout autour dévorent c’est un enfouissement une disparition dans les mains serrées des regrets vivante mais peut-être déjà morte
Perle Vallens
avec la mise en page, si jamais wordpress ne respecte pas, comme cela arrive parfois…
la peau n’est pas palimpseste nombreuses histoires restent dans les pores peut-être muettes peut-être mortes se réveilleront par révélation à la lumière on espère que ce sera un éblouissement Perle Vallens
Ce nouvel épisode de Mange tes mots est sur la citation de Alejandra Pizarnik « Je m’habille de cendres » et sera diffusé aujourd’hui à 18h00. Je suis heureuse de participer à nouveau à ce podcast poétique, c’est toujours une écoute riche, enchanteresse pour les oreilles et la tête. Le texte que j’ai mis en voix s’intitule Feinter l’anthracite. Voici le sommaire de cet épisode #24 de Mange tes mots. Bonne écoute !
Voici un nouveau vidéo-poème en collaboration avec le compositeur Benjamin Aït-Ali, sur un extrait de la pièce Iter Laternis. C’est la seconde fois, après Ce que la terre dit. Un peu kafkaïen, un peu lynchien… Bon visionnage !
Il s’agit cette fin d’année dans le Jeudi des mots d’aborder le corps du poète, depuis le corps des mots, où comment dans le corps nous vient la poésie, quel instant de douleur ou de plaisir, quel instant de grâce ? J’apporte mon grain de sel avec une photographie « arrangée » et un poème.
les mots reculent brefs nous (re)coiffent au poteau raie sur le côté du · médian semble équipage sauvage ébouriffé signe comme lettre en supplément est os à un chien sans garantie de morsure s battant quartiers comme campagne de fustigation enfumés nous sommes de ne plus savoir manier la langue va trop vite pour nous disent-ils comment la rattraper sans s’essouffler Perle Vallens
Ecoutez C’est la terre qui tremble et craque C’est l’écorce terrestre qui rompt se morcelle se détache C’est la carcasse décentrée folle qui s’ébranle et s’engouffre C’est la masse considérable qui s’éventre brusquement arrachée à elle-même par on ne sait quelle force centrifuge C’est l’effondrement de falaises infranchissables qui se brisent sous leur propre poids C’est la partie centrale des glaciers qui se fracture leur fonte progressive où le sérac s’écroule C’est le fracas des corps solides qui s’entrechoquent corps devenus mous sans forme devenus flottement dans l’onde disloquée du monde C’est l’abîme insalubre d’ombres instables qui dévore et avale toute chose C’est l’éclat rauque et métallique qui foudroie la peau grasse et douce et souple de la terre ensanglantée C’est la chair vive défaite ravalée au rang de cadavre qui nourrit la terre et s’en nourrit C’est la trace des blessures la couche crevassée qui découpe cicatrices le long des fissures tant de membres amputés qui finissent par repousser au rythme d’une course comme une prière que rien ne parvient à terrasser Perle Vallens