
Lumière

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


j’apprends à voir dans le noir
j’exerce ma vision de mère
mon regard erre crucifié
à trop percer la chair de ma chair
s’étrangle de ne rien dire d’extrême
s’exagère en veilles prolongées
en surveillances excessives
c’est pour mieux m’exalter mon enfant
galvaniser l’abnégation
excès de zèle j’avoue le sentiment
exacerbé qui me grise
divinisée dans cette ivresse facile
qui monte aux yeux
Perle Vallens
(extrait d’un recueil en cours)

cheveux de cervidé
ayant perdu ses bois et son instinct
sent pousser quelque chose qui ne perce rien
que la lassitude de rester coincé dans ses sabots
dans ses sentiers battus
dans ses aspérités bipèdes
Perle Vallens
Une autre façon de découvrir le recueil ceux qui m’aiment est d’en écouter des extraits sur soundcloud.



fragments terreux ensablés
forment à peine ensemble se tenant debout
parfois la peine parfois trop de choses tirent
vers le bas vers la chute vers la soif
ce qu’il manque d’eau
ce qu’il manque de mots
ce qui rend la phrase exsangue
et la bouche muette
Perle Vallens
Ecoute d’un samedi matin.
Fait partie d’un ensemble plus vaste de voix réunies par François Bon, dans le cadre d’ateliers « Grand carnet », dont voici l’enregistrement youtubé :
le souvenir est un bruit blanc
un espace comme un fossé
dans lequel tombent les fausses espérances
qu’on dit grandes
on les hisse à la force du poignet
on les retrousse jusqu’aux coudes
ce qui nous brûle la peau
leur écho en bataille
dans le fond futile
de nos bruits de bouche
la mémoire nous fait les poches
Perle Vallens
Ça commence par une chair noire, dense
une pâte arrachée au tableau
infiltre (distillée – insidieuse)
nos visages
C’est de l’épaisseur des ombres que surgit
la couleur
elle nous envahit nous gifle de sa force
de son éclat qui affleure
elle nous perce
Le rouge est un magma
une gueule béante
un concentré de feu
une substance grasse qui déborde de la toile
vibre dans l’œil noyé
La marée nous submerge
nous carmine et nous creuse
son velours nous caresse
sa violence nous terrasse
De sang et d’or l’opulence gonfle
comme une gorge de femme
la brûlure irradie vive
elle nous mord au cœur
Perle Vallens


la faim coupée nette
avant le creusement
la plaie sans couture
ce grand couteau d’appétit
et sa dent dure
estomac et lèvres en offrande
je ne sais plus vers quelle bouche
me tourner
Perle Vallens