fragments terreux ensablés forment à peine ensemble se tenant debout parfois la peine parfois trop de choses tirent vers le bas vers la chute vers la soif ce qu’il manque d’eau ce qu’il manque de mots ce qui rend la phrase exsangue et la bouche muette Perle Vallens
Fait partie d’un ensemble plus vaste de voix réunies par François Bon, dans le cadre d’ateliers « Grand carnet », dont voici l’enregistrement youtubé :
la faim coupée nette avant le creusement la plaie sans couture ce grand couteau d’appétit et sa dent dure estomac et lèvres en offrande je ne sais plus vers quelle bouche me tourner Perle Vallens
tendon froissé de vieil élastique – tiraillé se travaille en longueur surtout pas en force – s’exercer à la souplesse là où le muscle cesse – ne sait comment tout ça reprend sa forme initiale – comment se reconstitue le puzzle – comment parle le squelette – onomatopées ou rugissements – osselets se jouent de l’esprit – là où nerf tendus à l’extrême – où la douleur où le plaisir quand l’un chasse l’autre – si la morsure de la peau – la laisse lâche sur la chair – chiennerie le corps Perle Vallens
Cet été est paru une anthologie aux éditions Oxybia, Mots de PaiX et d’Espérance, en partenariat avec le Jeudi des mots, dans lequel est paru un poème sur le thème des mots de paix.
J’ai beau faire, j’ai beau enfiler des fibres bien épaisses, fil de mohair ou de velours, rien ne réchauffe mon cuir trop fin. J’ai beau me couvrir de couches de tissus, de trucs molletonnés, de machins synthétiques, d’amoncellements de cellulose, polyester, acétate ou viscose, je reste frigorifiée. Gelée jusqu’à l’échine. Glacée à l’intérieur, bercée par un glas assassin. Percée d’un courant d’air sous la peau, une trouée dans les veines, que ni soie ni laine n’apaisent. Ton absence déchire tous mes vêtements, y laisse un grand trou noir. Eviscérée, je me consume hors toi, abandonnée par contumace. Je me suis brisée aux blocs de givre qui s’entassent à mesure que j’empile les épaisseurs denses, contisées d’ecchymoses, de lassitude, écrasée par un désert vide, sans horizon. Je ne suis qu’une petite chose à l’épiderme trop lisse, au souffle trop court, à l’estomac trop noué pour survivre à la faim (de toi). Je brûle encore mais dans ma banquise, mon igloo intérieur, je meurs de froid. Perle Vallens
l’un visage maigre sans feuillages l’autre décapité ceux qui poussent au trottoir nos vœux joyeux enguirlandés quasi morts le froid ne les atteint plus leurs aiguilles d’âge précoce tomberont blêmes déjà secs déjà crevés cadavres sans guerre avant que nous nous embrassions sous un gui factice Perle Vallens