photo n&b·poésie

Plumée

Je connais l’égarement
toi tu sais l’art d’arrondir les angles
de citer les psaumes pour te faire prier
une génuflexion chasse l’autre
une citation dans le texte intraduit
te sert d’alibi pour toutes tes extraditions hors de mes territoires 
s’il suffisait de me mener à l’abattoir
mais il faut encore plumer l’oie avant de la rôtir
blanche tu penses sans ses ailes
on la ramassera sans penne
on la saucera à la cuillère
durée de vie plus longue
qu’à la chasse
la queue basse de la proie s’achète
et se revend contre mots sonnants
c’est toute la force musicale
du langage qui trébuche
on ne butte pas on brûle
on bleuit dans la flamme
on rallume la mèche pour
encore trébucher
Perle Vallens

aphorisme·Inktober·poésie·prose

Inktober 2022, 5 par 5

2 octobre
à trop se précipiter on bâcle jusqu’à son bol de café
PV

3 octobre
Elle n’a fait que nous frôler. Elle a rasé le haut de mon crâne, j’ai senti le courant d’air frais, l’éphémère de sa présence au-dessus de moi. Cela a duré quelques secondes. Suffisamment pour la sentir passer, pas assez pour la voir. La chauve-souris a disparu dans les interstices de ce bâtiment abandonné, cet ancien hôtel décharné, peut-être encore peuplé de fantômes. Au moins habité par cet animal solitaire. Elle a battu des ailes, comme volatilisée. Elle a rejoint l’invisible.
PV

urbexc2a9perle-vallens

4 octobre
Il suffit de regarder le beurre
(noisette dans la poêle)
filer parfait amour avec les noix de Saint-Jacques
dessus-dessous frissonnantes
si nues et blanches hors de leur coquille
il suffit de se fondre dans la dissolution brutale
de grains de sel à leurs surface
pour se réconcilier avec la morsure vive
l’avant-bras douloureux d’avoir trop embrassé
le brûleur de cuisson
PV

5 octobre
Tu vois la flamme dans l’oeil
c’est ce qui brille en nous
c’est le feu que l’on porte dans la poitrine
transperce les peaux et les prémices
d’une brûlure
réduisant l’espacement les barrières à néant
l’embrasement s’étend à toute la parcelle
elle flambe jusqu’au coeur
son bel incendie d’hiver
aussi bien la caresse ressuscite me consume
de la main à la main
PV

6 octobre
coupée à sa base la fleur
incise un désir cru
au creux du bouquet
à faire déborder le vase
PV

poésie

Ignition

j’attendais que quelqu’un m’apprenne le sens des choses
de nouveaux mots quand on remonte les pans de la vie
j’attendais que qu’il me soulève de terre comme on s’envole
l’écrasement dans la poitrine à l’accélération
au décollage
alourdie par le poids de l’amour
la masse et la force des sentiments qui nous retiennent
ou qui nous poussent
j’attendais la sensation intense d’un déchirement
d’être arrachée au sol
sans avoir besoin d’allumer les réacteurs
juste par l’embellie de l’aventure
abdiquer sans propre volonté et ses peurs sans regarder
en arrière sans baisser le regard sans fermer la paupière
c’est les yeux grands ouverts que je veux sentir
la puissance d’extraction où me faire sauter
sur les genoux ou au septième ciel
(je ne suis pas contre un huitième)
on vise toujours plus haut quand on s’envoie en l’air
avant que je prenne feu laisse-moi juste compter à l’envers
3 – 2 – 1 ignition
Perle Vallens

Inktober·poésie

Inktober 2022, en mots

Comme les deux dernières années, je participe à Inktober, rendez-vous initialement graphique (à l’encre = ink). J’ai détourné en mots en 2020, puis en 2021 avec une série de poèmes courts. Je récidive cette année, avec des poèmes, textes courts, aphorismes…
Chaque jour, un mot imposé, dont voici la liste (anglophone) :

Comme les autres années, je les proposerai 5 par 5. Voici le premier.

Mon corps n’est pas une statue
de pierre à isoler de sa peau
n’est pas une pièce à applaudir
à distance
Perds cette habitude de me regarder
comme une gargouille
Range tes yeux de poisson frit
sur mes braises
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Oiseau de proie

soleil péroxydé ploie 
descend en rase motte
se pense oiseau de proie
à cuire toutes les ailes
à nous brûler vifs

planche de salut ressemble 
comme une sœur au supplice de la cale
coulée d’aplomb de l’océan son infini de bleus
la profondeur de l’œil nous tourbillonne
aiguillonne son à-pic

grandes brassées ou embrassades
la caresse nous appuie la tête
la maintient enfoncée sous l’eau
épicentre pile du baptême
ou de la noyade
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Cette femme

tu as connu cette femme 
aux yeux de refuge
au regard de cabane
aux mains qui cicatrisent
les temps de disette

tu as connu cette femme 
ses mines de seize ans
sa bouche acquise à ta cause
cette femme définie comme amante
ses multiples dénominations ne la faisaient pas
unique

fut un temps je l’appelais je
fut un temps tu ne l’appelais pas
un déficit de nom une défaite reconnue 
une définition par défaut
ne font pas une femme complète 
Perle Vallens