

Le site Jeudi des Mots collecte poèmes et récits sur le thème du prochain Printemps des poètes, frontière(s). Marilyne Bertoncini y a intégré le poème cœur #frontière_corps.
NB Cette collecte devrait donner lieu à recueil en 2023.
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Le site Jeudi des Mots collecte poèmes et récits sur le thème du prochain Printemps des poètes, frontière(s). Marilyne Bertoncini y a intégré le poème cœur #frontière_corps.
NB Cette collecte devrait donner lieu à recueil en 2023.

quand la nuit en trombe drue
organique nous joint
nous baigne
ses ombres liquides nous noient
dans notre sommeil
Perle Vallens
27 octobre
à l’heure du goûter je n’ai rien à me mettre sous la dent
c’est peut-être mieux que de se carrier l’espoir
à continuer de mordre l’oxygène
de manger l’oxymore
je caresse ma gencive de l’intérieur
avec ma langue j’espace les interstices du manque
de phrase ou de baiser
je baigne ma bouche mais ça ne calme pas ma rage
rien ne soulage cette sensation aucun gel
toujours se dégivre la morsure
jamais n’emprisonne ma douleur dans la glace
PV
28 octobre
seule à l’heure
du camping sauvage
je suis seule à planter quelque chose
au milieu du champ
je plante les ongles
pour m’accrocher à la terre
je plante mes dents
je ne plante pas de tente
je redresse mes torts à hauteur de tête
je me dévore avec lenteur
le ventre à l’état sauvage
seule à l’heure
au centre d’un sillon
au milieu du champ
PV

29 octobre
– Tu connais le party-game uh-oh
– Le truc à une carte ?
– Ouais truc tiktokable à mort
– Faut être plus de trois, on est que deux
– On a qu’à changer les règles
– Askip une pièce de monnaie suffit
– OK mais alors on peut aussi jouer à pile ou face ?
– Euhhh. Oh, si tu veux.
PV
30 octobre
Nous nous hissions à hauteur de ciel sans atteindre
le sens de la musique
l’impossible reste toujours à définir dans l’indéfinissable
Nous comprenions que l’engrenage n’entraînait plus les roues
des idées que nous étions fixés au sol par un excès de patience
et de pensées fausses
nous nous sommes penchés tout exprès en quête d’un vide pour
nous rappeler à l’ordre
au bord du chaos nous nous sommes laissés enfumer
immobilisme en butte au monde divisé
Il nous aurait fallu réamorcer les rouages d’un jeu dangereux
pour mieux le déjouer
peut-être changer de pied peut-être changer de jouet
ou de médiocrité
se recomposer un visage de juste (de justicier)
assemblage brouillon sous buée sous brume matinale
retrousser le sang jusqu’au nom
il aurait fallu changer la géométrie du miroir
PV
31 octobre
ferme avicole
volatiles enfermés à plus de vingt
au mètre carré
entravés se déplument
volettent hirsutes
leurs dérives affolées
éviscérées
PV
Le dernier poème est un teasing pour un texte à paraître bientôt dans la revue Utopie, sur le thème « Violence ».

A un moment on se. On se quitte.
A un moment il y a des rails, un métro, un train, une voie de séparation.
A un moment le monde se voile. Il se délabre et s’éparpille. Il se disperse.
A un moment quelque chose se creuse à l’intérieur, un lac immense qui déborde.
A un moment je marche dans une flaque plus grande et plus lourde que moi. Je m’arrache à la flaque mais c’est trop tard, j’ai déjà fondu. Je marche liquide sans savoir où je dois poser mon pied.
Ce qui se nomme garde-corps ne garde plus rien qui a fuit par les pores, qui se frotte à l’asphalte sans rien à se raccrocher.
Les passerelles sont faites pour passer, les ponts pour sauter.
Le pas. Le parapet. Les pas perdus. Le prêt-à-tomber.
Où est mon parachute ?
C’est trop tard, mon visage est passé par dessus-bord.
Perle Vallens

2 Je suis
6 armée de mots et de mains
1 ici
0
2 sans toi
0
2 à quoi
2 ça sert
Perle Vallens
22 octobre
C’est l’heure des âmes mortes
des nuits blanches
des braquages de nos rêves
délavés à l’encre
le lavis persistant rendu invisible
dans le noir dévidé de nos attentes
PV
23 octobre
Il a fait des boules et mis des yeux partout. Il a fait des boules toute sa vie.
Il a fait des boules en terre pour faire revenir à lui ses mains d’enfant.
Peut-être qu’il faisait déjà des boules quand il était enfant. Peut-être qu’il a fait des boules avec de la pâte à modeler, de la mie de pain, des crottes de nez, de la cire d’abeille. Peut-être qu’il en fabriquait des billes pour jouer avec. Peut-être que ses billes se reflétaient déjà dans ses yeux. Peut-être qu’il regardait ses billes comme des poèmes.
Il a fait des boules et mis des yeux partout. Il a fait des boules toute sa vie.
PV
Hommage à Jean-Luc Parant
24 octobre
j’ai dépassé depuis longtemps
l’âge des contes de fée
J’ai laissé passer l’heure des rêves
J’ai décompté les signes lourds de sens
ceux que le jour nous dépose sur la langue
comme s’il s’agissait de dompter le réel
je remue les lèvres mais aucun mot ne sort
je demande à la nuit de me réveiller
je lui demande de me dire si je suis
toujours vivante
si mon corps est réparable si mon esprit sait
encore comment trafiquer l’existence
sache que la nuit ne répond qu’aux horaires de jour
PV
25 tentant
t’entends
t’entends le vent
le vrai son du vent d’avant l’orage
t’entends le bruissement
le rouage le roulement à bille
la mécanique des tempêtes
t’entends tout ce qui devrait faire peur
devrait t’inciter à te mettre à l’abri
au lieu de ça tu sors
t’entends le tonnerre
tu comptes le temps que met l’éclair
t’entends à la minute près et tu sais
ce temps d’explosion qui zèbre le ciel
et tu sors parce que c’est trop tentant
de courir après l’orage
PV

26 octobre
Toi tu
Toi tu ne t’opposes pas
au tutoiement
Toi tu sais te taire
pour dire nous
Toi tu dirais je
si tu pouvais
mais tu n’oses pas
Tu te dis tu à toi-même
Tu te considères comme
ton alter ego
Pas de chichi entre vous
Entre lui (toi) et toi
c’est une vieille histoire déjà tracée
d’une barre de t
Toi tu
Toi tu ne vois pas d’inconvénient
au tutoiement
PV
La revue Labyrinthe[s #2 vient de paraître avec des extraits de Ceux qui m’aiment, recueil à paraître tout bientôt aux éditionsTarmac (et déjà en pré-commande). Elle présente également quelques photographies ainsi qu’un vidéo-poème, cut-up/collage sur photo.
NB La revue Labyrinthe[s est disponible sur la boutique du site.





Le feu s’allume, le feu s’éteint.
D’un tison apaisé, la suie remplace
la braise dans l’air noir
et les cendres au souffle d’hier
A la prime brûlure suit
la brume consumée
et la fuite des flammes
Au ressac rougi
à la langue flambée
l’épine crépite au bout des doigts
Le feu s’en va, le feu revient.
Perle Vallens
17 octobre
Fiction classée X dans laquelle
on bascule par principe
de réalité
On crochète du concret
comme la peau sous les ongles
trop nombreux fantasmes et tabous déficitaires
Les interdits s’extirpent à la force du goût
on les déglutit on les régurgite
on se dit pas assez salé
on passe à autre chose
PV
18 octobre
tu prends cette pensée qui t’érafle
qui te griffe
à laquelle pourtant tu te frottes
ce raclement tant de fois entendu
tant de cicatrices laissées
tu te laisse traverser par cette idée
impossible à arrêter
impuissant à stopper le leitmotiv
comme refrain d’une chanson sans fin
qui résonne jusque dans les recoins silencieux
de ton cerveau
PV
19 octobre
Elle défait sa queue de cheval et brosse ses cheveux, longuement. Elle les brosse sur toute la longueur. Jusqu’aux pointes qui s’effilent. Elles démêlent les rebelles. Les indisciplinés. Les évanescents. Les durs à cuire. Elle se demandent s’il y a dans la nature des cheveux comme dans la nature humaine, une part de bien et de mal. Des dociles et des révoltés. Des doux et des irascibles. Quel est le caractère d’un seul de ses cheveux, quel est celui de l’ensemble de sa chevelure ? La partie pour le tout ou bout des dents synthétiques de sa brosse, leur morsure du cuir chevelu et le cri immobile de son crâne.
PV

20 octobre
Nulle autre perspective pour le corps que
sa propre exactitude et sa progression
souvent désinvolte devant sa propre érosion
Le corps n’ignore pas les signes incertains
il les snobbe par habitude
tout est dans l’esbrouffe
cabotinage et compagnie
Le corps bluffe
(il est très doué à ce jeu-là)
toute affliction s’occulte
toute cicatrice s’efface
toute trace de détresse se passe
de commentaire
PV
21 octobre
Il renifle. Il flaire comme un chien. Vilain chien qui fouine, fouille sous la jupe. Chien qui fait le beau, bien campé sur ses pattes arrières. Queue dressée. Babines salivantes. Crocs retroussés. Vilain chien me prendra pour os à ronger, me mordra, me laissera pour morte. Vilain chien n’aboie pas pourtant, jappe de joie. Lèche ma main. Et comme dans la comptine, lève la queue et puis s’en va.
PV

tu cherches un trou pour t’y glisser
t’y enfoncer t’y enfermer
tu pourrais renaître dans les entrailles
tu serais ce fœtus que tu ne te rappelles pas
animal caché au ventre-même du monde
parce que la terre sait te protéger
la terre sait la quiétude humide et chaude
qu’elle sait taire les secrets trop froids
parce qu’elle dissimule un chemin inaccessible
que seuls les innocents connaissent
tu voudrais devenir inaudible inodore
que personne ne puisse te flairer dans l’ombre
tu voudrais t’emparer de la nuit toute entière
t’en vêtir comme d’une tenture protectrice
t’en couvrir devenir invisible aux yeux des vivants
parce que les morts t’écoutent qu’ils te regardent
parce qu’ils t’attendent
parce qu’il y a quelque part une consolation possible
dans la disparition
tu voudrais flotter loin ailleurs dans l’espace
parce que les étoiles ressemblent à des vies brèves
parce qu’elles aussi finissent par s’éteindre
Perle Vallens