
muet encore
inaudible
brûle jamais ne crie
se terrasse au ventre
le corps n’a pas fini sa mue
Perle Vallens
Premier poème d’un nouveau recueil en cours
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

muet encore
inaudible
brûle jamais ne crie
se terrasse au ventre
le corps n’a pas fini sa mue
Perle Vallens
Premier poème d’un nouveau recueil en cours



De peu publié aujourd’hui dans le n°2 de la revue la Syncopée, fait partie d’un nouvel ensemble poétique, dont quelques extraits seront publiés ici dans les semaines à venir.

je fais le plein de fraîcheur vide
mentholée
néant névralgique à saveur glaciale
convulse et réprime
une source vénéneuse
frissonnante incrustation au-dessous de zéro
ce désert me descend tout droit
dans l’oesophage
cendres de plomb givré
le vif tremble sans bouger
sans déranger le moindre organe
gélatine dans le gel mollement vibre
dans l’invisible viscosité des sécrétions prises
ce glas de la caresse
c’est à se demander si le vent aussi
est mort de froid
Perle Vallens
Dans sa version composée :

Publication d’un poème sur le FPM Hors-série intitulé « Machinations », un numéro papier qui qui vient de paraître aux éditions Tarmac.





Le site Jeudi des Mots collecte poèmes et récits sur le thème du prochain Printemps des poètes, frontière(s). Marilyne Bertoncini y a intégré le poème cœur #frontière_corps.
NB Cette collecte devrait donner lieu à recueil en 2023.

quand la nuit en trombe drue
organique nous joint
nous baigne
ses ombres liquides nous noient
dans notre sommeil
Perle Vallens
27 octobre
à l’heure du goûter je n’ai rien à me mettre sous la dent
c’est peut-être mieux que de se carrier l’espoir
à continuer de mordre l’oxygène
de manger l’oxymore
je caresse ma gencive de l’intérieur
avec ma langue j’espace les interstices du manque
de phrase ou de baiser
je baigne ma bouche mais ça ne calme pas ma rage
rien ne soulage cette sensation aucun gel
toujours se dégivre la morsure
jamais n’emprisonne ma douleur dans la glace
PV
28 octobre
seule à l’heure
du camping sauvage
je suis seule à planter quelque chose
au milieu du champ
je plante les ongles
pour m’accrocher à la terre
je plante mes dents
je ne plante pas de tente
je redresse mes torts à hauteur de tête
je me dévore avec lenteur
le ventre à l’état sauvage
seule à l’heure
au centre d’un sillon
au milieu du champ
PV

29 octobre
– Tu connais le party-game uh-oh
– Le truc à une carte ?
– Ouais truc tiktokable à mort
– Faut être plus de trois, on est que deux
– On a qu’à changer les règles
– Askip une pièce de monnaie suffit
– OK mais alors on peut aussi jouer à pile ou face ?
– Euhhh. Oh, si tu veux.
PV
30 octobre
Nous nous hissions à hauteur de ciel sans atteindre
le sens de la musique
l’impossible reste toujours à définir dans l’indéfinissable
Nous comprenions que l’engrenage n’entraînait plus les roues
des idées que nous étions fixés au sol par un excès de patience
et de pensées fausses
nous nous sommes penchés tout exprès en quête d’un vide pour
nous rappeler à l’ordre
au bord du chaos nous nous sommes laissés enfumer
immobilisme en butte au monde divisé
Il nous aurait fallu réamorcer les rouages d’un jeu dangereux
pour mieux le déjouer
peut-être changer de pied peut-être changer de jouet
ou de médiocrité
se recomposer un visage de juste (de justicier)
assemblage brouillon sous buée sous brume matinale
retrousser le sang jusqu’au nom
il aurait fallu changer la géométrie du miroir
PV
31 octobre
ferme avicole
volatiles enfermés à plus de vingt
au mètre carré
entravés se déplument
volettent hirsutes
leurs dérives affolées
éviscérées
PV
Le dernier poème est un teasing pour un texte à paraître bientôt dans la revue Utopie, sur le thème « Violence ».

A un moment on se. On se quitte.
A un moment il y a des rails, un métro, un train, une voie de séparation.
A un moment le monde se voile. Il se délabre et s’éparpille. Il se disperse.
A un moment quelque chose se creuse à l’intérieur, un lac immense qui déborde.
A un moment je marche dans une flaque plus grande et plus lourde que moi. Je m’arrache à la flaque mais c’est trop tard, j’ai déjà fondu. Je marche liquide sans savoir où je dois poser mon pied.
Ce qui se nomme garde-corps ne garde plus rien qui a fuit par les pores, qui se frotte à l’asphalte sans rien à se raccrocher.
Les passerelles sont faites pour passer, les ponts pour sauter.
Le pas. Le parapet. Les pas perdus. Le prêt-à-tomber.
Où est mon parachute ?
C’est trop tard, mon visage est passé par dessus-bord.
Perle Vallens

2 Je suis
6 armée de mots et de mains
1 ici
0
2 sans toi
0
2 à quoi
2 ça sert
Perle Vallens
22 octobre
C’est l’heure des âmes mortes
des nuits blanches
des braquages de nos rêves
délavés à l’encre
le lavis persistant rendu invisible
dans le noir dévidé de nos attentes
PV
23 octobre
Il a fait des boules et mis des yeux partout. Il a fait des boules toute sa vie.
Il a fait des boules en terre pour faire revenir à lui ses mains d’enfant.
Peut-être qu’il faisait déjà des boules quand il était enfant. Peut-être qu’il a fait des boules avec de la pâte à modeler, de la mie de pain, des crottes de nez, de la cire d’abeille. Peut-être qu’il en fabriquait des billes pour jouer avec. Peut-être que ses billes se reflétaient déjà dans ses yeux. Peut-être qu’il regardait ses billes comme des poèmes.
Il a fait des boules et mis des yeux partout. Il a fait des boules toute sa vie.
PV
Hommage à Jean-Luc Parant
24 octobre
j’ai dépassé depuis longtemps
l’âge des contes de fée
J’ai laissé passer l’heure des rêves
J’ai décompté les signes lourds de sens
ceux que le jour nous dépose sur la langue
comme s’il s’agissait de dompter le réel
je remue les lèvres mais aucun mot ne sort
je demande à la nuit de me réveiller
je lui demande de me dire si je suis
toujours vivante
si mon corps est réparable si mon esprit sait
encore comment trafiquer l’existence
sache que la nuit ne répond qu’aux horaires de jour
PV
25 tentant
t’entends
t’entends le vent
le vrai son du vent d’avant l’orage
t’entends le bruissement
le rouage le roulement à bille
la mécanique des tempêtes
t’entends tout ce qui devrait faire peur
devrait t’inciter à te mettre à l’abri
au lieu de ça tu sors
t’entends le tonnerre
tu comptes le temps que met l’éclair
t’entends à la minute près et tu sais
ce temps d’explosion qui zèbre le ciel
et tu sors parce que c’est trop tentant
de courir après l’orage
PV

26 octobre
Toi tu
Toi tu ne t’opposes pas
au tutoiement
Toi tu sais te taire
pour dire nous
Toi tu dirais je
si tu pouvais
mais tu n’oses pas
Tu te dis tu à toi-même
Tu te considères comme
ton alter ego
Pas de chichi entre vous
Entre lui (toi) et toi
c’est une vieille histoire déjà tracée
d’une barre de t
Toi tu
Toi tu ne vois pas d’inconvénient
au tutoiement
PV