Jour 81
Dans le souffle des dunes un seul grain de sable enraye roule sous l’ongle
rouillé du sel léché l’épaule la langue
roulée sur l’os quand la brasse coulée

Jour 82
Comme la terre le ciel respire
se hasarde de plus de blanc que de bleu
comme si le nuage était un soupir sur la partition
J’aspire croches et demi croches dans l’enchevêtrement d’un trop de silence involontaire de pauses trop longues
dans un temps réglementaire mal compris
Je m’impose le rythme que rien ne freine
hormis l’os surnuméraire et congénital
d’une douleur qui ne serait sans doute pas que somatique
Vois le comme le débordement d’un fleuve
une crue qu’il était impossible de prévoir
Jour 83
Consigner chaque principe comme son propre espace : circulaire : d’autoproduction
Jour 84
Elle dit que le secret est un mantra qui ne sort pas de la tête
Il empreinte des labyrinthes de synapses sans parvenir à trouver le chemin de la bouche
Jour 85
L’écriture assemble des pièces éparses, des morceaux, des rythmes différents, des voix multiples. Elle creuse et remblaie, crée des passerelles, des ponts qui relient.
Des pointillés qui se joignent pour former un chemin. Ce qui s’écrit met bout à bout ce qui n’était que des bribes.
Parfois l’écriture est un château de sable, mouvant, qu’un déplacement modifie, les grains d’un coup de vent s’effondrent, qu’il faut recomposer, dont il faut reconstruire tout un pan, du château devenu tour ou jardin, et comment s’y prend on pour faire tenir debout une matière si mouvante ?
Jour 86
Trancher dans la longueur des phrases ce que la langue cache
la fissure agrandie dans la pluie de la bouche
La salive du silence
se replie dans le premier mouvement de contention
avant le crachat

Jour 87
Par où l’air et l’eau entrent
se diffuse le dehors
friable sous la peau
Le réel s’émiette facilement
tu connais cette impression de flottement
aléatoire jusque dans ton reflet
Jour 88
La langue creuse des galeries
de quoi excaver mots de basse extraction
la précieuse origine de la terre
de quoi hisser le chant des syntaxes disparues et des patois anciens
cette langue qui fourche est partition à crocheter
sens dessus dessous j’entends un aïeul fredonner
Jour 89
Œil choyé émaillé de soleil
L’image piaille son intention à qui suit du regard la force
Je ne m’entends pas dire merveille
pour ce qui ne défigure pas le paysage
ce qui existe à peine mais juste assez
pour faire dériver l’œil vers le point d’attention inévitable
Et c’est comme une caresse renouvelée
le regard embrasse et se dissout
en une seule fois
Jour 90
Comme dans une boule à neige qu’on a trop secouée, la pupille peine à identifier la scène opacifiée et fragmentaire d’un récit impossible à retranscrire ailleurs que dans l’ère raccourcie d’une mémoire tronquée, forcément partiale, parsemée de miettes d’une enfance qu’on ne parvient pas à reconstituer intégralement.
Perle Vallens