photo n&b·poésie

Instinct maternel

ma tendresse m’handicape
elle m’est point de côté
elle met point d’honneur à me grandir
mais je vais clopinant sur ma béquille
du coeur ce caillou dans ma chaussure
qui refuse de s’écarter du droit chemin
la droiture ne fait qu’ajouter à l’entaille
dans la peau là où suppure
un reste d’humanité
l’entorse promet le ciel
là où ni la caresse ni le soleil
ne seraient récompense
la pensée est viciée dans l’espace entre
la notion de devoir et un pseudo
instinct maternel
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Sevrage

Je me défends bien
aux interrogatoires programmés
Je me défile à trois doigts près
Je défie quiconque
au concours interactif de baiser
Tu me dis que tu ne t’appelles pas
quiconque
mais tu es pourtant bien celui qui
opère par voie de sevrage
à cœur ouvert rien d’impossible
Perle Vallens

Anton Delsol·Modèle photo·poésie

Ma peau nue

Photo ©Anton Delsol – modèle Perle Vallens

Ma peau nue trône à terre
règne sur chaque millimètre en contact
l’influx et le feu remontent par les pores 
par les heures d’incendie converties en secondes
d’embrasement 

Ma peau couve sous la mue 
sa lave neuve sa dévoration 
d’haleines haletantes et de désirs fleuves
de tous les âges elle porte sa crue
en couronne 

Ma peau nue se moque 
du carrelage lisse des tommettes froides
de la moquette rêche du lino sale
des sols cirés des enduits suintants
de boues noires

Ma peau nue se vante d’être à sa place sur tout type de revêtement 
Pourvu qu’y floque l’ombre portée de ton corps 
Pourvu qu’y éclate la prochaine explosion
de ton prochain baiser

Perle Vallens 

photo n&b·poésie

Fosse aux ours

Si tu restes tu assistes à la fonte d’une femme
une neige fraîche d’été au bout des ongles
un seul effleurement suffit pour excuser l’indéfendable
j’enterre les défauts à main nue
dans le creux des chairs
si tu me pêches à la ligne
(fine mouche je me cache
derrière les rochers des mots)
tu arraches la victoire
tu gagnes mes rives de haute lutte
tu peux trouver en un geste de parade amoureuse
le bouton on-off
la fosse aux ours si tu ouvres assez grand
les bras et la bouche
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Non rétroactif

Trop de doigts pas assez de paume 
Trop de dents  pas assez de bouche
par où passe le sens le sentiment dans l’heure
écoulée 
Trop d’espaces grands ouverts où court la perte
l’os de l’absence rongé aux acides
la salive d’un vieux chien 
Trop de morceaux de vie ne formant
aucun paysage
aucune géographie ne tient au corps 
Ventre flou mangé d’un fumigène 
ou d’un refus 
effet non rétroactif de la lumière 
Rien ne diffracte au milieu du visage
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Chamboule-moi

le temps passé 
seule
à renforcer le muscle du désir 
la fabrique des histoires qu’on s’invente 
à l’inspire on bloque la respiration 
on expulse un reste de libido qui
s’évapore dans l’air dans l’ordre des choses 
dans l’agencement de quelle hypothétique sagesse 
ce mur hissé trop haut pour le franchir
tant de briques qu’on rêve d’abattre 
à nos jeux de chamboule-moi
qui me tenait lieu de drogue
chavirée chancelante 
(ne lâche pas ma main) 
j’écris en écho au mythe 
du premier baiser 
Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Le calme revenu

J’ai vécu cette nuit là à trouer les morceaux de ciel de mes doigts
J’ai traversé en long en large les espaces confinés
le passage de mes rêves jusqu’au visage
désiré jusqu’à vouloir ses lèvres
Je suis allée aux mots
je suis allée au ventre
J’ai mis de l’eau dans le vin de mes rêves
Je les ai dissous à force de rêver
Il sont revenus pierres dans le ressac du jour
Ils reviennent toujours là où je suis
quelque part entre hier et aujourd’hui
Ils reviennent vainqueurs entre les grands fonds
et la grève où roulent les vagues qui m’éloignent
entre cette trêve du cœur et l’assaut du sexe
entre les aboiements des mains et le calme revenu
soudain dans les veines
le vacillement me surprend encore entre l’œil et l’oreille
me prend la chair au dépourvu m’empoigne toujours
davantage dès que je me laisse aller au carnage
je me laisser aller au désir
exilée volontaire entre lui et cet en-dehors
qui me déchire
©Perle Vallens

d’après consigne de Lorena Bur/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie

Rage de chien


Au cas où l’image ci-dessus ne serait pas lisible, voici le texte sans sa mise en page :

Mon corps est un chien mort
Un chien hurlant sa bave
me dégouline

J’ai sa rage qui s’inocule dans mes veines
Je vois clair entre mes lèvres
je vois les ronces percer les mots
je vois la morsure du serpent à travers
est-ce que tu vois toi aussi les sangsues sortir de ma bouche ?

Ça gueule tous crocs dehors à l’intérieur
Ce cri noir cette lave en crue
ce qui monte sans que je ne
puisse
rien
faire

cette colère nue ce souffle bref
ces nerfs à vif
c’est un vent fou forcené qui rampe qui colonise en bactérie
qui me virusse qui avale tout
il me brûle
il devient mon oeil il devient mon ventre
il m’envahit
respire plus len-te-ment
laisse le calme revenir
laisse la meute se retirer loin
dans sa forêt sombre brumeuse forêt
là où les monstres se taisent

Il y a cet os rongé au milieu de mon squelette
Cet os surnuméraire
C’est à cet os que l’on me suit à la trace
il brille dans la nuit mais je ne le savais pas

d’après consigne de Héloïse Brézillon/Mater Atelier