photo n&b·poésie

A l’oeil

L’oeil descelle les briques
une à une abat les fondations
d’une vie trop bankable
dont ne gardera que l’essentiel
strict sans compromis
aucune négociation d’agent de change
pour fluidifier nos acquis
pour réduire aux acquêts les émotions
dues à chacun
comme autant de cloques posées sur les peaux
là où se glisse des étiquettes où se calcule
le rendement de nos sentiments de nos attentions
(x% de caresses à valoir sur x% de gentillesses consenties)
l’œil signe son arrêt sur image la première qui mérite
un quelconque souvenir
un de ceux dont on tisse le quotidien avant qu’il ne s’écroule
avant que la source de malentendus n’implose
dans l’horizon inutilisable
l’œil continue de compter chaque raison potentielle
de continuer à vivre dans ce système obtus de redistribution
des biens et services rendus à la communauté
L’œil persiste et se signale en clignant de façon répétée
(ce qu’aucuns nomment un tic)
singeant l’art de la complicité et simulant
l’instinct de pseudo fusion
mais il laisse trop de blancs entre les bonnes intentions
qui ressemblent à des blessures
l’œil a beau souffler sur ce qui lui rappelle d’anciennes braises
tout se brouille dans le regard
l’œil existe mais ne sait plus voir
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo retouchée·poésie

Avec ou sans

VuLe flambeau m’a fui
Le feu m’a fondue quand le bois m’a brûlée 
L’oiseau m’a piqué de son bec avec de la cruauté dans le regard 
Le renard a mordu mon ombre 
La peau m’a trompée m’a tordue au bord du gouffre

Que veux tu me dire que tu n’oses pas ? 

Je t’aime avec l’enfant qui flotte en moi
Je t’aime avec ma fureur et tous ses tremblements
Je t’aime avec les mains lourdes de sens 
et de senteurs 
avec ma peur de mal faire de ne plus savoir comment effleurer 

Comment doit-on s’y prendre pour se défier ? 
Où flotte le peu l’insuffisant l’insalubre ? 
Où puis-je ne pas trouver l’insupportable vérité ? 
Sur quel bouton reset où reloader ? 

Je t’aime avec mon téléphone qui clignote et s’éteint qui ne dit rien de plus qui ne géo-localise aucune logique ni aucune réponse 
Je t’aime avec tous mes écrans fluides et non genrés 
je t’aime queer quidam d’un amour maquisard (qui l’eût cru)
Je t’aime comme je te parle avec une langue insuffisante qui ne fouille pas assez qui rechigne à entrer dans les trous du monde

Où ai-je mis mes caresses où mes traces désertées ? 

Je t’aime avec et je t’aime plus encore sans 

Perle Vallens

photo couleur·poésie

Ce matin

mod. Aaron

si ce matin tout roule
si tout contribue à la légèreté apparente
de l’air
tout gambade galope et roucoule
on ne peut qu’applaudir à chaque
enjambée d’une souplesse animale qui bouge
avec cette lenteur calculée d’un ralenti
plein de douceur
tout le monde semble nager
et c’est dans la fluidité du courant
que la quiétude nous appelle alors
pile au moment où nous nous
pensions un peu triste
Perle Vallens

photo n&b·poésie

d’ogres et de loups

j’ai le corps frileux et effrayé
affolé d’un rien pourtant du vent
d’une vie ensauvagée de forêts épaisses
d’ogres et de loups
la peau frise à l’usage des monstres
se devine à nouveau vierge en transparence
le sexe inapprivoisé se désertifie
bave pourtant déblatère ses désirs
jamais déshydraté
jamais regardant (il connaît la musique)
joue toujours sa partition
gèle sa nostalgie pincée entre
le pouce et l’index
le temps et la chair se tiraillent tour à tour
entre silence et cris pousse l’âge carnivore
par impulsions et pores retournés
Perle Vallens

photo couleur·poésie

bee B[a]P a lulla[by]

pure et féconde
(d’aucuns disent chaste)
mais désirante
pourvoyeuse l’abeille
pour sa colonie glane
denrées célestes
le lait et le miel paradisiaques
laborieuse l’abeille
travaille plus que 35 heures
présente au monde comme
l’homme s’en accommode
mais pas des hydrocarbures
pas des métaux lourds qui pèsent
sur ses conditions de butinage
de stockage des ressources
le meilleur et le pire que la cire
accumule
ubiquiste l’abeille
quand son baiser se pose
partout à la fois
mais ne brise de ses mandibules
aucune mer gelée
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Instinct maternel

ma tendresse m’handicape
elle m’est point de côté
elle met point d’honneur à me grandir
mais je vais clopinant sur ma béquille
du coeur ce caillou dans ma chaussure
qui refuse de s’écarter du droit chemin
la droiture ne fait qu’ajouter à l’entaille
dans la peau là où suppure
un reste d’humanité
l’entorse promet le ciel
là où ni la caresse ni le soleil
ne seraient récompense
la pensée est viciée dans l’espace entre
la notion de devoir et un pseudo
instinct maternel
Perle Vallens