photo n&b·poésie

Non rétroactif

Trop de doigts pas assez de paume 
Trop de dents  pas assez de bouche
par où passe le sens le sentiment dans l’heure
écoulée 
Trop d’espaces grands ouverts où court la perte
l’os de l’absence rongé aux acides
la salive d’un vieux chien 
Trop de morceaux de vie ne formant
aucun paysage
aucune géographie ne tient au corps 
Ventre flou mangé d’un fumigène 
ou d’un refus 
effet non rétroactif de la lumière 
Rien ne diffracte au milieu du visage
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Chamboule-moi

le temps passé 
seule
à renforcer le muscle du désir 
la fabrique des histoires qu’on s’invente 
à l’inspire on bloque la respiration 
on expulse un reste de libido qui
s’évapore dans l’air dans l’ordre des choses 
dans l’agencement de quelle hypothétique sagesse 
ce mur hissé trop haut pour le franchir
tant de briques qu’on rêve d’abattre 
à nos jeux de chamboule-moi
qui me tenait lieu de drogue
chavirée chancelante 
(ne lâche pas ma main) 
j’écris en écho au mythe 
du premier baiser 
Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Le calme revenu

J’ai vécu cette nuit là à trouer les morceaux de ciel de mes doigts
J’ai traversé en long en large les espaces confinés
le passage de mes rêves jusqu’au visage
désiré jusqu’à vouloir ses lèvres
Je suis allée aux mots
je suis allée au ventre
J’ai mis de l’eau dans le vin de mes rêves
Je les ai dissous à force de rêver
Il sont revenus pierres dans le ressac du jour
Ils reviennent toujours là où je suis
quelque part entre hier et aujourd’hui
Ils reviennent vainqueurs entre les grands fonds
et la grève où roulent les vagues qui m’éloignent
entre cette trêve du cœur et l’assaut du sexe
entre les aboiements des mains et le calme revenu
soudain dans les veines
le vacillement me surprend encore entre l’œil et l’oreille
me prend la chair au dépourvu m’empoigne toujours
davantage dès que je me laisse aller au carnage
je me laisser aller au désir
exilée volontaire entre lui et cet en-dehors
qui me déchire
©Perle Vallens

d’après consigne de Lorena Bur/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie

Rage de chien


Au cas où l’image ci-dessus ne serait pas lisible, voici le texte sans sa mise en page :

Mon corps est un chien mort
Un chien hurlant sa bave
me dégouline

J’ai sa rage qui s’inocule dans mes veines
Je vois clair entre mes lèvres
je vois les ronces percer les mots
je vois la morsure du serpent à travers
est-ce que tu vois toi aussi les sangsues sortir de ma bouche ?

Ça gueule tous crocs dehors à l’intérieur
Ce cri noir cette lave en crue
ce qui monte sans que je ne
puisse
rien
faire

cette colère nue ce souffle bref
ces nerfs à vif
c’est un vent fou forcené qui rampe qui colonise en bactérie
qui me virusse qui avale tout
il me brûle
il devient mon oeil il devient mon ventre
il m’envahit
respire plus len-te-ment
laisse le calme revenir
laisse la meute se retirer loin
dans sa forêt sombre brumeuse forêt
là où les monstres se taisent

Il y a cet os rongé au milieu de mon squelette
Cet os surnuméraire
C’est à cet os que l’on me suit à la trace
il brille dans la nuit mais je ne le savais pas

d’après consigne de Héloïse Brézillon/Mater Atelier

photo n&b·poésie·résidence d'écriture

Résidence d’écriture : neuvième jour

Back to… Plutôt de la poésie ce matin.

la nappe de ciel flotte blanc, c’est la feinte du jour
son drapeau de brouillard impossible à décrocher
avec les mains
plus propice à la noyade l’oeil
agrippe une apparence de neige
un peu de l’odeur saline à hauteur de cuisse
j’ai cherché les percées sur le green de salicornes
où s’ensablent si facilement les inconforts
où se ramassent à la pelle le collagène nos infortunes
on se renvoie la balle de nos feux de forêts
à peine éteints que déjà les braises entament
la couche supérieure de l’aurore (elle aussi éteinte)
misty mood mieux que bad mood
on dirait bien mud mais ce serait abuser
ces boues qui nous encorbellent on les réserve pour les draps
froissés défroissés nous ensorcellent un peu comme l’esprit humide
de la lande d’ici
Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Je t’écris

Je pense à toi vivante encore dans l’espace                décent
dans l’innocence                   d’une chambre d’enfant
aujourd’hui désertée

Je pense au feu qui nous a uni                    le jeu et les joies
(avant nos gémissements et nos cris)

Je pense à toi ma sœur                       je respire                   dans ton souffle
éteint je reprise ton corps           déchiré                              je compte
tes cicatrices

Je pense à toi autant que tu as souffert entre leurs mains
J’ai souffert aussi                           (plus ou moins que toi, qui peut le dire)

Je t’écris de cette plage tombale                       où je trie                        les grains
de sable                                              un à un
comme une ivraie sans fin
la mort est ivresse pour qui boit                        son lait amer

Je t’écris de là où je suis tombée                        un trou noir
enterrée vive                             un purgatoire

Je t’écris là où je n’ai plus peur où je n’ai            plus ni reproche               ni regret
J’ai attendu longtemps pour renaître                                 et t’écrire
pour ce paradoxal chant            expiatoire
j’exhorte           je m’évertue           je me délie (la langue)            je me fais polyglotte
        pour toucher ton ciel
                     pour te consoler

J’aimerais que tu renaisses à ton tour pour que tu                        m’entendes
mais de là où je t’écris je n’espère           nulle réponse          de ta part

         Je t’écris d’une voix soluble dans l’espace
                         Je t’écris d’un corps qui n’est pas le mien
©Perle Vallens

d’après consigne de Ada Mondès/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·poésie·vidéo·vidéo-poème·You Tube

Je te suis

Je te suis comme je t’ai toujours suivie
depuis le début
comme je te suivrai toujours
je te suis à la trace
je te déploie comme tu ouvres tes ailes
comme tu trouves les courants favorables
(tu t’ouvre aux)
l’air lourd qui te porte
droite courbe sinueuse
tu suivras ta route ligne ou lignée
tu seras celle que l’on suit comme guide
celle qui tient l’os (comme son ombre)
ceux qui t’aiment te suivront
de près
pas à pas
passe-passe ce tour de la vie
à suivre sa destinée
Perle Vallens

Sur consigne de Mélanie Leblanc pour Mater atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie·prose

Attends !

Attends ! On nous espère comme on manipule 
ailleurs ou ici même c’est le règne de la peur
Attends ! On nous marchera dessus si l’on n’y prend garde
Passons les premiers par le trou de la serrure 
la chatière est encore trop grande pour nous cacher
Attends ! On nous forcera si l’on nous trouve
On nous veut jusqu’à la peau du dos
On nous vomit comme on nous désire 
Nous veules pourtant sans volonté que celle de rester seuls
de rester vivants voyants 
vibratiles de nos envies 
Ou autre chose que ni nous ni eux ne savent 
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Décimée

Je suis comme ces arbres centenaires
décimée
par des incendies à répétition
consumée par chaque reprise de feu
j’ai trop brûlé
(jusqu’aux racines)
l’air que je respire suffit à embraser
d’un rien
l’humidité ne suffit pas à l’extinction
celui qui lance ses fausses alertes
celui qui démarre des brasiers
peut tout aussi bien s’attaquer au flanc
pour circonscrire par contre-feux
plus rien pour nourrir la flamme
tout est dans le contrôle (technique imparable)
jusqu’à ce jour où toute tentative de rallumage
se solde par une sécheresse durable
qui croit encore en la combustion spontanée ?
Perle Vallens