

Le dernier numéro de la revue Miroir est paru, signant sa rentrée après pause estivale. Plusieurs textes travaillés autour des consignes d’écriture proposées par Laura Vazquez s’y retrouvent. Pour lire ou relire les miens, c’est par ici.
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Le dernier numéro de la revue Miroir est paru, signant sa rentrée après pause estivale. Plusieurs textes travaillés autour des consignes d’écriture proposées par Laura Vazquez s’y retrouvent. Pour lire ou relire les miens, c’est par ici.
2 octobre
à trop se précipiter on bâcle jusqu’à son bol de café
PV
3 octobre
Elle n’a fait que nous frôler. Elle a rasé le haut de mon crâne, j’ai senti le courant d’air frais, l’éphémère de sa présence au-dessus de moi. Cela a duré quelques secondes. Suffisamment pour la sentir passer, pas assez pour la voir. La chauve-souris a disparu dans les interstices de ce bâtiment abandonné, cet ancien hôtel décharné, peut-être encore peuplé de fantômes. Au moins habité par cet animal solitaire. Elle a battu des ailes, comme volatilisée. Elle a rejoint l’invisible.
PV

4 octobre
Il suffit de regarder le beurre
(noisette dans la poêle)
filer parfait amour avec les noix de Saint-Jacques
dessus-dessous frissonnantes
si nues et blanches hors de leur coquille
il suffit de se fondre dans la dissolution brutale
de grains de sel à leurs surface
pour se réconcilier avec la morsure vive
l’avant-bras douloureux d’avoir trop embrassé
le brûleur de cuisson
PV
5 octobre
Tu vois la flamme dans l’oeil
c’est ce qui brille en nous
c’est le feu que l’on porte dans la poitrine
transperce les peaux et les prémices
d’une brûlure
réduisant l’espacement les barrières à néant
l’embrasement s’étend à toute la parcelle
elle flambe jusqu’au coeur
son bel incendie d’hiver
aussi bien la caresse ressuscite me consume
de la main à la main
PV
6 octobre
coupée à sa base la fleur
incise un désir cru
au creux du bouquet
à faire déborder le vase
PV

j’attendais que quelqu’un m’apprenne le sens des choses
de nouveaux mots quand on remonte les pans de la vie
j’attendais que qu’il me soulève de terre comme on s’envole
l’écrasement dans la poitrine à l’accélération
au décollage
alourdie par le poids de l’amour
la masse et la force des sentiments qui nous retiennent
ou qui nous poussent
j’attendais la sensation intense d’un déchirement
d’être arrachée au sol
sans avoir besoin d’allumer les réacteurs
juste par l’embellie de l’aventure
abdiquer sans propre volonté et ses peurs sans regarder
en arrière sans baisser le regard sans fermer la paupière
c’est les yeux grands ouverts que je veux sentir
la puissance d’extraction où me faire sauter
sur les genoux ou au septième ciel
(je ne suis pas contre un huitième)
on vise toujours plus haut quand on s’envoie en l’air
avant que je prenne feu laisse-moi juste compter à l’envers
3 – 2 – 1 ignition
Perle Vallens
Deux poèmes, deux sonnets, sont parus sur Lichen d’octobre 2022, en écho à un sonnet d’Annie Hupé, lui-même écho à un sonnet de Gaston Vieujeux (parus respectivement dans Lichen n°75 et 74). Un écho qui se prolonge donc.

Comme les deux dernières années, je participe à Inktober, rendez-vous initialement graphique (à l’encre = ink). J’ai détourné en mots en 2020, puis en 2021 avec une série de poèmes courts. Je récidive cette année, avec des poèmes, textes courts, aphorismes…
Chaque jour, un mot imposé, dont voici la liste (anglophone) :

Comme les autres années, je les proposerai 5 par 5. Voici le premier.
Mon corps n’est pas une statue
de pierre à isoler de sa peau
n’est pas une pièce à applaudir
à distance
Perds cette habitude de me regarder
comme une gargouille
Range tes yeux de poisson frit
sur mes braises
Perle Vallens

soleil péroxydé ploie
descend en rase motte
se pense oiseau de proie
à cuire toutes les ailes
à nous brûler vifs
planche de salut ressemble
comme une sœur au supplice de la cale
coulée d’aplomb de l’océan son infini de bleus
la profondeur de l’œil nous tourbillonne
aiguillonne son à-pic
grandes brassées ou embrassades
la caresse nous appuie la tête
la maintient enfoncée sous l’eau
épicentre pile du baptême
ou de la noyade
Perle Vallens

flux plus ou moins je délaisse
cette voix persistante qui décime
mes efforts qui défend mauvaise loi
contre bon cœur
l’écho perdure mais résonne mal
ses insistances de grande gueule
laisse la place à mots trouvés
vivants
ce qui a gelé fond et se fait entendre
de vibrations profondes
de ciel dissout dans un océan de phrases
Perle Vallens

tu as connu cette femme
aux yeux de refuge
au regard de cabane
aux mains qui cicatrisent
les temps de disette
tu as connu cette femme
ses mines de seize ans
sa bouche acquise à ta cause
cette femme définie comme amante
ses multiples dénominations ne la faisaient pas
unique
fut un temps je l’appelais je
fut un temps tu ne l’appelais pas
un déficit de nom une défaite reconnue
une définition par défaut
ne font pas une femme complète
Perle Vallens
Ecouter ou réécouter l’audio initialement diffusé sur le podcast poétique Mange tes mots, à retrouver aujourd’hui sur soundcloud :

L’interdit m’a poussé si loin
Le ciel m’a secouée
dans tous mes sens giratoires
Le sort m’a secourue
L’issue m’a défendu de descendre
jusqu’à toi
C’est la rivière qui m’y a autorisé
dans ses flots tout est devenu possible
l’eau m’a charriée jusqu’à toi
elle m’a soulevée et portée
elle s’est infiltrée en nous a fait son lit
nous a creusés de rides caillouteuses
Les pierres m’ont basculée la première
elles m’ont suivi de si près que j’ai dormi avec elles (et cela voulait dire s’endormir avec toi)
elles m’ont remué m’ont fait vaciller
elles m’ont déroutée déviée de ma vie
elles ont déroulée toute la longueur de mon corps
elles m’ont chahuté m’ont chuchoté ton amour
Je t’aime avec mes os pointus mes dents mes griffes (où est ta peau)
je t’aime d’une force animale qui refuse de s’éteindre (où se trouve l’autel que je t’ai élevé)
une force qui s’éternise je t’aime à te dévorer (quand est-ce l’heure du déjeuner)
j’ai aiguisé ma faim ta finalité je t’aime avec ta propre force avec ton insatisfaction ton instabilité (quand revient ton nom)
je t’aime avec les séismes les dessins à main levée de nos désirs (où gardes-tu tes couleurs)
je t’aime avec mes vagues mes densités douces mes éruptions (veux-tu seulement que je te submerge)
je t’aime avec ma bouche d’incendie et mes voies d’eau à inonder tes voeux à envahir tes chastetés (veux-tu que j’ouvre mes cris que je disperse mes crues)
je t’aime avec tant et tant que je t’épuise peut-être (préfères-tu que je range mes armes)
je t’aime avec un reste d’indécision un reste d’indécence (dois-je vendre mes dernières volontés, si je dois en tirer profit)
si je t’aime encore c’est avec ce que je n’ai plus, c’est avec ce que je ne suis plus
Perle Vallens