photo n&b·poésie

d’ogres et de loups

j’ai le corps frileux et effrayé
affolé d’un rien pourtant du vent
d’une vie ensauvagée de forêts épaisses
d’ogres et de loups
la peau frise à l’usage des monstres
se devine à nouveau vierge en transparence
le sexe inapprivoisé se désertifie
bave pourtant déblatère ses désirs
jamais déshydraté
jamais regardant (il connaît la musique)
joue toujours sa partition
gèle sa nostalgie pincée entre
le pouce et l’index
le temps et la chair se tiraillent tour à tour
entre silence et cris pousse l’âge carnivore
par impulsions et pores retournés
Perle Vallens

photo couleur·poésie

bee B[a]P a lulla[by]

pure et féconde
(d’aucuns disent chaste)
mais désirante
pourvoyeuse l’abeille
pour sa colonie glane
denrées célestes
le lait et le miel paradisiaques
laborieuse l’abeille
travaille plus que 35 heures
présente au monde comme
l’homme s’en accommode
mais pas des hydrocarbures
pas des métaux lourds qui pèsent
sur ses conditions de butinage
de stockage des ressources
le meilleur et le pire que la cire
accumule
ubiquiste l’abeille
quand son baiser se pose
partout à la fois
mais ne brise de ses mandibules
aucune mer gelée
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Instinct maternel

ma tendresse m’handicape
elle m’est point de côté
elle met point d’honneur à me grandir
mais je vais clopinant sur ma béquille
du coeur ce caillou dans ma chaussure
qui refuse de s’écarter du droit chemin
la droiture ne fait qu’ajouter à l’entaille
dans la peau là où suppure
un reste d’humanité
l’entorse promet le ciel
là où ni la caresse ni le soleil
ne seraient récompense
la pensée est viciée dans l’espace entre
la notion de devoir et un pseudo
instinct maternel
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Sevrage

Je me défends bien
aux interrogatoires programmés
Je me défile à trois doigts près
Je défie quiconque
au concours interactif de baiser
Tu me dis que tu ne t’appelles pas
quiconque
mais tu es pourtant bien celui qui
opère par voie de sevrage
à cœur ouvert rien d’impossible
Perle Vallens

Anton Delsol·Modèle photo·poésie

Ma peau nue

Photo ©Anton Delsol – modèle Perle Vallens

Ma peau nue trône à terre
règne sur chaque millimètre en contact
l’influx et le feu remontent par les pores 
par les heures d’incendie converties en secondes
d’embrasement 

Ma peau couve sous la mue 
sa lave neuve sa dévoration 
d’haleines haletantes et de désirs fleuves
de tous les âges elle porte sa crue
en couronne 

Ma peau nue se moque 
du carrelage lisse des tommettes froides
de la moquette rêche du lino sale
des sols cirés des enduits suintants
de boues noires

Ma peau nue se vante d’être à sa place sur tout type de revêtement 
Pourvu qu’y floque l’ombre portée de ton corps 
Pourvu qu’y éclate la prochaine explosion
de ton prochain baiser

Perle Vallens 

photo n&b·poésie

Fosse aux ours

Si tu restes tu assistes à la fonte d’une femme
une neige fraîche d’été au bout des ongles
un seul effleurement suffit pour excuser l’indéfendable
j’enterre les défauts à main nue
dans le creux des chairs
si tu me pêches à la ligne
(fine mouche je me cache
derrière les rochers des mots)
tu arraches la victoire
tu gagnes mes rives de haute lutte
tu peux trouver en un geste de parade amoureuse
le bouton on-off
la fosse aux ours si tu ouvres assez grand
les bras et la bouche
Perle Vallens