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Résidence d’écriture : neuvième jour

Back to… Plutôt de la poésie ce matin.

la nappe de ciel flotte blanc, c’est la feinte du jour
son drapeau de brouillard impossible à décrocher
avec les mains
plus propice à la noyade l’oeil
agrippe une apparence de neige
un peu de l’odeur saline à hauteur de cuisse
j’ai cherché les percées sur le green de salicornes
où s’ensablent si facilement les inconforts
où se ramassent à la pelle le collagène nos infortunes
on se renvoie la balle de nos feux de forêts
à peine éteints que déjà les braises entament
la couche supérieure de l’aurore (elle aussi éteinte)
misty mood mieux que bad mood
on dirait bien mud mais ce serait abuser
ces boues qui nous encorbellent on les réserve pour les draps
froissés défroissés nous ensorcellent un peu comme l’esprit humide
de la lande d’ici
Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Je t’écris

Je pense à toi vivante encore dans l’espace                décent
dans l’innocence                   d’une chambre d’enfant
aujourd’hui désertée

Je pense au feu qui nous a uni                    le jeu et les joies
(avant nos gémissements et nos cris)

Je pense à toi ma sœur                       je respire                   dans ton souffle
éteint je reprise ton corps           déchiré                              je compte
tes cicatrices

Je pense à toi autant que tu as souffert entre leurs mains
J’ai souffert aussi                           (plus ou moins que toi, qui peut le dire)

Je t’écris de cette plage tombale                       où je trie                        les grains
de sable                                              un à un
comme une ivraie sans fin
la mort est ivresse pour qui boit                        son lait amer

Je t’écris de là où je suis tombée                        un trou noir
enterrée vive                             un purgatoire

Je t’écris là où je n’ai plus peur où je n’ai            plus ni reproche               ni regret
J’ai attendu longtemps pour renaître                                 et t’écrire
pour ce paradoxal chant            expiatoire
j’exhorte           je m’évertue           je me délie (la langue)            je me fais polyglotte
        pour toucher ton ciel
                     pour te consoler

J’aimerais que tu renaisses à ton tour pour que tu                        m’entendes
mais de là où je t’écris je n’espère           nulle réponse          de ta part

         Je t’écris d’une voix soluble dans l’espace
                         Je t’écris d’un corps qui n’est pas le mien
©Perle Vallens

d’après consigne de Ada Mondès/Mater Atelier

écriture·Mater Atelier·poésie·vidéo·vidéo-poème·You Tube

Je te suis

Je te suis comme je t’ai toujours suivie
depuis le début
comme je te suivrai toujours
je te suis à la trace
je te déploie comme tu ouvres tes ailes
comme tu trouves les courants favorables
(tu t’ouvre aux)
l’air lourd qui te porte
droite courbe sinueuse
tu suivras ta route ligne ou lignée
tu seras celle que l’on suit comme guide
celle qui tient l’os (comme son ombre)
ceux qui t’aiment te suivront
de près
pas à pas
passe-passe ce tour de la vie
à suivre sa destinée
Perle Vallens

Sur consigne de Mélanie Leblanc pour Mater atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie·prose

Attends !

Attends ! On nous espère comme on manipule 
ailleurs ou ici même c’est le règne de la peur
Attends ! On nous marchera dessus si l’on n’y prend garde
Passons les premiers par le trou de la serrure 
la chatière est encore trop grande pour nous cacher
Attends ! On nous forcera si l’on nous trouve
On nous veut jusqu’à la peau du dos
On nous vomit comme on nous désire 
Nous veules pourtant sans volonté que celle de rester seuls
de rester vivants voyants 
vibratiles de nos envies 
Ou autre chose que ni nous ni eux ne savent 
Perle Vallens

photo n&b·poésie

Décimée

Je suis comme ces arbres centenaires
décimée
par des incendies à répétition
consumée par chaque reprise de feu
j’ai trop brûlé
(jusqu’aux racines)
l’air que je respire suffit à embraser
d’un rien
l’humidité ne suffit pas à l’extinction
celui qui lance ses fausses alertes
celui qui démarre des brasiers
peut tout aussi bien s’attaquer au flanc
pour circonscrire par contre-feux
plus rien pour nourrir la flamme
tout est dans le contrôle (technique imparable)
jusqu’à ce jour où toute tentative de rallumage
se solde par une sécheresse durable
qui croit encore en la combustion spontanée ?
Perle Vallens

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Grand calme

C’est une heure creuse. Elle boit nos eaux vives. Elle nous vide, jusqu’aux orbites par lesquelles nous voyons l’ordinaire. Nous volons de nos propres ailes. Nous devenons ce que nous étions l’instant d’avant. Tu vois ce que je veux dire ? Nous devenons nouveaux mais d’une nouveauté tenue. Du neuf d’après brouillon. D’après bouillonnement de secondes (celles que nous n’avons pas vues).

C’est une volonté. Elle se dit farouche mais nous ignorons pourquoi tant elle faite d’audace. Elle n’a pas peur. Elle ne pleure pas ses arguments, elle les campe au contraire. Elle se veut claire, précise. Elle a cette saveur de bonbon acidulé. C’est pour qu’on la garde encore un peu avant de la partager.
Elle ne se mâche pas des jours durant, ne se crache pas, elle s’échange. Elle se troque contre toute autre pensée adjacente, sensible, contraire ou non, qui la ferait avancer. La pensée marche son petit trot ou son pas rapide dans ceux des autres.

C’est un vœu (ou une prière). Il s’étale sur un trottoir sale. Il se développe sous la semelle d’une chaussure sale. Il naît de la saleté et nous ne savons pas si cela nous rassure. Il naît de sa propre bordure, de son recoin sale, d’une frontière commune avec la vie. Sans quoi il n’est rien.

C’est un souffle. Il se veut court. Il crée un arc en partant du cœur. On ne sait pas trop jusqu’où il va, jusqu’où il est capable d’aller, s’il se rallonge à mesure de la respiration. Il percute quelque chose de dur. C’est dans la gorge que ça se passe, que ça tressaille. C’est en spirale (et tourne tourne), ça donne la nausée ou bien ça court plus vite qu’une danse et cela t’entraîne vers le bas. Vers la chute.

C’est un vertige. C’est ce qui te tire, ce qui t’entoure et te tourne la tête. La prise dans le filet d’un tout petit être (comme une pêche au large). L’orage te gronde à l’intérieur. Rien ne digère, tout grossit. Il y a une sérieuse menace d’explosion. Il y a un instinct de survie. Il y a aussi cet espace entre le marchepied et le quai où tu te laisses glisser.
On le sait, c’est toujours comme ça avec les vertiges.

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Entre les rails

Il y a des mots gris entre les rails 
qui me dégrisent d’un coup
décochés de loin
l’arc pourrait casser (pas assez de recul sans doute)
sans atteindre sa cible à temps
Depuis zone portuaire ou gare routière où le mot
grève résonne si fort
les cars ont tous été annulés
taxi driver Mister descend sa trame musicale 
sa transe le long du Rhône 
On pourrait prendre le monde à partie plutôt qu’à revers mais à quoi bon
le prendre en grippe 
Tout est dans tout dis-tu et je ne comprends pas 
ce que tu veux dire par là
Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·poésie

Métro (sexuel)

I
l’heure de pointe à Saint Lazare
je me pole dance suspendue à la barre
alu 100% humidité corporelle
je sue comme tout le monde, et alors ?

II
je ne descend pas à l’arrêt prévu
je reste coincée sous l’aisselle
d’un grand black en t-shirt Kooples
noir sur noir (je vois des étoiles)

III
bam le portillon m’a claqué
le postérieur et je pense à toi
rien d’étonnant à Gare de Lyon
je zieute insta où tu n’es pas

IV
si j’étais à Gare de l’Est je chercherais
ce plus long quai de déculottée
plus c’est long plus c’est bon, je me dis
ma vulve acquiesce quelque part sous tissu superflu
Perle Vallens

 

sur consigne de Rim Battal/Mater Atelier

poésie

Emoticône de l’âme

Les raboteurs de parquet – Gustave Caillebotte – Musée d’Orsay

Le soleil imprime son nom sur le parquet
en lettres d’or en flaques liquides de lumière
en forme d’énigmes
faux hiéroglyphes que l’on peine à déchiffrer
Mes yeux raclent comme les raboteurs de Caillebotte
et cerclent pour mieux délimiter ce à quoi s’habituer
ce dans quoi entrer pour y laisser un peu de sa quête
spirituelle tu sais de quoi je parle
ce qu’aucune technique numérique n’a mis en évidence
La sagesse se percute-t-elle en cliquant de façon compulsive
ou en comptant les caractères du clavier
(qui certes se combinent à l’infini)
la force intérieure s’acquiert-elle à coup de likes
A ce jour je n’ai reconnu aucune
émoticône de l’âme
©Perle Vallens