écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie·prose

Hey, petite !

Hey petite, tu me tires en arrière, tu m’aspires, tu me démembres. Trois fois moins, petit être, cette soif d’avant, inversée. J’innerve chaque instant de ton vœu que je crois mien mais je me trompe, c’est toi toujours devant, moi derrière. Je trempe mon doigt, celui de ta main anachronique. Tu dénombres à rebours mes secondes décomptées, combien de temps encore me reste-t-il, le sais-tu ?
Hey petite, tu me tires en arrière et c’est sans circonstances atténuantes que je me laisse traîner dans ce qui me berce d’enfance.
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Zoé Besmond de Senneville/Mater Atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose

Un secret

Ce secret que rien n’alourdit que la parole
ne dit rien que tu ne saches déjà
de ta mère de ton épouvante à la contenir
dans son rôle de mère
disert dans sa propre expression
ne se décèle pas d’emblée

Ce secret jamais ourdi arrivé par hasard
toujours tu toujours présent en transparence
tressé de ses nerfs que l’on ne nomme pas non plus
qui saillent sous l’histoire
toujours un sourire (faux) en coin
un air de dire un air de rien

Ce secret ne se bombe pas sur les murs
ne bombe pas le torse se rétrécit plutôt
sa petitesse est le signe de sa décence
sa discrétion consentie son innocuité
Il passerait protéiforme pour un fantasme
ou un rêve va savoir

Ce secret ne disparaît jamais il surgit
à l’improviste inopportun s’impose
il revient quand tu t’y attends le moins
c’est un monstre sous l’apparence
d’un secret il te creuse et te ronge
il a un appétit vorace
il mange tout sur son passage

Ce secret qui fait bombance sur ton dos
qui sous couverte de caresse
a dévoré ta jeunesse et te croque encore l’os
tu ne sais plus comment lui claquer le bec
©Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie

Escalier roulant

ne fait qu’avancer ne sait s’il recule tu crois qu’il recule mais ne fait qu’avancer
on ne sait pas trop comment il fonctionne qui le sait moi je ne sais pas ce tapis
roule sa bosse n’est pas ascenseur qui veut n’est pas doté d’une force supérieure
Escalator n’est pas un nom de super héros
roule des mécaniques et sa jeunesse son esprit d’escalier
on n’a d’yeux que pour ses nids de poules rainurés stries qu’on embrasse du regard
sa roue de paon son hypnotique boucle sans fin ses rouages dessous
est-ce un piège a trap où tomber s’il s’emballe si quelque chose
se coince là tu sais Isadora Duncan accident mortel broyé entre les pals acier de l’escalier roulant
combien d’accidents par an qui le sait sa construction robuste sa fermeté sous les pieds
ses tôles poncées dans le sens de la marche
qui dit qu’il ne s’éventre pas sous tes pas moi je le dis en sautillant sur la dernière marche
©Perle Vallens

d’après consigne de Florentine Rey/Mater Atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Saccage

Pourquoi regarde-t-on de si loin
nos mains nos membres
ce qui saccage se voit sur les images
ou à l’œil nu on n’a pas besoin de loupe
ni de télescope

Pourquoi la réparation qui s’impose
semble impossible
Ce sont des gestes qui ne peuvent pas être défaits
ne peuvent pas être repris
le chemin inverse n’existe pas

On essaie de ramasser nos gestes
à la petite cuillère
une goutte d’eau dans notre océan salé
dans l’effondrement dit
dans le feu de l’action la fonte des glaciers

On ouvre la bouche mais on ne sait plus prononcer
on ne sait plus dire ce mot
on se demande pourquoi
ce cri de colère ne veut pas exploser
Est-ce que tu sais pourquoi ?
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

Faim

nous revenons aux draps aux corps
au sortir (nus) des nuits
rien n’éteint
les bruits dérivent le long des
dents le silence mordu de la faim
la soif court quelle marée on ingère
quelle meilleure fureur nous tient
à distance
aucune chambre ne hante
nos forêts poussent un arbre sa courbure
brute entre tes jambes
je crains le crissement de la caresse
une douceur excessive me perce des tympans
jusqu’au cœur
©Perle Vallens