Jolie revue en ligne de Milagro Editions, Région Centrale#4 vient de paraître, consultable ici. Quelques belle découvertes de poètes et de belles retrouvailles également, notamment d’autrices appréciées. Y figure un extrait du recueil Carcasse (toujours en quête d’un éditeur). NB d’autres extraits du recueil sont parus ici, là, ou encore ailleurs, ainsi que quelques poèmes diffusés sur Attrape-rêves.
Pour la seconde fois, les Editions des Embruns éditent un recueil collectif sur le thème de la mer dont une partie des revenus est reversée à la Société des œuvres de mer. Après « Naufrages et épaves« , auquel je participais déjà, le thème du présent recueil (et son titre) est « Avis de tempête« . Il s’agit bien sûr des fureurs de l’océan, des colères marines (chapitres Tempêtes d’autrefois, éternelles, périlleuses mais aussi de celles de l’esprit). Le poème 12 beaufort évoque quant à lui la tempête à laquelle notre planète est soumise, les avis, nombreux, répétés et notre indifférence face aux secousses attendues.
Ont participé à cet opus 70 contributeurs, pour 200 pages quadri de textes et d’illustrations, de très belle facture. Avis de Tempête est en vente directement par commande auprès de l’éditeur (dont le site est en refonte, voici son adresse mail : editionsdesembruns@gmail.com) ou en commande auprès de votre libraire, au prix de 20 euros l’exemplaire (hors frais de port).
Merci à Jean-Claude Goiri qui a sélectionné quelques poèmes du recueil en cours, Carcasse, pour le numéro 26 de la revue FPM(Festival Permanent des Mots),consultable sur Calaméo. Très heureuse de voir mon nom figurer aux côtés d’autres appréciés comme Anne Barbusse, Jacques Cauda, Carole Mesrobian, et surtout ce poète que j’aime beaucoup : Christophe Manon. Quelques belles découvertes aussi…
Au début Est née en automne, par temps pluvieux. Est née avec un truc en plus. Et ça change tout. Aurait failli rester loin. Aurait failli être laissée. Laissée pour compte. Lui l’aurait laissée, tu penses, ce truc en plus, ce n’est pas possible. Ce truc en trop. Comment vivre avec un truc en trop. Elle lui aurait crevé les yeux pour cette idée d’abandonner son enfant. D’autres ont pensé, c’est une punition du ciel, tu penses, mariés hors église. Ce sentiment de culpabilité du père. Mais la mère accrochée à la vie, accrochée à l’enfant qui a grandi en elle. Est née avec un chromosome en trop.
Deuxième mouvement A grandi dans une vraie famille, finalement. A grandi enfant heureuse, jeux pour gentillesse, pour joie, pour innocence. A grandi bien entourée, tous ses chromosomes choyés, aucun délaissé. A pris tout l’espace de son enfance, a fait ce qu’elle a pu avec les autres. A fait ce qu’elle a pu pour grandir. Dix ans d’un bonheur simple pour âme simple. A rencontré la méchanceté, n’était pas préparée, avait été tellement protégée. A rencontré la jalousie et la rancoeur. A rencontré le miroir de sa faute originelle. Dans son reflet son chromosome en trop lui a explosé en pleine face. Le miroir s’est brisé, des éclats dans son cœur. Glacée. Comme morte avant d’être morte.
Plus long chapitre A entendu trop de mots. Ils ont trop résonné, lui ont cassé le crâne. Trop d’invectives brutales, même en sourdine, même chuchotés. A entendu trop d’injures, trop d’injustice pour ce chromosome en trop. A entendu le pire. A fini par se réfugier ailleurs. N’a plus parlé. N’a plus aimé qu’en silence. N’a plus voulu, n’a plus fait confiance qu’en de très rares humains. S’est tenue loin du monde. Sa peur, sa blessure à jamais ouverte, ses pensées interdites, enfermées dans sa tête.
Et après ? Attend la fin. Attend sans patience, ni impatience. Voit son corps décati, dégarni, presque mort. Sa perception est ailleurs. Passe son temps, sa pauvre vie à attendre. N’en peut plus d’attendre. Serait soulagée si.
Corps précaire pâle copie de celui qu’on pensait bancal plié plissé
Préconçue l’idée même de corps d’une mécanique de précision d’une préhension aisée que l’on empoignerait facilement pour l’atteindre dans ses moindres recoins
Vendanges Ils sont par grappe, les hommes et leur panier, les femmes et leur sécateur. Ils sont par grappe et coupent et perdent le fil des conversations. Absorbés par la vigne. Des rangs dansent dans leurs pensées, des rangées comme rames de train. Le soleil tape. Casquette vissée. Passer sous silence l’épuisement et le dos cassé. Poursuivre jusqu’à la fin de la journée. A la fin, les mains noires. C’est le grenache, sais-tu, qui colore autant mes journées.
Vinification Ils ont retroussé leurs manches, ils ont engrangés les vendanges. Ils ont pressé jusqu’à ce que sorte le jus, dru. Eclaboussant rouge vif. Perles sur les mains. Jusqu’aux avant-bras la teinte, pelliculée, peaux de vin en devenir. La fermentation émet des sons jusque dans mes rêves, des bulles, des micro-explosions. Si dors, pense à la cuve demain.