photo n&b·poésie

Combustible

Matière à transport à traversée 
J’ai du hisser si haut les fantasmes 
comme drapeau de mes étendues
combustible de ma chaudière
attenante au cœur 
se seraient envolés loin de l’attente 
de l’attention 
loin des passages à niveaux
des pas perdus de tes yeux
trop loin pour attendrir
pour faire tourner la viande
sans la pale du regard  
©Perle Vallens

Inktober·photo couleur·photo n&b·poésie

Inktober 2021, 5 par 5 (7)

27 Ce qui sourd de moi quand je rêve de toi
ce qui s’ouvre aux vents serait une rafale
tu sais la bourrasque qui emporte
les restes de nous
(si nous il y a eu)
ce qui tempête encore à l’intérieur
ce qui brûle ce qui brille
on dirait des lucioles
leurs étincelles encore vives
sous la paupière
avant extinction totale
©Perle Vallens

28 la langue frise
son effusion de mots
croustillant sous les crocs
affamés voraces pressés
de mâcher de recracher
comme appris par cœur
si crus qu’ils craquent aux coutures
lâchent leur nudité de mots malotrus
de mots sales indécents
que la langue fricote avec délice
©Perle Vallens

29 Il y a au-dessus de ce rêve
de lave séchée de cette parcelle en friches
la partie immergée du volcan
qui menace sans cesse
d’explosion imminente
entre cendres et scories
un reste de braises
©Perle Vallens

30 L’obscurité coule noire
saoule de sa propre nuit
se répand en nappes d’huile
en glue moite en quête d’un reste
de lumière d’un semblant d’étoile
glisse sur le bitume
traverse en douce
son âme de pétroleuse
©Perle Vallens

31 Pas d’impact, pas d’affect.
Chacun conduit ses petites affaires comme on conduit un train avec risque de déraillement possible.
Chacun mène sa barque avec agitations passagères sans se soucier des sillons voisins.
On trace des parallèles qui ne se croisent pas. Il y a des cercles vains et des routes qui tournent en rond. Le pied peine à suivre les pistes, il préfère les orgies de verdure des chemins en friche.
©Perle Vallens

C’est la fin pour Inktober words 2021. Rendez-vous sans doute en 2022…

photo couleur·poésie

contrebande

sentiment clandestin 
son labyrinthe secret
son laboratoire monstrueux 
son trafic llicite ne perce pas les mains 

sentiment souterrain 
c’est sans savoir que l’on s’y avance 
ce jet de corps ne se perd pas en chemin 
bien caché dans le regard pirate borgne
de l’autre côté du cœur 

ne regarde que d’un œil
et avec circonspection 
ce grand champs laissé en friches du désir 
qui dort de son sommeil éveillé
dans son enclos d’agneau sans loup

passé ni vu ni connu 
ce sentiment de contrebande 
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo n&b·poésie

Ornières

Grises traces loin devant
l’asphalte s’avance
flotte devient le ciel
devient le souffle
la route respire pour moi
sans crispation des roues
dans les ornières de vert
se quitte pour ce chemin
de pierre où flaques abondent
où se reflètent les nuages
le passage étroit s’emprunte
à petite vitesse
se tisse de bosquets de garrigue
d’arbres en fuseaux
de bouquets hauts
les branches bruissent
crissent sur les vitres
le frottement sur pare-chocs
je m’enfonce sur le sentier
ombragé par destination
de vagabondage
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2021, 5 par 5 (6)

22 Qui sait ouvrir une serrure ou une frontière
des chemins ou un champ d’action
des pistes ou des possibilités
les yeux ou les horizons
Qui sait ouvrir les bras
avant d’ouvrir la bouche
©Perle Vallens

23 On ne sait quel dispositif
pour colmater les fuites du corps
pour les effusions les marées diffuses
les frénésies tout ce qui est sujet
à débordements

On pourrait contenir les exubérances éruptives
dans des trousses prévues à cet effet
dans des enveloppes cachetées
ou recueillir les montées en crue dans des vases
et tout le reste les morceaux de chair vive
de peaux mortes de mucus de salive
tout en vrac dans des sacs plastiques
avant leur interdiction totale

Peut-être que l’on pourra recycler un jour
les excès du corps ?
©Perle Vallens

24 Aux sabots les tapis de pré-dépouille
sa peau entière et brute retapissée
exuvie devenue cuir à chausses
exécution sommaire à coup
d’étourdissements avant saignée
comme on dirait matraque en cas de
dysfonctionnement y a t-il
une sonnette d’alarme

taxidermique oraison des bêtes
qui pour nettoyer le box
quand l’animal rote son méthane
quand sa chair pend par le crochet
nourriture par prédestination
mange tu ne sais pas
qui te mangera

entre le pire et le meilleur
on entreposera nos viandes
entre deux épisodes de glaciation
et de réchauffements climatiques
on profitera d’un dernier barbecue
avant extinction finale de
l’espèce humaine
©Perle Vallens

25 On se perd chaque jour
dans la brume dans la bruine
qui suinte et colle
ne colmate rien
poisseux opaque à la vue

La vie m’éclabousse
mal chaussée
je saute encore dans les flaques
©Perle Vallens

26 Ce qui nous relie
le pont d’une rive à l’autre
d’une main à l’autre
parfois se traverse
parfois s’enjambe s’évite
se détourne de l’issue de l’histoire
parfois s’écroule en une seule fois
©Perle Vallens


corps·photo n&b·poésie

Fêlures

Corps est matière à fêlures
matière à failles ouvertes
à geysers fumants à frottements
matières liquides et vapeurs
ses eaux de surface
ses peaux en fusion
Corps est matière à brûlures
matière à intoxication
inhalation soumise à addiction
matière à hyperventilation
matière à risque
hautement inflammable
fortement vulnérable
en cas d’incendie
©Perle Vallens

(recueil Carcasse)

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Le ciel fait silence

Le ciel de gravats ne parle pas
fait la gueule faut croire
fait la grève
se déglingue sans rien dire
se désagrège tout doucement
sonnerait son propre glas
tombe bas d’épaule sur mon dos
des aigreurs de bile
un ton grave un air morne
aucune récolte à la clé
aucun éclair blanc
aucun cri porté par le vent
dans la voûte haute
aucun orage à déclarer
à ses frontières ni en dehors
calme plat dans ses entrées
triste à pleurer qu’il ne pleure pas

Le ciel a choisi la saison muette
a rangé ses miettes sous la nappe
a balayé devant sa porte
a traversé sans regarder
sans m’adresser la parole
aucune prière n’a été prononcée
à l’heure des promesses
aucun petit profit
aucun premier baiser
aucune prison ouverte
il garde toutes ses fenêtres
fermées son noir de grimace
tout ce gris d’avance la poussière
parsemée sur ma tête brûlée
rien ne passe d’encre de fuite
entre mes bras ma faute se lit
dans le plus sombre des lits
de rivière morte

Toi tu le sais,
le ciel fait silence
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Le chemin

Je vais dans la vie d’un pas fracturé, d’un pied bot, la jambe boiteuse de ne savoir où se poser.
Je croise des âmes blessées, des lambeaux de vent qui me percutent de leurs mouvements trop amples, de leurs gestes arrachés à la terre.
Avec mon corps crashé par tant de collisions je continue de marcher.
Nous continuons tous d’avancer sur le chemin.
Tous en apnée devant et derrière ce qui nous sert de boussole.
Nous allons à l’aveugle, nos yeux bridés de solitaires, nos yeux couturés d’erreurs d’aiguillage, de coups de ciseaux si anciens qu’ils ont rouillés, nos yeux de fer rongé par le temps.
Nous avons tous des mains trop grandes d’ogres faméliques, nos dents déchaussées dansant seules dans nos bouches.
Nous ouvrons encore nos gueules vides, bêtes affamées en quête d’un loup, d’une meute. C’est à qui trouvera la couverture chaude de l’humanité pour s’en couvrir. A qui les draps propres de l’amour pour se vautrer.
Il se dit qu’à défaut d’un agneau, nous pourrions nous nourrir de rivières, nous pourrions nous vêtir de forêts.
Et parsemer de nos os les routes pour montrer la voie empruntée à l’avenir, celle à suivre des yeux avant de la nommer.
Nous poursuivons tous, c’est le parcours imposé de l’escape game jusqu’à son terme (joueur ne joue pas encore), jusqu’à dernier souffle, la respiration courte de l’oiseau.
©Perle Vallens

Actualité·anthologie de poésie·collectif·Editions des Iles·poésie

Anthologie Voix des îles

En février 2020, appel à poésie était lancé par l’association Indocîles.
L’anthologie à laquelle il a donné naissance vient de paraître, aux Editions des îles, regroupant pas moins de 65 poètes ! Citons pêle-mêle, Eric Poindron, Eric Costan (qui fait partie de l’association), Guylaine Monnier, Milène Tournier, Amélie Guyot… J’y figure avec deux de mes poèmes : Credo et L’art du rien.
L’anthologie est disponible en suivant le lien.