
le soleil cligne décline vers
l’épaule vers l’ombre du bras
il tombe rase
l’aisselle finit sa course
sur la hanche
le soleil ne touche pas terre
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

le soleil cligne décline vers
l’épaule vers l’ombre du bras
il tombe rase
l’aisselle finit sa course
sur la hanche
le soleil ne touche pas terre
©Perle Vallens

La mélancolie glisse d’un rien du ciel, s’ajuste au non sens, certifiée dans les silences. Pour seule compagnie, la déception précédente et la suivante, l’étoile filante, la traînée de poudre, la principale et la secondaire, les traces dans le cerveau qui font semblant de dire mais qui finissent toujours par se taire.
©Perle Vallens

Au début
Est née en automne, par temps pluvieux. Est née avec un truc en plus. Et ça change tout.
Aurait failli rester loin. Aurait failli être laissée. Laissée pour compte.
Lui l’aurait laissée, tu penses, ce truc en plus, ce n’est pas possible. Ce truc en trop. Comment vivre avec un truc en trop.
Elle lui aurait crevé les yeux pour cette idée d’abandonner son enfant.
D’autres ont pensé, c’est une punition du ciel, tu penses, mariés hors église.
Ce sentiment de culpabilité du père. Mais la mère accrochée à la vie, accrochée à l’enfant qui a grandi en elle.
Est née avec un chromosome en trop.
Deuxième mouvement
A grandi dans une vraie famille, finalement.
A grandi enfant heureuse, jeux pour gentillesse, pour joie, pour innocence. A grandi bien entourée, tous ses chromosomes choyés, aucun délaissé.
A pris tout l’espace de son enfance, a fait ce qu’elle a pu avec les autres. A fait ce qu’elle a pu pour grandir. Dix ans d’un bonheur simple pour âme simple.
A rencontré la méchanceté, n’était pas préparée, avait été tellement protégée. A rencontré la jalousie et la rancoeur.
A rencontré le miroir de sa faute originelle. Dans son reflet son chromosome en trop lui a explosé en pleine face. Le miroir s’est brisé, des éclats dans son cœur. Glacée. Comme morte avant d’être morte.
Plus long chapitre
A entendu trop de mots. Ils ont trop résonné, lui ont cassé le crâne. Trop d’invectives brutales, même en sourdine, même chuchotés.
A entendu trop d’injures, trop d’injustice pour ce chromosome en trop. A entendu le pire.
A fini par se réfugier ailleurs. N’a plus parlé. N’a plus aimé qu’en silence. N’a plus voulu, n’a plus fait confiance qu’en de très rares humains.
S’est tenue loin du monde. Sa peur, sa blessure à jamais ouverte, ses pensées interdites, enfermées dans sa tête.
Et après ?
Attend la fin. Attend sans patience, ni impatience. Voit son corps décati, dégarni, presque mort.
Sa perception est ailleurs.
Passe son temps, sa pauvre vie à attendre. N’en peut plus d’attendre. Serait soulagée si.
Moi, je ne sais combien d’années encore de ce calvaire. D’une vie qui n’est pas une vie.
©Perle Vallens

Corps précaire
pâle copie de celui qu’on pensait
bancal plié plissé
Préconçue l’idée même de corps
d’une mécanique de précision
d’une préhension aisée
que l’on empoignerait facilement
pour l’atteindre dans ses moindres recoins
Corps assisté dans ses défauts
dans ses reflets déficients
dans ses basses résolutions
sur le seuil de la peau
toute en eau amère
frotter la surface
jusqu’à ce qu’elle se fripe
qu’elle se fende
essorer la douleur
et la peur de la douleur
jusque dans les contorsions
du corps souffrant
©Perle Vallens

Vendanges
Ils sont par grappe, les hommes et leur panier, les femmes et leur sécateur. Ils sont par grappe et coupent et perdent le fil des conversations. Absorbés par la vigne. Des rangs dansent dans leurs pensées, des rangées comme rames de train. Le soleil tape. Casquette vissée. Passer sous silence l’épuisement et le dos cassé. Poursuivre jusqu’à la fin de la journée. A la fin, les mains noires. C’est le grenache, sais-tu, qui colore autant mes journées.
Vinification
Ils ont retroussé leurs manches, ils ont engrangés les vendanges. Ils ont pressé jusqu’à ce que sorte le jus, dru. Eclaboussant rouge vif. Perles sur les mains. Jusqu’aux avant-bras la teinte, pelliculée, peaux de vin en devenir.
La fermentation émet des sons jusque dans mes rêves, des bulles, des micro-explosions. Si dors, pense à la cuve demain.
Pigeage
Déverse, déplisse ses peaux, recouvre son chapeau. C’est le geste de ratisser. Moût en surface, en suspension. Puis la plongée en pluie rougie, pelage frais du raisin, tant de baies dans la béance des cuves. Il faudra de la force pour l’enfoncer dans cette obscuristé creusée. J’y gagne du muscle ce que j’y perds en notion du jour.
©Perle Vallens

Matière à transport à traversée
J’ai du hisser si haut les fantasmes
comme drapeau de mes étendues
combustible de ma chaudière
attenante au cœur
se seraient envolés loin de l’attente
de l’attention
loin des passages à niveaux
des pas perdus de tes yeux
trop loin pour attendrir
pour faire tourner la viande
sans la pale du regard
©Perle Vallens
27 Ce qui sourd de moi quand je rêve de toi
ce qui s’ouvre aux vents serait une rafale
tu sais la bourrasque qui emporte
les restes de nous
(si nous il y a eu)
ce qui tempête encore à l’intérieur
ce qui brûle ce qui brille
on dirait des lucioles
leurs étincelles encore vives
sous la paupière
avant extinction totale
©Perle Vallens

28 la langue frise
son effusion de mots
croustillant sous les crocs
affamés voraces pressés
de mâcher de recracher
comme appris par cœur
si crus qu’ils craquent aux coutures
lâchent leur nudité de mots malotrus
de mots sales indécents
que la langue fricote avec délice
©Perle Vallens
29 Il y a au-dessus de ce rêve
de lave séchée de cette parcelle en friches
la partie immergée du volcan
qui menace sans cesse
d’explosion imminente
entre cendres et scories
un reste de braises
©Perle Vallens
30 L’obscurité coule noire
saoule de sa propre nuit
se répand en nappes d’huile
en glue moite en quête d’un reste
de lumière d’un semblant d’étoile
glisse sur le bitume
traverse en douce
son âme de pétroleuse
©Perle Vallens

31 Pas d’impact, pas d’affect.
Chacun conduit ses petites affaires comme on conduit un train avec risque de déraillement possible.
Chacun mène sa barque avec agitations passagères sans se soucier des sillons voisins.
On trace des parallèles qui ne se croisent pas. Il y a des cercles vains et des routes qui tournent en rond. Le pied peine à suivre les pistes, il préfère les orgies de verdure des chemins en friche.
©Perle Vallens
C’est la fin pour Inktober words 2021. Rendez-vous sans doute en 2022…

sentiment clandestin
son labyrinthe secret
son laboratoire monstrueux
son trafic llicite ne perce pas les mains
sentiment souterrain
c’est sans savoir que l’on s’y avance
ce jet de corps ne se perd pas en chemin
bien caché dans le regard pirate borgne
de l’autre côté du cœur
ne regarde que d’un œil
et avec circonspection
ce grand champs laissé en friches du désir
qui dort de son sommeil éveillé
dans son enclos d’agneau sans loup
passé ni vu ni connu
ce sentiment de contrebande
©Perle Vallens

Grises traces loin devant
l’asphalte s’avance
flotte devient le ciel
devient le souffle
la route respire pour moi
sans crispation des roues
dans les ornières de vert
se quitte pour ce chemin
de pierre où flaques abondent
où se reflètent les nuages
le passage étroit s’emprunte
à petite vitesse
se tisse de bosquets de garrigue
d’arbres en fuseaux
de bouquets hauts
les branches bruissent
crissent sur les vitres
le frottement sur pare-chocs
je m’enfonce sur le sentier
ombragé par destination
de vagabondage
©Perle Vallens
22 Qui sait ouvrir une serrure ou une frontière
des chemins ou un champ d’action
des pistes ou des possibilités
les yeux ou les horizons
Qui sait ouvrir les bras
avant d’ouvrir la bouche
©Perle Vallens

23 On ne sait quel dispositif
pour colmater les fuites du corps
pour les effusions les marées diffuses
les frénésies tout ce qui est sujet
à débordements
On pourrait contenir les exubérances éruptives
dans des trousses prévues à cet effet
dans des enveloppes cachetées
ou recueillir les montées en crue dans des vases
et tout le reste les morceaux de chair vive
de peaux mortes de mucus de salive
tout en vrac dans des sacs plastiques
avant leur interdiction totale
Peut-être que l’on pourra recycler un jour
les excès du corps ?
©Perle Vallens
24 Aux sabots les tapis de pré-dépouille
sa peau entière et brute retapissée
exuvie devenue cuir à chausses
exécution sommaire à coup
d’étourdissements avant saignée
comme on dirait matraque en cas de
dysfonctionnement y a t-il
une sonnette d’alarme
taxidermique oraison des bêtes
qui pour nettoyer le box
quand l’animal rote son méthane
quand sa chair pend par le crochet
nourriture par prédestination
mange tu ne sais pas
qui te mangera
entre le pire et le meilleur
on entreposera nos viandes
entre deux épisodes de glaciation
et de réchauffements climatiques
on profitera d’un dernier barbecue
avant extinction finale de
l’espèce humaine
©Perle Vallens

25 On se perd chaque jour
dans la brume dans la bruine
qui suinte et colle
ne colmate rien
poisseux opaque à la vue
La vie m’éclabousse
mal chaussée
je saute encore dans les flaques
©Perle Vallens
26 Ce qui nous relie
le pont d’une rive à l’autre
d’une main à l’autre
parfois se traverse
parfois s’enjambe s’évite
se détourne de l’issue de l’histoire
parfois s’écroule en une seule fois
©Perle Vallens