Nouveau vidéo-poème sur YouTube : texte, mise en voix, photographie, montage Perle Vallens (vidéos perso & Internet). Bon visionnage !
Catégorie : poésie
Corps de fougère

Comment dans l’intonation du poème retrouver
le rythme de la rivière et le tempo de son écoulement
le vibrato du vent qui souffle sans voyelle
par rafales
sans reprendre sa respiration et déglutit
un air tout gorgé d’été et de sève
de celle qu’on pensait asséchée
au fond des vallées encaissées
et des veines
lit laissé à sec et fluides évaporés
de la sueur coule encore
dans le creux des collines provençales
jusque sur mon corps de fougère
Perle Vallens
#100 jours d’écriture/jour 32
Déchirures de la terre

Horizontalité nébuleuse sulfitée
brume blanchie montée en plein champ
la terre se souvient des déchirures
de sa mémoire cicatricielle naît une palpitation
ce qui se soulève du sol est une résistance
le surgissement d’un souffle
Perle Vallens
(100 jours d’écriture, jour 29)
Dans l’onde

Dans l’onde on se fraie un passage à travers l’ombre qui semble une étreinte dont on ne sait s’échapper
souffle court pendu au sillon d’une absence
On se heurte alors aux limites géographiques de notre propre respiration
Perle Vallens
#100 jours d’écriture sur instagram (jour 24)
Marcher ou ne pas marcher, telle est la question








Il faut en premier et avant toute chose
avant toute autre précaution
se chausser
Et on se lave d’abord les pieds
on récure bien entre les orteils c’est important
On en profite pour vérifier la taille nette des ongles
limés au besoin
On lisse le tendon pour le décoller un peu
réactiver la circulation sanguine
et le désir
On frotte sous la plante
on le fait franchement sans égard pour les peaux mortes
du talon grenu et rêche
On le fait plus délicatement pour l’articulation
de la cheville droite
là où la malléole gonfle
molle et indécise
qui se pose toujours un peu la question de la marche
Tu comprends depuis qu’elle a été cassée
elle garde une fragilité un genre de timidité
On la flatte comme un animal indocile
qu’on veut calmer
On masse avec douceur la bursite
à gauche
toute fraîchement arrivée sans permission
par inflammation subite comme pour te faire regretter
les plaisirs pris
On la traite avec déférence cette punition
qui fait ralentir le pas
Il lui faut de l’huile essentielle d’eucalyptus citronné et du froid
pour décongestionner
Dite achiléenne calcanéenne sous-cutanée
cheville demi-divine de semi héros grec mort
de trahison du corps
d’ordinaire interdit le tendon qui s’érode
le protège des échauffements le chouchoute
lubrifie que ça coulisse que ça ne ripe pas
Bourse séreuse hypertrophiée baudruche enflée
fat-fat-fat et pfuit dégonfle
son outre qu’on dirait percée
petite boule synoviale œdème
endémique
mi ventre-phoque mi bouée-de-sauvetage
de pleine noyade
Dimension et apparition aléatoires
va et vient rien que pour embêter
propriétaire de la jambe
et pression des nocicepteurs tu douilles
La douleur
paraît que ça nous fait paraître plus vivant
Je douille donc je vis
Il reste à trouver meilleures chaussures
(pas de rando)
les chaussettes qui rasent le mal
et partir en boitillant
à l’assaut de la ville en se rappelant
à sa généalogie de pieds-bots
Perle Vallens
Nos langues animales sur bisphénol-a
Gros coup de coeur pour ce zine qui reprend la forme d’un ticket de caisse et que l’on déroule, et auquel j’ai donc été ravie de participer.
En action, prêt ? Dérouler !
Le thème était « traduction ». J’ai donc participé avec le poème Nos langues animales :


Suite du déroulé :
A l’affût, l’œil. Un poème pour Les Villes en Voix
Nouveau thème dans la revue Les Villes en Voix, « l’oeil du cyclone », avec des textes puissants, des montages photos, vidéo-poèmes… J’y ai proposé A l’affût, l’œil (le début ci-dessous, à lire in extenso en revue via le lien ci-dessus). Bonne lecture !



Aux cernes de l’arbre

Plonger dans le fantasme de l’origine, à la racine, lignes courbes, sinueuses des généalogies, y chercher le rameau porteur comme la branche morte ou la pourrie, se demander de quelle souche l’on provient, de quel bois on est fait. Je compte les secrets comme les cernes sur le tronc, j’y discerne les césures et les erreurs, les pardons à mâcher comme boule de papier. Je mâchonne les histoires de famille, les affabulations à digérer, tout ce qu’il me reste sur le coeur. Je regarde les lignes de ma paume les veines de l’arbre, j’y verrais des signes et ce ne serait que pure invention.
Perle Vallens
*100 jours d’écriture/jour 8 (jours précédents sur les réseaux sociaux seulement)
Hom(m)e cinéma

De courts messages envoyés milli
métrage où se devinent les couleurs
passées du rouge au bleu sa peau
s’écorce sans hache
le chasseur suit sa pente
au temps du muet
Perle Vallens
Demain ?

demain ne suffit pas
demain ne dit rien s’estompe
entre les lignes ennemies entre les
parenthèses absentes des morts (demain)
on ne sait pas encore de quoi il est fait
de quelle poussière recouvre les décombres
de quelle matière mesure les démembre
ments les chairs et l’ossature
demain ne reforme aucun corps les peaux
éparpillées aucun manteau sale du jour
plein des avanies de la veille
les regards vides de toute eau du matin
aucune pluie ne vient les remplir
aucune larme ne se perd plus dans l’abandon
des siens la patience ne suffit pas
à faire émerger un nouveau pas
demain boîte du mauvais côté
celui des carcasses entassées
demain se laisse écraser sous les bombes
tombereaux de déploration
sans futur re
présentable
Perle Vallens