
J’allonge le pas dans mon rêve
J’allonge mes jambes
tout mon long ça fait peu
Mon lit, ça me fait de belles jambes
A la longue mon rêve s’allonge
A la longue, la vie n’est pas plus
large que mon lit
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

J’allonge le pas dans mon rêve
J’allonge mes jambes
tout mon long ça fait peu
Mon lit, ça me fait de belles jambes
A la longue mon rêve s’allonge
A la longue, la vie n’est pas plus
large que mon lit
©Perle Vallens

Je vois. Ou peut-être pas. Peut-être que j’imagine. Peut-être que c’est un piège, juste une image. L’image d’une image. L’image dans l’image.
La beauté brouille ses pistes. La beauté abat ses cartes. Sans joker, beauté brute, immédiate. C’est l’image d’un soleil, l’image d’un éblouissement, d’un choc, d’un aveuglement.
La première fois, c’est un grand silence à l’intérieur. L’effet tenaille à rompre les organes. L’effet grenaille à piquer les paupières.
La deuxième fois, j’étreins ce que je vois. A m’en étouffer. Je m’ébouriffe, je me dézingue, j’ingurgite à m’en déglinguer l’œil. Tant d’étincelles tant d’éclats.
Et à chaque fois je me prends un uppercut. Un doux et long uppercut. Gros shoot. No bluff. De plein fouet. J’en ai plein la tête. Plein les veines. J’en suis pleine, c’est en moi. Cela diffuse, cela diffracte, cela reste longtemps.
Après, je me dis que je sais. Je connais cette émotion, je la reconnais. Je suis prête. Elle peut venir, la beauté. Toute la beauté du monde. Je l’attends de pied ferme. Elle peut me frapper en pleine face, la beauté. J’encaisserai.
©Perle Vallens

NB Panique sera le titre de cette longue série de caviardages, tirée d’un livre complet et unique.
Nouaison est le poème choisi par Ghyslaine Elbe à l’occasion du dernier Jeudi des mots, (groupe de lecture de poésie emmené par Marilyne Bertoncini), une édition intitulée Un jeudi nommé désir, le thème de ce Printemps des poètes étant précisément le désir. Ici désir amoureux et charnel.
Nouaison
Il y a des bras plus grands que des bras.
Et des jambes plus longues qui arpentent les tailles, les torses, toute l’étendue de nous. Tenus, légers, que soulève l’impatience, frissonnants de l’épuisement à venir.
Il y a les langues qui s’entortillent, se pressent à se dire des secrets, à saillir la joie. Les langues qui enchantent la musique de nos souffles.
Nos bouches s’emmêlent, se mordent, se mâchent chaque fois pour garder longtemps le goût en mémoire.
Il y a nos corps aux jointures qui se touchent, les flancs fouettés par la fougue, la houle que nous formons. Et la chair gonflée de notre chaleur, brusquement montée en crue.
Il y a nos mains qui prennent la mesure des frénésies. Les doigts fendent et dansent, dans les fêlures, assignés aux carnages et à la lumière.
Il y a ce qui claque hors sol, ce qui respire dans l’étreinte, ce qui se renouvelle, ce qui nous appelle, encore. Là où tout est comblé, où aucun vide entre nos corps encastrés.
Nouaison, non prisonnière, je ne nie pas, je m’érige grandie de toi, amplifiée, augmentée par le désir.
©Perle Vallens


Ma bouche trop occupée
pour cacher quoi que ce soit
qui s’étouffe dans la gorge
des archives de la chair
le cerveau est de mèche
qui mâche chaque mot
déjà appris
©Perle Vallens
Ceci inaugure une série de caviardage. Il s’agit de biffer à l’encre (en noir, couleur du caviar) des mots dans un texte, du nom d’une pratique qui date de la Russie du XIXeme siècle, devenue d’usage poétique, notamment récemment popularisé par Lucien Suel.
J’utiliserai un seul livre pris au hasard (presque) de 136 pages, soit 136 caviardages (presque)… Voici le premier.


L’épaule affaissée, affaiblie d’avoir trop porté, s’affaire sous le pull, à peine un voile
Epaule épave d’une vie, dévide ses tendons un à un, filet à provision à supporter tout le poids
Epaule à chat, tiède à lécher, elle triche un peu sur sa rondeur, comment lui en vouloir, épaule à mâcher l’apesanteur, à mordre la prochaine chute
Épaule pour le chemin, à poursuivre la route
©Perle Vallens

Huitième merveille ou quatrième roue
Quitte à choisir je préfèrerais merveille
des merveilles mais la roue tourne
avec ou sans moi
ce n’est pas la roue qui tourne mais le monde
avec ou sans nous
Le soleil fait son paon
il tourne sans se soucier
sans sourciller il poursuit
sa ronde et nous ne sommes ni
la quatrième roue ni la troisième
mais embourbés jusqu’au coude
C’est toujours mieux que
jusqu’au cou
©Perle Vallens

L’histoire se goûte du bout des lèvres
Elle s’engloutit en un morceau
mais s’étrangle dans l’angle du mot
à l’arrête du sens, à l’écaille du son
que l’on ne veut pas entendre
On attendait beaucoup de chair
crue et blanche contée sans faim
mais le désir de la saveur
et le plaisir de l’histoire
qui finit en queue de poisson
©Perle Vallens

On pourrait redessiner le réel à la palette graphique. Un réel panoramique, un réel xxl, pour voir en grande largeur, à 180°. On pourrait trouver une réalité augmentée, un accès à la lumière, même en pleine nuit. Lampe led du mobile, pleine voie au milieu des étoiles et la lune pleine d’yeux qui la regardent nue.
C’est toujours mieux que scroller, c’est toujours mieux que zoner le web, dark visor en extinction de feux. Mais la lune qui brille dans l’écran tout noir du ciel.
©Perle Vallens