poéie concrète / graphique·poésie

Le cœur bat ( poème & poème graphique)

Le cœur bat. Le cœur bat si bas.
Si bas le cœur qui bat.
Si bât le cœur, le cœur bat si bas.
A bas le cœur.
A bas le cœur si tombe.
Le cœur si tombe si bas.
Si pris à bras le corps.
A bras le corps, le cœur qui bat.
Les bras du cœur l’en tombe.
Le cœur en trombe, les bras, le corps.
En trombe le cœur qui bat.
A bas le corps qui tombe.
Abat, le cœur.
Le cœur l’abat le plus bruyant.
Le plus bruyant après la bouche.
La bouche bat avec le cœur.
Le bruit de la bouche qui bat.
Le bruit du cœur quand.
Le bruit quand le cœur bat.
Moins de bruit quand bat si bas.
Moins de bruit.
Si bas le cœur qui bat.
©Perle Vallens

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Vent

Le vent ouvre grands les yeux, grande la bouche qui happe le premier soleil venu. Voir ou ne pas voir, aveugle de tant de promesses, un essentiel se perd entre les draps ou les nuages. Le vent le pousse au-delà des frontières, front de mer ou fortifications, la traversée douce ou sens-dessus-dessous. A peine masqué, le chant souffle plus fort, plus loin que toute intention retardée. En une fois, nous embrassons tout ce que le vent fait et défait.
©Perle Vallens

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Saine activité

Elle dit. Et c’est une saine activité. Les médecins disent que c’est bon pour la santé. Il faut s’entraîner, il faut s’échauffer, travailler le muscle de la langue. Parler nécessite de l’endurance. Course de fond de la bouche. Tension des lèvres supérieures. Il faut bien humidifier, c’est important pour éviter les claquages. Et respirer, surtout.
Les mots, à l’intérieur, ça encombre. On s’en débarrasse sinon cela finit par engorger les organes, saturer l’œsophage et la gorge. Alors elle déstocke, elle vide. En vrac.
©Perle Vallens

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Chatte

Quand tu tombes, tu tombes
à la renverse, sens dessus-dessous
la tête la première, tête dure heureusement
les quatre fers d’une monte en l’air 
Une fille qui tombe sur un os et même tout un squelette 
dans le panneau qu’on dirait fenêtre
les yeux grands ouverts
et regarder en face le vide ou à l’envers
Ça ne fait rien si tu tombes, tomberas trois fois
Tu t’en fous, t’as neuf vies de chat
©Perle Vallens

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Marche

Je marche et la nuit marche avec moi.
Je marche dans l’ombre des lits profonds.
Je marche le long de ma chevelure.
Je marche au centre de mon propre reflet sans m’y retrouver.
Je marche suspendue à ma perte de repères.
Je marche eu cœur des labyrinthes et des belles aventures.
Je marche en équilibre sur tant de rêves qui se chevauchent.
Je marche sans y voir à trois mètres.
Je marche au-dessus des gouffres et parfois je tombe.
Je me relève alors et je marche encore.
©Perle Vallens

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Non conforme

Le document est non conforme.
Le premier paragraphe est illisible. Le deuxième paragraphe est raturé. Le troisième paragraphe est irrégulier. 
La signature est effacée. Paraphez ici et là, la pièce b est manquante. La pièce c est mal calibrée. La pièce d est falsifiée. 
Le document est non valide. Ne répond pas à la norme. État civil incertain. 
En cas de prescription, vous devez vous présenter au premier guichet venu. Vous devez rectifier l’original et déposer tout justificatif requis. Vous devez suivre le bon fonctionnement des usages, vous devez confirmer votre nom, vous devez vous conformer à la bonne procédure, aux procès d’intention, aux processus d’auto-identification.
Veuillez présenter toute pièce comptable de vos faits et gestes, toute pièce jointe en partage d’expériences, toute pièce rapportée en monnaie d’échange, en gestes répétitifs pour assurer la transmission.
Veuillez vous abstenir de toute pièce vitale, vous astreindre au strict nécessaire. Tout excès proscrit, tout plaisir classé superflu. Tout accès à la vraie vie vous est désormais interdit.
En l’absence de certification, vous ne pouvez pas vous présenter. En l’absence d’identité reconnue, vous n’existez pas.
Dispersion dans le vent d’un état civil non prouvé, d’une attestation non certifiée. Tout âge et tout nom abolis.
Une photo ne suffit pas à faire une identité. Mais trouver en soi l’affrontement, la force, les failles, creuser dans les profondeurs. Mais trouver le ciel et la terre. Et la multitude.
©Perle Vallens

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Canif

On creuse la terre pour y enfouir la douleur. On creuse le sable pour l’essoufflement. On creuse son ventre pour y trouver la vie. On l’aurait enterrée trop tôt, elle grouillait comme un estomac impatient.
On trouve des terrains vierges à repeupler, des mouvements de force et des séismes dans le souffle profond. On trouve une respiration sans écailles, crue, nouvelle née dans l’écorce. Et là, enfoui, le courage d’écorner de son canif tout neuf.
©Perle Vallens