atelier Laura Vazquez·photo couleur·poésie·prose

Briser les malédictions

Comme un chant d’oiseau je vous parle d’un territoire qui résiste aux déserts. J’ai cheminé et j’ai su les merveilles qui brisent les malédictions :

– le ciel si bleu qui baigne nos cheveux blanchis

– l’eau en transparence qui brossent nos membres éreintés

– l’espace agrandi de cuivre qui perce nos paupières closes

– le teint rosé de l’air qui frotte le désir à nos crânes désaxés

– les arbres qui ont poussé argenté dans nos yeux de brebis

– leurs feuilles qui dansent verdoyantes sur nos mains sans couleur

– les empreintes brunes qui caressent nos pieds emprisonnés

– les bruissements qui s’accrochent à nos oreilles trop grises

– les rayons d’or qui traversent nos lèvres de chaleur murmurée

toutes ces traces traversent nos cœurs d’utiles flèches, chassent l’amer de nos bouches, nous prolongent et la vie à nos corps ouvrent de nouveaux chemins

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Une voix cachée – faire courir la poésie (Adverba)

faire courir la poésie est un ouvrage collectif impulsé par les éditions Adverba. Chaque texte a été écrit en écho à une photographie, parmi celles de résident.e.s des Rencontres de la jeune photographie internationale, organisées par la Villa Pérochon (Niort). J’ai choisi une photo de Cédric Friggeri. Le texte s’intitule Une voix cachée.

photo n&b·photo retouchée·poésie

Colis piégé

son sexe est un colis piégé
au dernier étage de la bouche
par où passent inaperçus
certains gestes
comme celui d’enfoncer
l’escroquerie de la chair
son chant des sirènes
bombe à retardement qui m’a
explosé le cœur
plutôt que cet état de précarité
amoureuse
fais de moi une relique
aucune mendicité ne sera acceptée
sur le trottoir chaotique
mal cartographié du corps
je ne risque plus aucun claquage
durant la reconstitution
de la scène de crime

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Nos bras fossoyeurs

on a ce sentiment d’appartenir à la même espèce
qu’on pense supérieure
et qu’on imagine pas en voie de disparition 
comme d’autres moins résistantes et moins désirables
cette impression de suprématie 
de l’homme-pathogène 
notre estomac à digestion rapide des autres êtres 
nos jambes augmentées de carburant fossile 
nos bras fossoyeurs du vivant 
emmanchés de pelleteuse prête à dévorer
le premier arbre pour planter sa maison 
enclenchant des armes de destruction
massive de déforestation en toute légalité 
il faut bien que l’on se loge là où déjà on a scié
la branche sur laquelle on était assis 
rien ne sert de verdir après avoir cimenté
on a troqué depuis longtemps nos branchies
contre le poumon asphyxié de notre suffisance
et les chants d’oiseaux dont on ignore le nom
contre une surdité rugueuse qu’on pense
acouphènes le sifflement de nos organes
est une langue incomprise le germe
d’une faune personnelle qui bruisse
quand plus rien alentour ne vit

Perle Vallens

poésie

Blue origin

Onze minutes et quinze tonnes de gaz carbonique
de quoi réinjecter la précarité dans une veine plus riche
qu’une rime de slam
Katy prise qui croyait prendre vol spatial
comme catalyseur de plaisir
tourisme hors sol Katy regrette
et recrache le fiel émis le déchet
métabolique d’une fusée
la déchéance pue l’excès inodore
que tu as expulsé
ton image chic et choc a pourri
décatie au fond de la capsule
passagère Katy prise la main dans le sac
d’inconséquence écologique
ce gaz résiduel de la célébrité tu l’emprisonnes
dans ton empreinte laissée dans la croûte terrestre
Katy que penses-tu de Blue Origin
impec comme titre de ta prochaine chanson
avec un peu de bonne volonté (et de chance)
ce que tu absorbes de reproches et d’insultes
tu en serais quitte pour une opération
de reboisement on te nommerait Katy Paulownia
espèce encore vivante gavée
de quinze tonnes de gaz carbonique

Perle Vallens

anthologie de poésie·collectif·Embarquement poétique/Jeudi des mots·poésie·recueil

Anthologie Runes & ruines

L’anthologie Runes & ruines dirigée par Marilyne Bertoncini de l’association Embarquement poétique est paru. On y trouve parmi de nombreux poèmes sur cette thématique élargie : Urbex.
Comme l’an passé, l’anthologie sera lue hors les murs au Marché de la poésie.
On peut commander le recueil à embarquement.poetique@gmail.com (14 euros et frais de port).

photo couleur·poésie

Voix de grume

Ni billot ni hache brandie
l’arbre débité est un tronc sans nom
il a perdu son identité et ses racines
défait de son houppier le fût ne tressaille plus
il a perdu le souffle
du vent qui remuait ses feuilles d’un son mat
plus rien ne l’agite qu’un grand feu
peut-être bientôt dans l’âtre
où sa charpente colossale finira par s’effondrer
écoute encore sa voix de grume humide
l’air claque ou crépite entre les veines du bois

Perle Vallens

Actualité·poésie·Printemps des poètes

Manif – Printemps des poètes 2025

Une lave bouillonne dans tes veines
explosive en fusion dans le cortège
où se défile le sourire mâle / qu’on pourrait mordre
ce qu’on exige s’écrit sur pancartes
et se crie / que nos voix unies disputent
à tant de silences
ceux des complaisances et des effacements
ceux des abandonnées

en vain tu cherches dans les visages / l’écart
entre la grimace et la justesse
comment deviner si la honte / a changé de camp
tu te demandes combien de regards noirs se jettent
sur nous depuis le début de la manif
nous toutes femmes en rang serré
nos colères puissance 10 face aux violences exponentielles
dites vss / l’acronyme a goût amer d’acrimonie
la langue touille dans les non dits / les not-all-men
les insultes et les coups bas / comme noeuds coulants
resserrés sur le cou de nos soeurs

on compte les corps de celles / absentes qui s’accumulent
se dénombrent les noms entassés en colonnes
comme tasseaux de bois mort / démembrements de forêts
combien décimées depuis le début de l’année
on se demande combien de / féminicides
on cherche dans les chiffres qu’on voudrait effacer
de quoi raviver nos forces vives / insurrectionnelles
on cherche dans nos épaules de quoi ouvrir
des brèches de lumière
dans l’obscurité

Perle Vallens

Poème lu hier lors du Printemps des poètes au théâtre municipal d’Orange.

Actualité·événement/festival·lecture·poésie·Printemps des poètes

Printemps de poètes, 26 mars, Orange

En 2025, le Printemps des Poètes se veut explosif, puissant, vivant : Volcanique !

Rendez-vous mercredi 26 mars à 15h00 au théâtre municipal dOrange à l’occasion du Printemps des poètes à l’invitation de l’association Orange Passion Livre, avec Le Café Littéraire d’Orange, la librairie d’Orange bleue et les ateliers d’écriture “Plume de soi”. J’étais marraine de l’événement il y a deux ans, j’étais présente l’an passé et j’y serai à nouveau cette année. J’y lirai un poème inédit.