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Demi vie

Une demi vie de demi lune. Les ombres agrandies, démesurées mangent la demi obscurité du jardin. Sur demi pointes sentir la terre pleine, grasse dans sa demi humidité. L’humus colle aux pieds, la nuit colle au corps, drapé d’amante, toute suintante de son crépuscule. Demi extinction des feux qui brûlent encore à fond de calle.
©Perle Vallens

Texte et photo publiée dans la nuit du 24 au 25 octobre, entre 21h et 6h à l’occasion del’événement #voldenuits organisé par la revue Pourtant, première nuit de « couvre feu » (dont je n’ai pas bien saisi l’aboutissement ne voyant ni ce texte, ni l’image, ni d’autres textes lus cette nuit sur leur site).

Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 2020, 5 par 5 (5)

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Il aurait pu rester là entre les murs.
Il aurait pu se taire et dormir.
Au lieu de ça, il est sorti et n’est jamais revenu.
©Perle Vallens

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Il y a un chef cuisinier, un qui mange sa cuisine, un qui la partage, un qui joue du piano debout, un qui ne craint ni le froid ni le chaud, un qui a mal aux genoux, un qui nous offre autant de sourires que de truffes, autant de gentillesse que de lièvre à la royale. Il y a un chef cuisinier. Et il y a de l’amour.
©Perle Vallens

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On a voulu, on a pensé, on a longtemps réfléchi à tout ça. Puis on s’est mis à déchirer de grands pans de monde comme on arrache un papier peint qui a fait son temps. Maintenant on cherche à repeindre ce qui peut l’être, avec toutes les couleurs connues et inconnues. Maintenant on cherche à redessiner les contours et les personnages. Maintenant on fait de l’art vivant au bout de nos doigts.
©Perle Vallens

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Il avait dit il faut creuser. Toujours creuser plus loin. On ne creuse jamais assez. La terre noire, la terre rouge, la terre grise, les graviers qui dévalent, les cailloux qui s’entassent, la roche-mère, la plus dure sous le pied, la plus ancienne sur les épaules. Il faut continuer de creuser jusqu’à trouver le moindre indice, le plus petit sens à tout ça. Il faut creuser pour savoir pourquoi l’on creuse.
©Perle Vallens

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Copain comme cochon, comme des doigts qui fouillent la chair pour trouver du neuf, comme le groin planté là, au milieu, et le gland à ramasser par jour de grand vent. Décoiffée par le souffle qui grogne, qui traîne dans le monde sale, dans les pensées sales, qui rapporte de sa saleté et en tapisse le pelage. Copine comme lapine qui se fend et couine toutes incisives dehors, une rangée bien dressée à la morsure. Dents contre groin, la paille a blêmi, le ciel a pâli, pleins phares entre les peaux.
©Perle Vallens

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Il en faut (peu)

Il en faut peu pour que l’agencement des jours soient bien droits. Il en faut peu pour que l’on s’intègre bien dans l’emploi du temps, que l’on s’organise la vie recréée selon les bonnes directives et les planifications. Toi. Tu comptes les jours sur les doigts d’une main. Après, tu ne sais plus.
Il en faut peu pour que les portes restent bien ouvertes entre deux rendez-vous, que les portes souvent en grand, que les vents ne les referment pas. Tu n’es pas menuisier mais tu sais ouvrir les portes. A condition d’avoir les clés.
Il en faut peu pour que l’on se comprenne, que l’on se déterre les uns les autres, que l’on ne se comprime pas, que l’on respire, que l’on prenne l’air. Tu pourrais gonfler un peu plus tes poumons, tu sais.
Il en faut peu mais il en faut de la suite dans les idées. Il en faut des moyens, il en faut des mains ouvertes. Peu de main mais un peu, un index pour montrer le chemin. Le reste da la main ne sert pas à grand chose. Tu pourrais perdre tous tes doigts, il te resterait la paume pour caresser. ©Perle Vallens

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Chaque corps (2)

Chaque corps enferme un fauve. Il s’use les crocs sur la corde humaine, Il crache son enfermement, cherche ses racines tout au fond, pris au flanc, la forme primitive de toutes les volontés. Il défriche les anciennes terres, creuse son propre trou pour plus tard, ensevelit toutes les fonctions annexes.

Chaque corps est un animal difficile à domestiquer. C’est un animal sauvage, solitaire, féroce. Le corps est un animal comme les autres. Il vaut sa part de viande fraîche et de carnage. Il veut son pesant de sang et de pluie,
Personne ne sait le dresser tout à fait. Le dompteur est sa première proie. Il se jette en pâture à lui-même. La part d’ombre contre la lumière, une manière de se dire, une vie pour une autre.

Chaque corps gronde à l’intérieur. Chaque corps hurle dans le noir. Les vieilles craintes de l’obscur et du miroir où regarder ses erreurs bien en face. Celui qui peut vaincre sa peur à coup de poing, à coup de tripes, celui qui sait se délester plutôt que se détester, celui-là survit à sa bête intérieure.

Chaque corps est prêt à bondir, à mordre, L’attaque est la meilleure défense, l’attaque est la meilleure réponse. Un peu de cruauté, un peu de courage. Regarder les saccages dans le blanc des yeux. Regarder blanchir le pelage qui perce sous le couche lisse.
Le corps ne sait pas panser ses blessures, il préfère arracher l’organe, se démembrer. Il préfère une petite torture, il préfère un sacrifice, question de survie. Il recrachera ce qu’il faut. Il y laissera sa peau. Il lèchera sa plaie jusqu’à l’os.
Pas encore mort. Mais après, qui réclamera le corps ?
©Perle Vallens

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Chaque corps

Chaque corps enferme un enfant. C’est un être minuscule, dissimulé tout au fond, à la source des secrets du corps. Chaque enfant possède son propre corps à qui il raconte des histoires. A force de copier l’enfant, le corps finit aussi par se raconter des histoires.

Chaque corps s’attend à grandir, à devenir plus fort, plus percutant, direct du droit, comme un i. Chaque corps s’attend à être traversé par la lumière. Chaque corps s’attend à mieux derrière la vitre. Chaque corps s’attend à mieux devant le miroir.

Quand le corps ne fonctionne plus, il faut l’envoyer à l’atelier, trouver la bonne pièce à changer, au bon endroit. De particulier à particulier. De vous à moi, je préfère voir un corps en bon état de marche.

Les corps préfèrent rester sains en général. Ils préfèrent rester vivants. La mécanique des corps est très compliquée. Il faut caresser les corps dans le sens du poil, de la poitrine au haut du crâne. Le corps nu est caractériel, il craint le froid, il est fragile. Il ne résiste pas au temps. Le temps qu’il fait, dégradation par l’est, agitations passagères, intempéries précoces.

A la fin, le corps tombe en ruine, mais il n’entre pas au département de conservation du patrimoine. Il n’entre pas non plus dans la boîte. Il n’entre ni par les pieds ni par la tête. Pour bien faire, il aurait fallu les couper. Pour bien faire, il aurait fallu l’expulser par voies aériennes ou voies maritimes. Mais les corps voyagent mal une fois mort.
Une fois mort, personne ne réclame le corps.
©Perle Vallens

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Tout un art

On peut encore beaucoup dans l’art de détruire, dans l’art de démonter les briques, de les abattre, de saccager l’espace, d’amonceler les désastres. On est toujours très fort pour ça. A coup de massue ou bien de mots, on démembre bien, on défait ce qui a été fait. On annule ce qui advenait. On est très doué pour ça. On a beaucoup travaillé, on s’est longtemps exercé. On s’est concentré, on a pesé le pour et le contre, on a pris toutes les précautions pour qu’il ne reste rien. On a appris à compter les débris. On n’a pas suivi des cours par correspondances, non, on s’est entraîné sur cible réelle. On s’est fait la main sur de vrais murs, sur de vrais humains, sur de vrais sentiments. Certains pensent que c’est facile, ils se trompent. Savoir détruire, c’est tout un art.
©Perle Vallens

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Des traces

Il laisse des traces. Il laisse des traces partout où il a posé ses pieds, où il a posé ses mains, où il a posé sa bouche.
Il laisse des traces d’encre et de suie, de poussière et de salive. C’est mouillé partout. Il laisse des traces humides, il laisse des gouttelettes, il laisse des flaques avec des choses qui flottent. Il laisse des inondations et des glissements de terrains. Il laisse des catastrophes sur les corps et des vertiges sur les lèvres.
Il laisse des traces. Des traces de poudre, indélébiles, de délivrance, de dévoration, de dérives horizontales. Il laisse de la lumière même après extinction, le filament de l’ampoule grésille, cela clignote sur la peau. L’écran du drive-in en persistance rétinienne, il laisse des traces de cinéma format grand angle, coulée douce des images.
Il laisse des traces, la plupart des rêves, la partie haute de l’iceberg, la part belle, la part des anges derrière l’ivresse. Il laisse les preuves tangibles de son passage, les preuves silencieuses et lointaines, des preuves qui claquent dans le vide, votre honneur.
Il laissent des traces loin de lui.
©Perle Vallens

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Pommes pourries

Il est une flottaison continuelle du temps, l’écoulement inclassable qui ne permet pas la pleine possession des instants précieux.

La fabrique des jours ignore les appels, les efforts prévisibles, la précision des secondes. Elle se dilue, dévale les pentes, déplie le ciel..
Elle se défie des attentes, ignore le lendemain, réfute toute impatience. Pas d’affût, pas de démission. Le flou laisse la place à toutes les possibilités.

Le défilement des paysages se tissent de sol sec et d’humus, l’humide empreinte, les meurtrissures et les oraisons. Il se fiche des branches sur le passage, il s’effiloche dans l’ombre de pierres empochées. L’offrande de l’arbre effeuillé tombée au pieds..
Les pommes ont roulé et pourrissent d’un sourire à la terre.
©Perle Vallens

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Aussland & Heimat

Penser l’épaisseur du corps comme une habitation que l’on quitterait parfois pour mieux y revenir. 
Penser que c’est un corps étranger, le souffle de l’inconnu qui respire pour nous, à notre place. Penser qu’un recul est possible, souhaitable, une disparition peut-être. 
Penser que l’effondrement de son corps ne peut tout à fait nous atteindre. 
Penser que ce qui se pense n’est pas le fait du corps, qu’il compte pour rien dans l’intention pure de l’esprit, qu’il est désacralisé, destitué de son rôle, désuni. Penser qu’il ne subsiste que dans la forme qu’on veut bien qu’il prenne. Le corps se déstructure et se désosse pour ne laisser que la fausse impression d’un espace vide. L’absolue nécessité de recouvrer le corollaire d’un abri pour soi, pour l’âme. L’impérieux à la fois d’un feuillage et d’un nid où reposer.
Le corps est Aussland et Heimat. 
©Perle Vallens

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Jour-nuit

Lorsqu’une lumière s’éteint, une autre s’allume. Lorsqu’une se voile, une autre s’évertue à naître. La naissance de la lumière est un petit prodige pour celui qui collectionne les prodiges. Un petit miracle pour celui qui croit aux miracles. C’est l’insensé de la lumière, que l’on coucherait bien sur la pellicule sensible, que l’on coucherait bien sur soi, une couverture de lumière. 
©Perle Vallens