
Croire au vert (collage & cut up)

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Il n’y a pas trente-six chemins pour voire trente-six chandelles. Il y a ce sentier qui part de la bâtisse principale, presque en face de la résidence. C’est déjà d’abord quitter la route principale qui mène au village, bifurquer à gauche on fait dos aux montagnes et on suit la direction de la résidence qui est indiquée sur un panneau peint. De part et d’autre, quelques fermes éparses, serres et granges, peu nombreuses, isolées entre elles par des champs de lavande d’un côté, terres en friches de l’autre. Après le ruisseau, à droite, on contourne par le bas et on laisse la voiture. Ici on doit continuer à pied par le sentier qui monte et longe la rivière en contrebas. On n’accède pas à la rivière, des fils électrifiés délimitent les possibilités. On doit suivre le sentier, son léger dénivelé, ses talus bordés d’arbres, entre son du vent dans les feuillages et cris d’oiseaux. Entendre un rapace et au loin, des pintades d’élevage chantent, un animal meugle, un fusil détonne, des chiens aboient. Ici, passent les vaches en été. En hiver ne passe presque personne. On entend toujours le bruissement de la rivière qu’on surplombe. A un moment, on ne la voit plus, le sentier s’est écarté et se poursuit en bordure d’une haie ouverte baignée de lumière. Il faut poursuivre jusqu’à une petite porte en bas, qu’un loquet ouvre, qu’il faudra refermer derrière soi. Là, deux pistes s’offrent l’une est un bout du monde qu’on arpente en grimpant puis s’éparpille en haut dans des clairières buissonnantes, une garrigue sèche, piquée d’arbres tremblant sous le ciel, d’ornières en redescente. En haut, un cadavre de camionnette, peinture écaillée, signature élimée « un vrai poulet », incongru dans ce paysage où rien d’autre, rien d’apparence humaine, que la camionnette plantée là, dont rien ne poussera. Mais si l’on prend à droite de la porte en bois, on longe une autre propriété vers où la rivière revient. Vaste étendue d’herbes sauvages, troncs d’arbres tombés, creux, gris et difformes sur la droite. Le sentier se fait ici étroit, minuscule, juste la place pour une personne. On y cheminerait à la queue-leu-leu. Ici, s’escarpe la colline sur le flanc gauche, plus pentue, drue, elle s’accidente. On suit un moment avant que cela ne se resserre. Le sentier se fraie, horizontal, à travers une forêt touffue. On pénètre alors dans une atmosphère dense, étrange, habitée. Ici, plus aucun son, un silence lourd, presque caverneux. Plongé dans l’ombre, on ressent la lumière verte, vivante qui émane d’être moussus, d’arbres chevelus, immobiles mais animés. Sensation d’un lieu très ancien, de vibrations lointaines, de pulsations, d’une énergie rare qui resurgit ici dans cet espace reculé. C’est un éloignement à la fois géographique et temporel dans ce recoin de forêt. Il n’y a plus de vrai sentier mais un passage sinueux, sur roche friable. Et là, calcaires concassés craquent sous le pas, rendent l’ascension difficile, très glissante par temps humide sur débris de pierres éclatées. Je sais qu’en haut existe une grotte, un refuge pour milliers de chauve-souris mais je ne les ai pas vues. Je reviendrai.
Perle Vallens
Voici un vidéo-poème de circonstances puisque c’est ce soir pleine lune, même si les images ont été captées il y a plusieurs semaines déjà.
Vous pouvez le retrouver sur ma chaîne youtube dans la playlist dédiée, « vidéo-poèmes ». Bon visionnage !
Merci à Benjamin/Captive éditions pour cette nouvelle sélection dans la revue Miroir qui inclut un poème écrit sur consigne d’écriture de Laura Vazquez.



Tous les soirs, il la regarde se coiffer. Elle se laisse regarder. C’est comme s’il la touchait. Elle se laisse tomber dans son regard, sans filet. Elle effiloche son visage et lui laisse une ficelle pour qu’il puisse la suivre dans son sommeil.
Tous les soirs, elle se déshabille devant lui en espérant que quelque chose se passe. Qu’un mot soit lancé. A la volée, le rattraper, le garder au chaud, effacer les silences. Mais elle disparaît dans les non-dits. Sa nudité n’offre rien de plus que sa nudité.
Tous les soirs elle espère. Elle essaie de susciter mais ne sait pas bien comment s’y prendre. Elle a l’impression de s’estomper au bout de ses yeux. Elle espère être là le lendemain, elle espère qu’il la voit toujours. Au moins ça.
Tous les soirs, elle a peur. Elle a peur du noir qui embue la chambre. Elle a peur que le monstre sous le lit se réveille avant elle, avant lui. Elle a peur qu’il la surprenne dans ses rêves. Elle se demande si lui ou le monstre, ce n’est pas la même chose.
Tous les soirs, elle a peur de ne pas se réveiller.
Perle Vallens
D’une vidéo prise dans la Drôme, un arbre glacé, sa fonte au soleil, dégouttant son eau, voici un vidéo-poème de saison…

L’heure se traverse seulement dans un sens
nous assemble seulement dans un sens
qui semble le seul possible
nous nous efforçons de nous assembler
dans cette heure qui passe plus vite que l’assemblage
forcément interrompu par tout un tas de facteurs
parfois indépendant ms de nos volontés
dans l’heure nous rassemblons de quoi réduire l’espace entre nous
force est de constater que ce qui s’accroît dans l’heure c’est l’espace
et l’étroitesse de ce que l’esprit dicte au détriment du cœur
on se demande régulièrement comment inverser la tendance et remplir cette heure de formules d’assemblage imparables
mais imparfaites à parfaitement nous assembler
nous nous rendons compte que les équations sont à variables imprécises
qu’il existe bien trop de paramètres de combinaisons trop complexes pour poser aisément les termes
qu’il n’existe aucune formule définie pour résoudre le problème de l’assemblage entre nous
Perle Vallens
Merci à Benjamin Milazzo d’avoir sélectionné ce texte pour la revue Miroir issue des ateliers d’écriture proposés par Laura Vazquez. Il s’agissait de ce chemin au Quinson puisque j’étais en résidence lors de la promenade qui a fait naître le texte.



Quelle formule d’humain sait dire la longévité des pierres
l’accalmie minérale repose dans l’âge des lichens et leur aptitude à digérer lentement la surface comme on ronge l’attente
Quelle vocalise d’oiseaux déserte nos gorges
rouges d’avoir trop crié au loup sans être entendu
d’avoir émaillé le milieu du monde de nos espoirs bien décidés
à emprunter son chant à celui son effort continu jusque dans la nuit
Quel lien retient la mousse des forêts au bord des lèvres
quels mots fomentés leurs ferments lents pour dire une ère disparue et une autre à venir
une ère flashée au radar de nos peurs pour trop grande vitesse
dans le largage des gaz pour changement d’échelle dans nos regards
l’angoisse ne dit pas son nom c’est dire sa multitude d’identités
et sa duplicité
Perle Vallens
Ce nouveau vidéo-poème est un clin d’oeil indirect à David Lynch, ainsi qu’à Maggie Nelson (son amour pour la couleur bleu, son livre Bleuets).