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Inktober 2021, 5 par 5 (4)

12 Il y a ce truc qui coince
ce truc qui bloque
qui cogne au cou
qui décapite
Il y a ce truc qui écarte
ce truc qui dérobe
qui dérouille écarlate
qui dérive
Il y a ce truc qui dévie
ce truc avarié qui désaxe
qui fait dérailler
qui te vrille
Mais tu ne sais pas dire exactement
ce qu’est ce truc
©Perle Vallens

13 on ne sait plus déverrouiller les nuits électriques
qu’à coup de lampes autobronzantes
bon teint plein soleil sur toit ouvrant
comme si les étoiles nous tombaient dessus
c’est le frottement de la lumière qui me rend belle
c’est l’éjaculat de milliers de rayons
ou bien ma peau meurt de froid
©Perle Vallens

14 cette faute qu’on nous tend
qui nous retranche
ce qu’on regarde par le prisme
de la culpabilité
sans repentir réel
ce qui pèse sans passer le cap
ce que l’on coche dans le ciel
ce qui se compte d’astres jamais atteints
ce que l’on se cache a saveur de flétrissure
le poids du plomb tombé
dans la bouche
©Perle Vallens

15
L’œil cligne là où se tient
la ligne continue infinie
du temps là où il s’étire
ce droit fil inrompu
que n’interrompt aucun mouvement
de tête aucun crâne vibrant
aucun faisceau sous le casque
aucune pensée pour le dérouter
seulement tronçonner en secondes
en espacements
pas assez de doigts pour dénombrer
pas assez de cran pour infléchir
il ne reste en gare du corps
que l’œil pour le regarder
passer
©Perle Vallens

16 Mal parcouru pieds nus
longue route sans boussole
Mal né terre inexplorée
dont il n’existe aucune carte
Mal traversé sur la ligne
rapprochée de l’horizon
à croiser l’angle mort du cœur
Mal étroitement navigable
sans repère ni main
rencontrée sur le chemin
Mal sans mort
ne dit pas son nom
©Perle Vallens

Actualité·anthologie de poésie·collectif·Editions des Iles·poésie

Anthologie Voix des îles

En février 2020, appel à poésie était lancé par l’association Indocîles.
L’anthologie à laquelle il a donné naissance vient de paraître, aux Editions des îles, regroupant pas moins de 65 poètes ! Citons pêle-mêle, Eric Poindron, Eric Costan (qui fait partie de l’association), Guylaine Monnier, Milène Tournier, Amélie Guyot… J’y figure avec deux de mes poèmes : Credo et L’art du rien.
L’anthologie est disponible en suivant le lien.

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Inktober 2021, 5 par 5 (3)

7. Ronronne ce souffle perpétuel
dispensé hors sol hors ciel
L’air s’est posé doucement sur les draps
la pulsation des pales les soulève
Sa vitesse de rotation est basse allure
loin des cyclones qui défont nos lits
loin des tempêtes que provoquent les rafales
ne se déchaîne pas ni ne déferle
à peine expulse à peine ébouriffe
Le ventilateur n’est qu’un faussaire
un mystificateur
un simulateur d’envol
©Perle Vallens

8. Poser le regard
travailler l’acuité l’attention portée
la concentration dans ce qu’elle a
de plus fin de plus fort
de plus expressif
c’est une question de sensibilité
aiguiser la pupille jusqu’à
l’extrémité de l’œil le blanc en bordure
que la lumière pénètre
jusqu’à absorption totale
jusqu’à dissolution de tout ce qui n’est pas
le sujet que l’on observe
il n’y a pas besoin de nommer ce qui est vu
il faut juste savoir regarder
©Perle Vallens

9. Ce qui appuie sur la paroi
cette puissance du sang
le rythme et la vitesse
c’est la descente des rapides
c’est le rafting des artères

La résistance des tissus
l’espacement
comme un escape game
des globules rouges
ce jeu intracellulaire
ce défi du plasma frais
joueur joue encore

Seule règle imposée
celle de la pression pulsatile
de la poussée vers l’avant
de la propulsion
qui ne s’essouffle pas avant la fin
qui ne s’effondre pas
qui a le cœur solide
gagne la partie
©Perle Vallens

10. qui annule l’animal
qui trahit sa fourrure pour son toit
qui élit domicile dans son cerveau
au détriment de sa peau
qui se dépèce peu à peu de ses origines
qui choisit de réfuter la vérité du sang
celle du loup et de la forêt
celle du seuil du passage
où sourdent les entêtements à vivre
qui se défend de fouler en bête
le sol dissident ligne séparatiste
entre soi et le reste du monde
qui dessine sa survie considérant
sa supériorité inaliénable
qui espace toutes les espèces
jusqu’à disparition finale
©Perle Vallens

11. On tisse soi-même son épine à glisser sous l’ongle
On glace de près son visage en droit gel du miroir
On estampe ses cicatrices trait à trait si flèche à suivre
son impatience à exciser la peau
à quadriller l’usage qui peut en être fait
On exécute ses œuvres testamentaires sans intuitu personae
On ouvre grand ses plaies à l’acide qui ronge
nos raisons et nos racines dressées à l’envers de la chair
âmes et corps inversées dans le grand ordonnancement des peines
Rien ne nous délivre du mal que notre propre douleur
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Air-air

L’air est flou et gris et debout devant moi mais je ne le vois pas. Il a la forme et la vitesse d’un missile.
L’air est grand et gras, l’air est un ogre qui nous avale, l’air nous grignote tout autour, il nous rétrécit.
L’air est grandes dents, mordantes quand il fait froid. L’air est ongles pointus qui nous griffe, qui lacère la peau, qui la glace. L’air est aigu comme un cri. Il est pointu, raidi, direct comme un poing.
L’air est espacement, est enjambées. Il a enfilé ses bottes et nous parcourt, il avance à grande foulée, il flotte au dessus, nous surplombe de tous ses membres. L’air a de grandes jambes.
L’air est caractériel, d’humeur changeante. Il ne sait jamais sur quel pied danser. On attend qu’il se radoucisse. Devant le soleil, il se tient coi, pris de langueur subite, il s’assouplit. Dans le vent d’hiver, l’air devient bras dur, bras armé. L’air trace à la scie sa route dans notre ossature, grince jusque dans notre cerveau. Il sait hurler entre nos oreilles, il sait siffler mieux que moi et râler, et gémir, et hurler à nouveau. L’air a alors une si grande bouche, à nous hacher en deux, comme mer gelée.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Legoland

Charger la gorge. Pleine. Les mots comptent double. Double peine. Ils connaissent la multiplication des langues, leur duplicité. Ils fractionnent le sens grossi d’aspérités fonctionnelles.
Les mots s’empilent. Ils reposent sur leurs propres fondations. Manquent de solidité. De certitude. Mots creux, cariés comme dents de lait, comme souvenirs d’enfance. Les mots tressautent dans leurs cordes, s’entassent sur les chevaux de bois, s’effondrent sur le canapé. Manquerait plus qu’ils s’endorment. Il faut les réveiller, les secouer de leurs images trompeuses. Structure gonflable dilatée, pleine d’histoires du passé. Gros œuvre prêt à exploser. Base à revoir, à solidifier. Cimenter les choses dites. Parce que flottements. Parce que phrases soumises à porosité.
Ce que je dis prends l’eau, se noie dans le trop plein, dans les débordements. Ce que je dis finira par s’évaporer. Ratiboiser, raser sec. Maîtriser les mots. Les dompter pour leur faire dire ce qu’ils refusent d’avouer. Les faire grandir. Tisser lettre à lettre, forcer la conjonction, presser sur la ponctuation. Entrefeuiller nos traces et nos désirs. Le meilleur est à venir.
Les mots sont un jeu de construction dont le chantier se renouvelle chaque jour.
©Perle Vallens

écrit pour une revue qui ne verra pas le jour