Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2021, 5 par 5 (6)

22 Qui sait ouvrir une serrure ou une frontière
des chemins ou un champ d’action
des pistes ou des possibilités
les yeux ou les horizons
Qui sait ouvrir les bras
avant d’ouvrir la bouche
©Perle Vallens

23 On ne sait quel dispositif
pour colmater les fuites du corps
pour les effusions les marées diffuses
les frénésies tout ce qui est sujet
à débordements

On pourrait contenir les exubérances éruptives
dans des trousses prévues à cet effet
dans des enveloppes cachetées
ou recueillir les montées en crue dans des vases
et tout le reste les morceaux de chair vive
de peaux mortes de mucus de salive
tout en vrac dans des sacs plastiques
avant leur interdiction totale

Peut-être que l’on pourra recycler un jour
les excès du corps ?
©Perle Vallens

24 Aux sabots les tapis de pré-dépouille
sa peau entière et brute retapissée
exuvie devenue cuir à chausses
exécution sommaire à coup
d’étourdissements avant saignée
comme on dirait matraque en cas de
dysfonctionnement y a t-il
une sonnette d’alarme

taxidermique oraison des bêtes
qui pour nettoyer le box
quand l’animal rote son méthane
quand sa chair pend par le crochet
nourriture par prédestination
mange tu ne sais pas
qui te mangera

entre le pire et le meilleur
on entreposera nos viandes
entre deux épisodes de glaciation
et de réchauffements climatiques
on profitera d’un dernier barbecue
avant extinction finale de
l’espèce humaine
©Perle Vallens

25 On se perd chaque jour
dans la brume dans la bruine
qui suinte et colle
ne colmate rien
poisseux opaque à la vue

La vie m’éclabousse
mal chaussée
je saute encore dans les flaques
©Perle Vallens

26 Ce qui nous relie
le pont d’une rive à l’autre
d’une main à l’autre
parfois se traverse
parfois s’enjambe s’évite
se détourne de l’issue de l’histoire
parfois s’écroule en une seule fois
©Perle Vallens


Actualité·Au Diable Vauvert·collectif·concours littéraire·Erotisme·Nouvelle·recueil

Toucher à la hache, au diable vauvert

Parution du recueil Toucher à la hache, du nom de la nouvelle lauréate, édité par les éditions au diable vauvert.

Y sont regroupés les 11 récits les plus appréciés par le jury de ce concours d’écriture, le Prix de la Nouvelle Érotique, que j’ai eu la chance cette année de remporter. Je l’avais annoncé ici et j’avais lu un extrait sur soundcloud.

Rappelons que l’écriture se fait sous contraintes, thématique (ici « soigner le mal par le mâle » ), de mot final (« enfer ») et de nuit (de minuit à 8h du matin). Le prix est organisé par les Avocats du diable depuis 2015.

Le recueil est disponible en commande auprès de votre libraire et dans la boutique en ligne de l’éditeur.

corps·photo n&b·poésie

Fêlures

Corps est matière à fêlures
matière à failles ouvertes
à geysers fumants à frottements
matières liquides et vapeurs
ses eaux de surface
ses peaux en fusion
Corps est matière à brûlures
matière à intoxication
inhalation soumise à addiction
matière à hyperventilation
matière à risque
hautement inflammable
fortement vulnérable
en cas d’incendie
©Perle Vallens

(recueil Carcasse)

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Le ciel fait silence

Le ciel de gravats ne parle pas
fait la gueule faut croire
fait la grève
se déglingue sans rien dire
se désagrège tout doucement
sonnerait son propre glas
tombe bas d’épaule sur mon dos
des aigreurs de bile
un ton grave un air morne
aucune récolte à la clé
aucun éclair blanc
aucun cri porté par le vent
dans la voûte haute
aucun orage à déclarer
à ses frontières ni en dehors
calme plat dans ses entrées
triste à pleurer qu’il ne pleure pas

Le ciel a choisi la saison muette
a rangé ses miettes sous la nappe
a balayé devant sa porte
a traversé sans regarder
sans m’adresser la parole
aucune prière n’a été prononcée
à l’heure des promesses
aucun petit profit
aucun premier baiser
aucune prison ouverte
il garde toutes ses fenêtres
fermées son noir de grimace
tout ce gris d’avance la poussière
parsemée sur ma tête brûlée
rien ne passe d’encre de fuite
entre mes bras ma faute se lit
dans le plus sombre des lits
de rivière morte

Toi tu le sais,
le ciel fait silence
©Perle Vallens

Non classé

Inktober 2021, 5 par 5 (5)

17 bouche double d’où nait
le brasier l’embrasement solaire
un système génésique à double polarité
le baiser est jaillissement
dans la constellation du désir
est collision astrale d’où l’étincelle fuse
deux bouches accolées dans l’explosion
d’où nait nova rouge
©Perle Vallens

18 La lune comme illusion
d’échapper à la nuit
comme performance mensuelle
comme trajectoire infinie
son cycle son obstination
son éternelle agenouillement
devant la terre seulement jeu
seulement déjà vu sa face cachée
devant les projecteurs ou
derrière les barreaux
la lune gravit ses échelons
chaque mois dégrafe nos chaleurs
découpe nos flancs en tranches de vie
nocturne en chasse au pire
en désordres d’organes
en chantiers incendiaires
en grands chamboulements
la lune joue mais ne triche pas
avec nos hormones
©Perle Vallens

19 il y a un moment où même la boucle
fait un angle aigu un angle radical
un angle mort dans un coin précaire
de notre vie au pied du mur
On cherche le contrepoint la note accolée
celle qui gagnera l’écriture harmonique
la résonance d’une rondeur
retrouvée sur la partition
©Perle Vallens

©Perle Vallens

20 est-ce qu’on sait
ce seuil de la chair
la chasse précoce
l’effleurement d’une peau
comme une porte ouverte
une entrée à genoux
est-ce qu’on sait
ce qui fait jaillir les eaux
et fait germer le sperme
©Perle Vallens


21 Ce que je préfère c’est la voie trouble
que tu prends sans savoir où tu vas
la voix hésitante le regard flou
Ce que je préfère c’est la confusion
le fouillis de tes mains à tâtons
ton branle-bas sans combattre
Ce que je préfère c’est l’anarchie
de la chambre et son joyeux saccage
le foutoir de ton foutre
et toutes tes imperfections
Ce que je préfère c’est ce petit bordel
que tu laisses au bord de ma peau
©Perle Vallens

Non classé

Rage

Colère cryogénique
te fige dans ta rage
rien ne bouge que l’arc circonflexe
au front déformé du ressentiment
rien ne gicle que le fiel par tous les trous
du corps par tous les pores

La rancœur encastrée tient tout
d’un bloc serré comprime l’humeur
qu’une croûte vile recouvre
d’un gel sous contrôle
que rien ne pourrait rompre sans risque

On ne peut briser la glace d’un coup
pas la hache pas trancher vif
il faut réchauffer tout doucement
porter le cœur à température ambiante
de peur qu’il ne casse
net
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Le chemin

Je vais dans la vie d’un pas fracturé, d’un pied bot, la jambe boiteuse de ne savoir où se poser.
Je croise des âmes blessées, des lambeaux de vent qui me percutent de leurs mouvements trop amples, de leurs gestes arrachés à la terre.
Avec mon corps crashé par tant de collisions je continue de marcher.
Nous continuons tous d’avancer sur le chemin.
Tous en apnée devant et derrière ce qui nous sert de boussole.
Nous allons à l’aveugle, nos yeux bridés de solitaires, nos yeux couturés d’erreurs d’aiguillage, de coups de ciseaux si anciens qu’ils ont rouillés, nos yeux de fer rongé par le temps.
Nous avons tous des mains trop grandes d’ogres faméliques, nos dents déchaussées dansant seules dans nos bouches.
Nous ouvrons encore nos gueules vides, bêtes affamées en quête d’un loup, d’une meute. C’est à qui trouvera la couverture chaude de l’humanité pour s’en couvrir. A qui les draps propres de l’amour pour se vautrer.
Il se dit qu’à défaut d’un agneau, nous pourrions nous nourrir de rivières, nous pourrions nous vêtir de forêts.
Et parsemer de nos os les routes pour montrer la voie empruntée à l’avenir, celle à suivre des yeux avant de la nommer.
Nous poursuivons tous, c’est le parcours imposé de l’escape game jusqu’à son terme (joueur ne joue pas encore), jusqu’à dernier souffle, la respiration courte de l’oiseau.
©Perle Vallens