
Caviar 38

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


On cerne tous les erreurs
d’aiguillage les glissements de terrain
glissements de sens sous les poings
la force faite doxa
faite frayeur avant fureur
dixit les voies des premiers hommes
pas mieux que la réponse contestataire
que la voix sans issue que les sens interdits
que le sens unique de la pensée
Messages brouillés dans nos yeux de taupe
dans nos oreilles closes
les mots se plient au plus offrant
se relient puis meurent
puisque réduction de tête
puisque phrases scalpées au ras des crânes
©Perle Vallens

Ce qui bruisse
ce qui passe devant tes yeux
ce qui te traverse ce qui s’espace
ce qui danse dans l’instant
ce qui s’obstine dans l’ombre
ne souhaite pas se dévoiler entièrement
reste une issue possible
laisse une trace en suspens
dont on ne sait par quel bout la prendre
ce bout du bout cette extrémité ultime
ne cesse de montrer son nez
D’instinct on la repousse
on prend ses distances
on prend des dispositions
on adopte des mesures drastiques
L’espoir perdure dans ce qui te lève la tête
dans ce qui te lave le cœur
Rien ne se délaisse durablement
dans nos entreprises de délestage
rien ne se met à la casse qui ne revienne
en pleine face façon boomerang
ce qui s’encrasse durablement dans nos mécaniques instables dans nos masses tectoniques
est du ressort des circonstances
non atténuantes puisque en connaissance de cause
Nous passons un temps infini de flottaison
à éviter ce qui tombe en pluie
qui nous atteint par capillarité
nous étreint dans une caresse
qui confine à la noyade
©Perle Vallens

Collant nylon passé par-dessus bord
a filé son mauvais coton en zébrures
en échelles montées puis descendues
ses hauts et ses bas défaits
plissés tout au nord de mon sud
chausse défaussée parsemée de doutes
et de mauvaise foi en ses désirs
je ne vois rien par transparence
je cherche un tressaillement
pour redresser les torts
pour redonner du crédit à ce collant
sans couture son reflet rallumé sa brillance
cette synthétique symphonie des sentiments
©Perle Vallens

réseau racinaire infiniment morcelé
rhizomes enfouis enflent dans l’ombre
dans le souffle de la terre
vivace sa tige est une lèvre
dont on ne sait ce qu’elle embrasse
si elle pousse vers le haut ou vers le bas
ne sait où elle s’enfonce où elle perce
des défenses invisibles
se berce respire les mystères
traverse la roche se niche
dans ses anfractuosités
ses ramifications y saillent s’incarcèrent
dessinent un labyrinthe de sève et de sang
tissé des secrets de l’obscurité
ses filets d’Arachné muscles tressés
lacis nerveux dessus-dessous
sa vie dressée à l’envers
dans le creux du monde
©Perle Vallens

Je m’accouche chaque nouvelle lune
je m’extraie au forceps
à la seule force de mes pas vers l’avant
sauf volonté contrariée
sauf décision contraire
Ma naissance est un exploit à chaque fois
une épopée cyclique comme une roue solaire
Je lis des signes dans ma carte du ciel
aucune planète visible à l’horizon
Je me fie à la position du soleil
Je me fous des trous noirs
Je cherche toujours ma bonne étoile
mais la voûte est trop sombre
pour y voir quoi que ce soit
©Perle Vallens


« L’association Zazie Mode d’Emploi a pour objet de développer et promouvoir les pratiques créatives inspirées des propositions de l’Oulipo, dans les domaines de la littérature, de la musique, des arts plastiques et de tout ce qui relève de la culture au sens le plus général ».
« Tous les ans, Zazie Mode d’Emploi choisit un texte de l’Oulipo jeté en pâture à qui veut bien s’en emparer. C’est là le pré-texte à des centaines de détournements, pastiches, hommages, sous forme écrite ou non ».
L’oulipienne de l’année est Clémentine Mélois et le texte revisité est Mâchicoulis et Chocoprinces. Il a donné lieu à 168 variations.
La contrainte que j’ai choisie est le « collier », seulement des mots contenant obligatoirement la voyelle « o« .

J’écrivais des berceuses pour ne pas tomber
dans les hurlements
pour ne pas trahir la bête que je nourris
jour après jour
qui pose en souriant et me mord au sang
l’instant d’après
les images retiennent leur souffle
c’est l’obturateur qui empêche
ce noir total avant disparition
souvent je me perds en chemin
souvent je me suicide à petit feu
je marche et je me noie
dans mon propre vide
c’est seulement pour faire taire la bête
pour la décimer avant qu’elle ne me décime
©Perle Vallens
Une photographie et quelques poèmes tirés de « Cru » second volet en cours d’écriture du projet de recueil, Carcasse, sont publiés dans le Pro/p(r)ose tout frais de novembre.






