
Oeil fermé se devine
grésillante d’entre les noirs
la proie rêvée des ombres
la pupille persiste et signe
son arrêt de sens à
ce qui est vu ou non vu
ce qui semble
ce qui fait trembler
la ligne d’horizon
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Oeil fermé se devine
grésillante d’entre les noirs
la proie rêvée des ombres
la pupille persiste et signe
son arrêt de sens à
ce qui est vu ou non vu
ce qui semble
ce qui fait trembler
la ligne d’horizon
©Perle Vallens

Acouphènes de jour
une précision horlogère
le passage des cigales
c’est celui du temps
le ton monotone
de l’été qui finit
©Perle Vallens

D’ici on entend mal. D’ici la scène est sous nos pieds. D’ici ce qui est dit l’est en sourdine. Côté jardin et côté cour, un court chemin vers soi-même. La répétition des voies intérieures. La poursuite de tous les vents. La persistance de tous les silences.
On a beau tendre l’oreille, d’ici on entend mal.
©Perle Vallens

Chaque matin mettre en marche la mécanique du jour, remonter le ressort avant qu’il ne se casse.
Actionner toute les machineries, manoeuvrer jusqu’au déclic de la lumière.
Chaque matin chercher dans l’encoignure des portes, dans le renfoncement des fenêtres un nouvel effet magique.
Agrafer les premières images en suspension, les premiers reflets dans l’axe du corps.
Chaque matin, renouveler sa propre voix, voir naître un nouveau rêve vivace, sa floraison et sa croissance. Et surgi de l’aube, l’appel profond, frauduleux, d’un désir clandestin.
©Perle Vallens

L’oeil sait voir
la dépouille du désir
celle de la chenille
qui fait le papillon
©Perle Vallens

Le seul mouvement qui vaille, la vague. La mer avance et recule avec une constance qui force l’admiration, qui suscite l’effort repetitif. Avancer puis reculer pour mieux avancer, pour encore reculer. C’est la répétition, la même façon perpétuelle de continuer. Le ressac de chacun, ses échecs, les échappatoires, les reculades.
La mer ne se soucie de rien d’autre, elle avance et recule. Elle scie le temps en deux mouvements.
Elle scie dans le vide de la vague qui se remplit aussitôt, elle avale le vide et se remet à scier. elle scie sans fin depuis si longtemps que le sens a été oublié. Personne ne sait, personne ne se souvient.
La mer scie sans cesse dans la simplicité, elle scie dans l’insouciance. Elle passe et repasse sur les impatiences, elle les use à force, elle assure une certaine continuité des choses. Il n’y a qu’à suivre le mouvement.
©Perle Vallens
Un oubli. Le poème Hallali a été publié dans Lichen d’août 2020. A lire ici ou dans la revue. C’est un poème qui me tient particulièrement à coeur…



Au viseur, voir loin, par-delà l’ossature, par-delà l’espace clos et les jointures, par delà les possibilités. Voir avec précision, avec suffisamment de persistance et d’acuité, exercer son sens de l’observation, son sens de l’à-propos, de l’à-coup, de l’accélération imprévue des événements, sans transition, sans déperdition des détails. Voir avec clarté la désinvolture, l’absence d’objectif, la démesure de la désolation. Voir et se garder d’interpréter, se laisser imprégner par ce qui est vu. Il faut basculer de côté. Il faut garder ses distances, biaiser le regard. Il faut répartir les sensations, les laisser émerger, pointes d’iceberg à la surface, les suivre, les installer en soi, durablement. Il faut apprendre la lenteur, ralentir le temps et l’espace entre l’envol et l’atterrissage. C’est ce que font les oiseaux pour laisser le moins de plumes possible.
©Perle Vallens

Le pied se pose toujours au bon endroit, celui du nouveau pas, du bon passage, du passé au présent. Il se pose à la bonne place. Il tient son rôle. Il le connaît par cœur depuis le temps. Le pied connaît la leçon. Il connaît la chanson depuis qu’il a deux ans. La mélodie n’a pas changé. Il faut dérouler. Il faut chanter le déséquilibre provoqué, l’art de se rattraper, la maîtrise des orteils, l’assurance du talon. Le pied connait bien la marche à suivre.
Parfois, le pied aurait besoin d’une béquille, d’une semelle orthopédique pour réparer l’incertitude du pas. Le pied qui hésite renvoie à quelque chose d’ancien, quelque chose d’enfance. Le pied hésite à passer le cap, à passer le pas. Il hésite à s’aventurer. Il a sans doute peur de l’incertain, de l’à peu près. Le pied n’aime pas les surprises, ni les entorses. Il suppose qu’il peut rester encore un peu immobile avant de se poser plus loin. Il s’imagine que le chemin peut venir à lui. Le pied change d’avis en fonction de l’aspect de la route. Il a besoin d’un minimum de confort, d’un peu de confiance. Il a besoin d’assise et de stabilité, il a besoin de prendre une grande inspiration avant d’avancer.
Le pied n’avance pas masqué, il se pose franchement, bien à plat, ventre à terre. Finalement, il faut se jeter à l’eau sinon on fait du sur place.
©Perle Vallens

Ta bouche n’est pas vraiment une bouche. C’est à la fois une porte, une serrure et une clé. C’est une entrée et une sortie. C’est une route secondaire. C’est une aire d’autoroute.
C’est une paire de ciseaux. Ce qui coupe et ce qui est coupé. Ce qui mord et ce qui est mordu. Ce qui mâche, ce qui est mâché. C’est une arme à double tranchant.
Ta bouche, c’est un radiateur pour les hivers trop longs. C’est la braise et la cheminée, la chaleur du corps, le feu qui circule à l’intérieur, qui couve dans la trachée, qui tranche le froid au couteau.
La morsure de l’air se travaille mâchoire dégagée, ouverte sur l’inconnu. L’incision fait couler ce qui reste de vie entre les dents. Desserre, ouvre, dévore. Les bouches entravées ne sont bonnes qu’au silence.
©Perle Vallens