Emotion·photo couleur·poésie

Credo

dav

Il y a des jours où nous arrivons difficilement jusqu’au soir.
Il y a des nuits qui nous laissent entrevoir un peu du lendemain.
Le noir nous dit que le meilleur est à venir. Nous y croyons comme on croit aux arbres qui poussent plein de lune au bout des bras. Nous y croyons comme on croit au vent qui se lève et balance avec un semblant de tendresse dans les branches. Nous y croyons comme on croit que la lumière renaît chaque matin, comme on croit que le jour tiendra des promesses jamais faites.
On croit avec obstination, les yeux pleins d’ombres, la bouche pleine de mots contenus, qu’on laissera échapper peu à peu pour croire encore.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Bradycardie

bradycardie©Perle Vallens

De ce côté-ci de l’image, il n’y a rien à voir. Quelque chose est caché dans le paysage.
La page se trouble d’une impression immobile, quelque chose de tapi que l’on sent bouger.
Il y a quelque chose que le vent fait glisser à la lisière des nuages.
Il y a quelque chose de couché qui respire dans l’ombre des arbres.
Juste un souffle, qui te prend par surprise. Respirer la lente pulsation de la forêt, au plus secret de l’image. Prendre le pouls lent de la vie.
©Perle Vallens

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Tranché net

tranché net©Perle Vallens

Ouvrir ses veines aux autres, aux virus, aux envies. La volonté vraie guide vers, comme un parfum insoupçonné, une volute d’insurrection, la petite chanson de la violence douce. C’est l’essence des révolutions, déshabiller l’ordre des choses. S’insurger contre soi-même, contre l’inertie de ce qui est encore vivant mais qui menace de s’éteindre. Innerver chaque parcelle de soi, chaque épaisseur engourdie, chaque feuille blême du livre. Ouvrir en grand chaque volet de sa maison, dans un grand battement qui secoue tes lignes de vie.
©Perle Vallens

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Savoir faire silence

faire silence©Perle Vallens

Le silence est une force motrice venue d’en deçà.
Il nous incite à dire et à entendre. Il nous pousse à plus d’attention. Faire face et s’abandonner à ce qui est suspendu, en tension de nous-même.
Les lèvres sont faites pour inspirer et expirer le silence autant que les mots.
Un mot n’est jamais aussi bien entendu que dans le silence.
Faire silence, une façon de survie.
©Perle Vallens

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Toujours ou jamais

fouiller la terre©Perle Vallens

Jamais ne dit le commencement, jamais ne dit la fin.
Toujours proclame l’existence, toujours lance les fanions du jour, ensemencés d’hier.
Toujours cherche au sol le pas en devenir. Toujours foule et fouille la terre qui accueille.
Toujours laisse inexpliqué, se laisse assaillir et submerger
Toujours fait briller ce qui coule dans les mains. Toujours dévie des voies faciles.
A jamais fait dérailler les trains.
©Perle Vallens

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Fragments

fragment de rose©Perle Vallens

Pétales comme tessons, acérés de douceur, la sève descend dans la coupure rouge sang, le prolongement de l’humain. Tu la prends par la main pour l’accompagner dans sa courte vie. La rose à branchies respire dans et hors, derrière et devant, entrée dans ton être comme un double floral, l’étreinte serrée d’épines en profondeur.
Elle te dessine l’incertitude sur l’épaule gauche, une ébauche qui ne se termine jamais.
©Perle Vallens

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Fumée sans feu

fumée sans feu©Perle Vallens.jpg

Tu dis, il n’y a pas de fumée sans feu, la folie couve sous l’incendie.
L’arbre bien ancré dans la terre ne craint pas les accidents, ne feint pas de crier entre ses branches.
L’usinage du vent garantit un air qui continue de souffler, qui pousse ses traces blanches en parallèle des nuages, en contrepoint des neiges fondues depuis lontemps déjà. L’équipe de contrôle grave chaque sillon sur chaque octave de vapeur qui s’échappe, chaque trace aux murs percés.
Tu vois, l’espoir est une toupie qui tourne, tourne et dessine les contours d’une fumée sans feu.
©Perle Vallens

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Maux d’orage

maux d'orage©Perle Vallens.jpg

Parler ou se taire, au fond cela revient au même. Quand on sait d’avance. Quand les mots tournent depuis longtemps dans les corps inertes. Les mots bougent, se heurtent, se rompent en éclat de lettres. Un envol de voyelle esseulées, en suspens dans les ventres. Plus les mots se disloquent et plus le corps reste immobile, plus le visage se fige.

La pupille ne pétille plus en son nuage vierge jusqu’à ce qu’un mot s’échappe et remonte à la surface de l’oeil. Cèdent les digues qui ne tenaient plus qu’à l’espace du ciel. Le mot quitte sa berge et noie tout de ses eaux d’orage.
©Perle Vallens