Emotion·photo couleur·poésie

Ni pour ni contre

pleine lune©Perle Vallens

Réaliser qu’on fait plus ou moins la moitié du chemin chaque jour, que demain ressemble à hier, que le pour ne vaut pas toujours mieux que le contre, que le soleil est toujours la même boule de feu que la veille. Seule la lune change son profil à chaque insurrection. De gauche à droite, l’avatar en quartier nous sourit de travers jusqu’à éclosion totale. On peut compter sur elle pour pulser les minutes et souffler l’air au mois près. On peut entendre résonner sa musique circulaire, celle qui nous tourne autour et siffle à nos oreilles le silence de chaque nuit.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Carambolage

penchée©Perle Vallens

Heurté de plein fouet. L’onde de choc répercutée dans la carcasse. Une caisse de résonance répète en boucle, en travers du corps, de la gorge, de la bouche la chanson de non retour.
Tu te regardes tomber comme si ce n’était pas toi. Tu regardes ton double, tête-bêche de ton ombre, choir la tête la première.
La belle dégringolade. En débord des rives, la dispersion totale, la vie en débandade.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Art du rien

escargot ou rien©Perle Vallens

Je sais le plaisir du peu, du petit, du perdu. Le premier est aussi le dernier, celui qui ne sait pas, celui qui ne voit que d’un œil, celui qui parle pour ne rien dire. Le plus transparent, celui qui s’efface derrière l’arbre, sur la piste de course, sur le bord de la route. Celui qui roule tout seul, sans aide, celui qui se pousse à peine mais qui avance quand même, à petits pas. Celui qui a des jambes courtes, des cheveux ras, une peau qui tremble un peu à chaque passage, celui qui a le souffle court, celui qui se laisse traverser par le silence, par le sillage du rien. Celui qui survit au vide.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Instants de grâce

danseuse©Perle Vallens

Respire l’odeur sombre de ta scène
Gagne l’espace dense de ton corps
jusqu’au plafond ensoleillé
brûlé à la lumière des choses secrètes

Ecoute la petite musique de l’organza
et le souffle froissé du tulle
Apprends la syntaxe syncopée de l’air
et le murmure des couronnes
Elles frôlent le ciel
dans la course aux étoiles
L’écho s’affole
du bruissement de la soie
nouée en symbole
le cygne de ta vraie nature
la biche sortie des bois
en fragments d’elle-même

On survit tous à l’envol détaché de la chair
Jeté l’adage des anges dans l’ombre des pierres
alliage de matériaux plus anciens que nous
piégés dans la vie comme des animaux
Viens et marche à pas de chat
à la recherche du meilleur passage possible
sans jamais quitter cette grâce
d’une danseuse sur la pointe des pieds
©Perle Vallens

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Kissing ball

vieux tronc©Perle Vallens.jpg

Il n’y aura pas de gui cette année
Toute la sève a été sucée
Il ne reste plus qu’un tronc à l’écorce trouée
un nichoir grand ouvert
aux heures creuses et à tous les vents
un réconfort pour les oiseaux au bec tendre
un baiser de plume pour passer l’hiver
Il ne reste plus qu’une trace d’ours
ancienne et presque effacée
la morsure d’un nid de frelons
une croix gravée sur le tronc qui s’effrite
Il faudra attendre un printemps de plus
pour laver à grande eau
le temps qui passe
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie

Gravitation

gravitation©Perle Vallens.jpg

La nuit tombe de tout son poids, lourd de son assurance, de son éternel retour.
La masse s’étend fluide et dense en chape sombre.
Elle installe son souffle noir, sa toile démesurée sur la chaleur des chambres, dessinent sur leurs murs des reflets flous, des signes de l’heure qui passe.
Elle brise de toute sa force les bruissements qui s’estompent puis s’arrêtent.
Alors, le silence pèse aussi, de son immensité de désert.
©Perle Vallens

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Au pas, camarade

repos©Perle Vallens.jpg

La vie s’élastique, étirée comme un chat entre le début et la fin de ses neuf parenthèses.
Pensée à la verticale, la vie ne marche jamais dans le rythme de nos pas. Elle va plus vite ou plus lentement que nous. Elle nous dépasse souvent et nous laisse à la traîne. Elle nous reproche de passer trop de temps à rêvasser plutôt qu’à la suivre, plutôt qu’à la rattraper. Elle file dans le vent, tandis que nous attendons patients, qu’elle revienne nous chercher. Le repos loin de la vie est comme un avant-goût de la mort mais nous ne le savons pas.
©Perle Vallens

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Petite robe

petite robe©Perle Vallens.jpg

Ta robe, une autre toi à essayer pour voir si elle s’ajuste, si elle tombe bien.
Étrenner l’âme à la boutonnière, lisser les plis laissés par ta peau avec le temps.
Le tissu tuméfié, bleui à la surface te tasse un peu plus chaque jour. On ne sait plus qui prend la place de l’autre.
Les coutures craquent un peu aux côtés. Certains disent que tu as fait ton temps. Que tu devrais te déshabiller.
Définitivement.
©Perle Vallens