Emotion·photo n&b·poésie

Chromosome X

chromosome x©Perle Vallens.jpg

Née d’Elle, je suis Elle
poussée vers l’avant,
toutes ailes déployées
vers l’appel des saisons
toutes branchies étranglées
dans l’air des hautes sphères

Née Elle, à la feuille légère
à la langue minérale
lait infusé au sein
que la vie tête avide
du feu au ventre éclos
renouveau de l’éclat
l’étreinte du printemps

Née Elle, en flottaison du temps
la nef dressée, regard droit
l’à venir devant Elle
les vœux et les vérités
les vrais simulacres
et les pensées fausses
Les pansements sur le cœur
lourd de l’avènement

Retourner à la matrice
Revoir les hautes mers
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Jeu d’ombres

jeu d'ombre©Perle Vallens.jpg

Jadis, je suis allée là, j’y ai soupiré. Je passe encore par là, parfois.
C’est un endroit clos et pourtant ouvert, noir et lumineux, chaud et froid. C’est un espace en forme d’oxymore pour que les incertains et les contrariés s’y sentent bien.
C’est un sentier pour sillonner dans ses chambres intérieures.
On peut y trembler, y grelotter, y barboter de tout son corps, y crier à l’aise, y supplier, y prendre l’âme qu’on avait oublié sur le chemin, y pendre ses mains et tous ses membres, y pleurer de bonheur et de chagrin.
J’y ai tremblé, grelotté, barboté. J’y ai crié, supplié, pleuré.
J’y ai regardé mon ombre en face.
J’y ai encore croisé ton ombre qui était aussi celle de mon âme.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Neige

flocon de neige©Perle Vallens.jpg

J’ai rêvé la neige
le blanc sans bruit
la coulée lente des flocons
le tapis assourdi dans la nuit
Le blanc trop bref
trop sourd aux requêtes
Le tapis muet où l’on se coucherait
s’il ne faisait pas si froid

J’ai rêvé la neige
la promesse d’un silence
d’un lendemain de lumière
l’ivresse de milliers de milliers de cristaux
qui tombent en dansant
une pirouette d’étoiles
dans le noir de la nuit

Mais il n’y aura qu’une pluie fade, déjà fondue
sans relief, sans folie
rien que de l’eau plate gorgée de gris
rien qu’une goulée invisible
à l’ascension de ma langue
à l’a-pic de ma gorge

sans le sel de la bouche
sans la saveur du ciel
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Petit déjeuner

mousse ©Perle Vallens.jpg

La fréquence de la respiration calquée sur l’air glacé, j’avance sans vraiment marcher, une lévitation en somme. Un semblant d’apesanteur, une fausse légèreté. Je reste au dessus du sol creusé de cavités, de rigoles dans lesquelles je ne tombe pas. La mousse me retient en suspension dans les airs, dans le recul de la mémoire, dans la traversée du jour d’après. La terre mouille, l’écorce coule, tout s’épanche autour. Je bois mon petit matin accrochée à des mots muets que seule l’aube sait encore prononcer.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·photo n&b·poésie

Ton Barnum

barnum©Perle Vallens

Un cirque s’est installé
la lanterne magique qui tourne
sur le parking de ton crâne
son lac nocturne sur l’auvent
juste pour refléter les étoiles

C’est sans compter le poil gris des bêtes
leurs crocs arrachés
une transhumance comme un manège
qui mêle les cris et les plaintes
le risque d’abandon n’est pas loin
sous les dos pelés

Et toi qui passes par là
tu regardes le dompteur de travers
le dézingueur à la chambrière
les brimades et les pleurs muets
la magie du cirque
disparue dans les plaies

Tu le sais, on l’a tous
notre combinaison intégrale
notre peau de léopard
trouée au fouet d’hier
rapiécée chaque jour
au crochet des nuits
sous l’auvent aux étoiles
©Perle Vallens

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Dispense de vanité

dispense vanité©Perle Vallens.jpg
Autoportrait, hommage à Francesca Woodman

Sission consommée entre le corps et l’esprit
la fissure s’agrandit la fuite les effets sordides
l’absurde et impossible fardeau
les festivités dont on se fout

La seule voie possible
serait une sensibilité suspendue
pensée du moindre mal
une complaisance envers soi
taire les passions tristes
faire absolument silence

La sphère tourne toujours
son centre s’enfonce
en profondeur
c’est pour dissimuler
un reste de pudeur
©Perle Vallens