La Revue Métèque #5 « France », renaît à l’initiative de son créateur Jean-François Dalle, y est à lire le poème « Résiliée » d’une République putassière. Vous pouvez trouver icicette revue littéraire thématique, co-signée par 35 auteurs.
Alors que Marguerite entreprend de visiter le chantier de la tour de Monsieur Eiffel avec son amie Louise. Edouard Louandre, son fougueux bien-aimé, après avoir surpris une conversation, est persuadé qu’un mauvais coup se prépare. Et si la cible n’était autre que l’édifice en construction ? En quoi Nikola Tesla, le célèbre inventeur, et sa surprenante « chaise à voyager » allait-il pouvoir les aider ?
Voici un extrait du volet 4 des mystères de Boulogne, série steampunk érotique éditée par B-Sensory :
« L’homme s’écarta devant l’attitude menaçante d’Edouard qui préféra rejoindre Marguerite. Il n’était ni temps de jouer du poing ni de mettre sa douce dans l’embarras. Mieux valait patienter. Il la rassura mais il préférait qu’elle restât dissimulée sous son vêtement. Des bruits de voix se firent bientôt entendre. Il surprit les mots « tour », « bombe », « bourgeois », « police », « traître ». Il se rapprocha du fenestron et aperçut trois autres hommes dissimulés dans les buissons. L’un parlait d’une voix assurée et autoritaire, c’était sans aucun doute le meneur. Il tendit l’oreille et frémit en entendant le nom de Fourny. Edouard comprit qu’ils avaient pu pénétrer dans le laboratoire secret dont avait parlé Marguerite et y avaient dérobé des produits chimiques. Il fallait qu’il en apprenne davantage, mais il ne pouvait pas laisser son amante. Il enrageait intérieurement. Il sortit discrètement mais il était trop tard, ils avaient disparu. Il s’approcha de l’endroit où celui qui les avait surpris se tenait. Les buissons avaient été piétinés et il aperçut une liasse blanche. Des documents, dont l’un ressemblait étrangement à la lettre codée que Marguerite avait remis à Monsieur Trévaux, peu avant sa disparition soudaine sur la « chaise à voyager ». Il y avait là également des chiffres qui semblaient des dates et des horaires. Il rangea les papiers dans sa poche et rejoint Marguerite toujours dissimulée. Il la rassura. Il n’y avait plus de danger, elle pouvait se… »
Je n’ai pas dessillé les yeux. Je l’entends me parler parfois, sans vraiment l’écouter, je m’abîme, paupières et poings fermés, dans des rêves lointains.
Il faut que je me détende ! Il me serine ce leitmotiv depuis le début. Mais la peur d’avoir mal est pour le moment la plus forte. Les essais se suivent, le lubrifiant venant en renfort de cette fleur trop serrée. Misère ! J’essaie de me relâcher. Mes visions prennent le pas sur mes frayeurs, j’imagine dans le secret de mon cerveau des scènes licencieuses où des femmes se font ouvrir et saillir, où elles ne sont plus que béances et possessions.
A force de patience, le doigt apprivoise, s’immisce et devient plus agréable. Il pénètre et tourne, fait son chemin, en camarade. Il se fait liant, affable, taquin à l’occasion, habile et curieux, avide d’en découdre mais sachant contrôler ses appétits. Le doigt-ami poursuit ses investigations, arrondissant les creux, élargissant les lieux, luisants et souriants de ce bien-être tout neuf.
C’est comme un massage interne, plutôt suave.
Il me faut me mettre à quatre pattes. Mon Dieu, comme c’est humiliant. Je n’aime pas cette position, je gigote pour me dégager. Mais il tient bon. Alors je tente de me laisser aller à ses attouchements. Avec le lubrifiant, le doigt s’amuse et je sens un picotement qui monte, une sensation de chaleur douce qui s’épanouit, avec un je ne sais quoi en plus qui me fait respirer plus fort.
Je crois que c’est le moment où il a tenté de me pénétrer mais j’étais encore trop serrée. Il prend alors mon sexe, avec l’énergie de son désir, puis il revient derrière, s’aventurant dans les chairs froncées, les déployant peu à peu. Il me confirme l’instant d’après qu’il est bien en moi, entre mes fesses. Je demande si je dois me caresser. Il me le conseille. Je le sens aller et venir et la sensation devient de plus en plus affolante, il me semble que je mouille derrière, à moins que ce ne soit le lubrifiant ?
Tâtonnements vains d’un univers interdit… Il est trop tard pour reculer, autant sauter à pieds joints ! Tout de même parler, se mettre à l’aise, boire un verre de vin, un blanc passe-partout, agréable compagnon de chambrée. Levée d’inhibition noyée dans un verre…
Il me sent tendue, il propose un massage qui est le bienvenu. Mon esprit se perd dans les nuées d’alcool et la douceur tactile. Je me relâche peu à peu. Il souhaite me déshabiller, je préfèrerais garder mon haut. La broderie anglaise me protège, c’est un rempart certes bien mince et futile mais derrière lequel je me sens plus sereine. Et je ne veux pas me montrer nue. C’est trop d’intime, trop tôt, trop vite. La main se glisse sous le corsage, se fait caressante.
Sur le ventre, on ne verra pas ma nudité, dit-il… Il force mes défenses, mes résistances et me persuade de rester allongée. Il ôte le vêtement inutile qui se bloque autour de mon visage. Je suffoque l’espace d’un instant, avec le sentiment détestable de ne pas être à ma place. Il faut encore du vin et les mains sur ma peau pour m’apaiser. Il descend progressivement du dos aux fesses, glisse sur mon entrejambe qui s’humidifie. Je ne bronche pas, j’attends la suite.
J’attends dans ma voiture, absente de moi-même. J’essaie de ne penser à rien. Je me laisse envahir par la chaleur équinoxiale qui transperce les vitres et m’imbibe de cette douceur moite.
Celui que j’attends a déjà dix minutes de retard. Il avait prévenu mais je sens ma patience s’effilocher au rythmes des secondes. Il semble que le temps ait décidé de ralentir sa course, comme pour exacerber cet empressement mêlé de craintes. Je suis en sursis, abritée, dissimulée, retranchée. Et j’attends.
Un doute me taraude alors. Qu’est-ce que je fais là ? A quoi bon ce rendez-vous dans un hôtel discount d’une zone d’activité ? J’ai envie de partir en trombe, de quitter cet endroit. L’attente attise ma nervosité et ma peur. Anxieuse, et même effrayée. Je le suis, je dois bien me l’avouer. Pourquoi retrouver ici un inconnu et lui remettre mon corps ? La certitude qui encore hier me faisait l’appeler au téléphone, encore sûre de vouloir m’embarquer dans cette aventure, me délaisse aujourd’hui.
Son retard m’agace, je me sens fiévreuse. Je suis un peu malade. Je me mouche toutes les cinq secondes. Il fait chaud dans l’habitacle de la voiture et pourtant je frissonne, je grelotte. Je ne sais si je dois mettre ces signes sur le compte de l’anxiété ou du rhume qui m’a prise hier. Pas question d’annuler toutefois ! Si je n’y vais pas aujourd’hui, je n’aurai plus le courage. Se confronter à ses fantasmes n’est pas une mince affaire, et les confier à autrui encore plus inconfortable. Il a une voix calme, a l’air patient et à l’écoute de mon désir ; il me semblait pourtant qu’il saurait me guider et m’aider… Je ne suis plus sûre de rien à présent.
Je regarde mon reflet sage dans le rétroviseur. A peine maquillée, cheveux tirés en arrière, un visage un peu austère. N’était la broderie anglaise du corsage, qui apporte un peu de légèreté aérienne et de jeunesse à mes presque cinquante ans… Comme le temps a passé, si vite, marquant de sillons l’extrémité des paupières et de fils blanc ma chevelure ! Je m’absorbe en moi-même, ma vie, mon quotidien, les incertitudes, les petites paresses, les lâchetés, les peurs… C’est maintenant où jamais, en réalité.
Enfin, il arrive, cinq minutes de plus et je partais. Courageuse mais pas téméraire.
Je me sens intimidée comme rarement. Je sors. Je garde mes lunettes de soleil sur le nez, la luminosité solaire le permet et je me sens ainsi encore protégée. Mes jambes qui flageollent me porteront-elles ?