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Exposition aux Rencontres de la Velouse, derniers jours

Comme l’an passé, j’ai participé cette année avec trois photo-poèmes (budget oblige), encore visible quelques jours à Charly dans le Cher.

Voici les cinq propositions initialemes (dont les 3 photo-poèmes exposés) sur le thème général de l’agriculture, ici poèmes écrits sur des photos de vendange.

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Lancement et lectures de Radical(e) à l’EXC

Si quelques exemplaires étaient à disposition sur le stand de Radical(e) au marché de la poésie, notamment en version open art, le lancement du dernier numéro de Radical(e) est prévu pour le 21 septembre à la librairie EXC (Passage Molière, Paris 3ème). On vous donne rendez-vous à 19h00 avec les créatrices de la revue/tract poétique et les autrices pour des lectures de ce dernier numéro, (Radical)esse (où figurent 3 de mes poèmes et 3 photographies également) et du précédent (Radical)ine. Si vous êtes dans les parages, ce sera un plaisir de vous croiser.

atelier Tiers Livre·écriture·photo n&b·prose

Habiter

Il y a cet endroit qu’on habite maintenant, ce lieu familier, intime qui nous accueille dans notre entièreté, où l’on réside, où l’on vit, et tous ces autres par lesquels on est passé, qui nous ont vu grandir, nous transformer, être, vieillir. Qui peut dire où nous habiterons demain ?

On habite un endroit où l’on demeure, ça veut dire y rester un certain temps, y faire son nid. Peut-être un jour, un mois, un an ou dix. Peut-être même toute une vie au même endroit.

Ce qui s’habite s’habille, se nomme, s’installe dans notre vie, devient central, peut-être essentiel. On s’y installe, même de façon éphémère. Sinon on n’habite pas vraiment. On occupe un espace un moment, c’est tout. Pour habiter il faut se lier, se nouer avec un lieu.

On habite un appartement, une maison, une cabane, tiny house, ou encore une roulotte, une péniche, un camping car. Longtemps j’ai rêvé d’une demeure flottante, d’un espace mouvant à habiter, qui me déplacerait, me désaxerait, à mesure qu’elle se déplacerait elle-même. Une habitation mobile. Un mobil home.

On habite une ville, un village, une région, un pays, qu’on fait nôtre. On peut même habiter un bout de trottoir, un pont, une ruine, une clairière, si on y reste un peu. Peut-on habiter une route, un chemin, une rivière ? Y rester, y revenir comme un lieu avec lequel on tisse un lien, y laisser un peu de soi à retrouver la fois d’après.

Chacun rêve d’un toit à son image, qu’on peut habiter seul ou à plusieurs. J’habite un peu, beaucoup, passionnément avec toi toi et toi qui ne seront plus là demain, comment habiter alors, sans lui, lui, eux, elles ?

On habite bien ce qu’on aime, on s’ouvre, on écarte nos bras, tout l’espace qu’on habite peut être habité par d’autres qui viennent, s’en vont, vivent. On est soi-même habitation pour l’autre. Mon ventre a été habitation où durant quelques mois grandir, se nourrir, devenir.

On habite de ses yeux, de ses mains, on mesure l’empan de son habitation, ses ouvertures faites nôtres. On habite une aura, un esprit, celui d’un lieu, on habite son imaginaire, ses évocations, ses évolutions, on accompagne. On habite de phrases, de mots pour dire cet endroit qu’on habite.

Habiter, à comprendre comme avoir l’habitude d’un lieu, est-ce effet de syntaxe, habiter un lieu comme on habite le langage ?

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo n&b·poésie

Vue cyclopéenne

Ils vomissent des mots crus et noirs venus avant l’aube 
à défaut de leur creuser une tombe 

Ils vomissent des images vertes de rage arrachées à leur ventre 
à défaut de fouiller dans le sang de leurs veines 

Ils vomissent des pensées sans nom des idées blêmes et molles 
à défaut de les rougir de leur honte 

Ils vomissent les fleurs sans fards de leurs peurs cueillies le matin même 
à défaut d’herbes fraîches du courage 
qui refusent de pousser sous leurs pas 

Ils finiront bien par vomir le cœur nécessaire 
pour guider leurs pas sur les bonnes routes 
où ils vont claudiquant
ce caillou dans la chaussure 
qui les fera vomir aussi et ce sera 
comme perdre un orteil 
comme pourrir de l’intérieur 
comme parler sabir inconnu d’eux-mêmes

Ce sera métamorphose 
ce sera monstruosité sur figure humaine 
l’œil vomi au milieu du visage comme vue unique
cyclopéenne du monde

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écriture·hommage à·prose

Colette et Jean (double hommage)

Sidonie Gabrielle Colette et Jean Cocteau, c. 1950 (Archives Charmet)

J’adore la regarder regarder le monde depuis sa fenêtre qui donne sur les jardins du Palais-Royal, provinciale au cœur de la capitale, c’est tout un petit monde familier de proches et d’amis en contrebas. C’est elle qui le dit, le Palais-Royal est une toute petite ville de province dans Paris. Tout le monde s’y connaît et s’y parle. Paris de sa fenêtre prend une autre couleur, je trouve. Et ce n’est pas Jean Cocteau qui me contredira.

J’arrive au 9 rue de Beaujolais. J’y déjeune avec Colette et son cher Jean. Avec Jean et sa chère Colette. Nous y goûterons des plats simples et savoureux, de ceux qui ont leur préférence à tous deux. La mousse au jambon, aérienne, suave, un appareil à soufflé en réalité, c’est un mets d’une grande légèreté à base d’ingrédients à la portée de toutes les bourses. Et en dessert la fameuse flognarde des privations de la guerre, que Colette a popularisée auprès des femmes pour faire face aux pénuries. Il faut trois fois rien : farine, œuf, lait, pommes, un rien de sucre pour caraméliser cette grosse crêpe roborative mais irrésistible. Cette petite couche de sucre croustillante, nous en raffolons tous les trois. On est certes loin du Grand Véfour ou du menu Goncourt de chez Drouant, du homard de l’une et du turbot de l’autre, mais il y a un temps pour la haute gastronomie et un temps pour la cuisine paysanne. Souvenir d’enfance, recette de tresse chapardeuse – sa couleuvre de cheveux – au verger ou flânerie gourmande de vigneronne de la Treille-Muscate, le repas s’accompagne d’un bon vin, de Bourgogne bien sûr. Aujourd’hui Colette me baptise au Nuits-Saint-Georges, une première ! Tu penses, je n’ai pas les moyen de me payer un tel cru, moi. Mais elle connaît tellement de monde partout, et tant de bons vignerons. Jean ne se contentera d’eau minérale aujourd’hui, il ne laissera pas sa part au chat (de son amie). Plus tard dans la soirée, il nous préparera un cocktail au pifomètre, qu’il accompagnera d’un cigare, une esquisse au trait, un portrait minute de Colette à mes côtés pour nous immortaliser. Je me regarderai alors comme une autre elle, plus étroite, discrète, je tiendrais dans son mouchoir.

J’aimerais comme elle cultiver sa pugnacité, trouver le chic suprême du savoir-décliner. Arraisonner comme elle la souffrance et la vieillesse. Pour m’encourager, elle me dit que je ne dois pas perdre le goût de me parer, de me maquiller, c’est autre façon de résister. Tu sais, je n’ai pas encore rencontré une femme de cinquante ans qui fût découragée, ni une sexagénaire neurasthénique. Jean écoute d’une oreille distraite ces conseils féminins. Dilettante esthète entonne Satie du bout de ses lèvres fumeuses. J’aimerais n’avoir comme eux deux ni domaines interdits ni routes brouillées ni seuils effacés.

Perle Vallens

(écrit durant les 40 jours d’été 2024 du Tiers Livre de François Bon)

Non classé

La part fille de l’homme

Il se rêve des mains de pianiste
lestes (sans piano)
Il se rêve longue de jambes
espacées dans l’écartement chevalin
d’une montée à cru
Il choisit de remaquiller ses doigts
certains seulement ceux pour écrire un mot qui dure toute la vie (au moins toute la journée)
Le trait de liner pour délimiter les lisières entre lui et elle c’est fil à couper la part fille de l’homme
Le vernis à ongles se pose à cheval entre les genres
sans bavure
Le maquillage est une grammaire bilingue
pour traduire les visages
ll dit je et pense elle

A un moment l’homme abandonne la femme
qu’il est
sur une aire de délestage
Il fait venir chaque jour de nouvelles cellules pour recomposer sa peau
Il abuse des lotions capillaires et des vides sanitaires
Il se passe en vidéo pour vérifier son sexe
Il bombe le torse et ses épaules tombent un peu
Il ramasse ses identifiants
ce sac d’identités aux anses trop longues
ce qui glisse toujours un peu c’est le choix
fille ou garçon c’est cornélien c’est indifférencié parfois indécision rampante
le lierre du genre qui s’entortille au corps
Il est une géographie changeante
non contenue dans le paysage

Perle Vallens