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Perfect day

Just a perfect day s’espère, puis s’éconduit, se reconditionne dans son étui du lendemain, dans son recours au lendemain, ce mauvais esprit qui prône que c’est un autre jour. Ni meilleur ni pire, ou bien, quoi ? Ce qu’on prise est-ce aussi ce qu’on prie, ce qu’on capte dans le recueillement du regard, qui réussit à aplanir les aspérités, à modifier les perceptions.
L’intensité se caresse de loin, c’est un paysage estompé sur lequel on souffle en espérant secrètement qu’il se rapproche. L’élément narratif qui fait que l’on donne sa chance à la nuit.
On imagine une forme d’instabilité, et ça pencherait du bon côté de la balance, on se jouerait la scène, on limiterait la casse. On accepterait ce rôle tout compte fait taillé sur mesure. L’image colle à la peau. Faire semblant est une possibilité. Engager sa responsabilité nous vaut un selfie artificiel, ce reflet au miroir bien encadré entre le satisfecit salvateur et l’imaginaire secouriste. Mais adhésion à court terme dans l’attente d’autre chose, des potentialités du lendemain, l’étendue poreuse de l’aube depuis l’heure du désœuvrement.
J’attends que s’éventre ce lac de retenue à irrigation immédiate.
J’attends juste de me sortir de moi, me faire prendre l’air, me sauf-conduire jusqu’à demain.

Perle Vallens, 16 août

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rudbeckias

Je n’en finis pas de savoir, et pourquoi cette densité là m’éreinte, pourquoi s’apparente t elle à une perte ? Et pourquoi la mélancolie comme retour de bâton de la joie ? Celle là même qui je garde intacte, au chaud pour plus tard, ne pas la dilapider, la cacher, pourquoi ?
La pluie qui ne vient pas, qui ne vient rien gâcher, qui ne fera aucun dégât sur la tranquillité apparente, reste suspendue au bon vouloir du ciel, et se perd en nuages hauts, en conférence gesticulée sur l’art d’ombrer les fleurs, cette insuffisance solaire pour une fois bienvenue et cette solidité du cœur en écho avec celui des rudbeckias.
Passage à gué des guérisons lentes, montée des eaux d’un hier à hauteur de Seine, je me dis pas loin du fleuve, au moment où je coule un peu plus dans le jaune des pétales.

Perle Vallens, 14 août

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ciel de neige

Des chaleurs et des chaleurs se croisent et finissent par se multiplier jusqu’au ciel opaque de ce matin de nuit trop courte, d’histoire trop brève, de minutes ajoutées a d’anciennes minutes qu’on ne parvient pas à faire tenir debout. Ce blanc un peu sale oblitère (tu penses oubli-taire) les pensées. S’invite un vide salutaire, un démembrement durable quelques secondes et ca suffira pour cette première heure du matin. Cette lumière de neige qui se dit caniculaire. Je prends mes fakes sous le bras. Tout à l’heure sous les draps. Je les lave dans le fond d’une tasse de mauvais café. Une tasse sans aucune profondeur. Un défaut de fabrication de mes rêves sans doute.
Préférer la langueur et le silence du matin pour remettre les esprits en place, les sourires des fantômes s’ajustent parfaitement au vide du moment.

Perle Vallens, 13 août 8h00

photo-poème·poésie

velours vert

à la lumière de l’absence une seule vision
irréelle
visage en surimpression sur mes souvenirs
décalqué sur le velours d’un fauteuil vert
l’assise est apnée
la respiration vient de l’image
de l’apparition à venir
quel facteur d’ajustement de la rétine
ou de la mémoire franche
tranchée la découpe du corps
dans l’embrasure du regard la stature haute
en surplomb le sourire une vapeur
descendue sur mes épaules
une chaleur s’ajoute aux chaleurs
je joue toutes les variations
de l’humidité

Perle Vallens

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3 photo-poèmes aux Rencontres estivales de la Velouse

Comme l’an passé, je participe avec plaisir aux Rencontres estivales de la Velouse, qui expose 3 photo-poèmes du 15 août au 15 septembre 2024, aux côtés d’autres artistes. Seront également à écouter dans la plus petite maison de poésie, des poèmes sonores. Bon festival à ceux qui seront du côté de Charly dans le Cher !

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j’histrionne

j’histrionne
chaque séisme pourrait être une danse
chaque blessure une caresse
dans le périmètre restreint de mes amours
je dresse chaque membre de mon corps à l’attaque
c’est un système fiable d’autodéfense
quand bien même encore trop faible
une définition de la violence donnerait plus de place à celle de la tendresse mais tout se floute
tout défile à une vitesse folle entre la mélancolie et le désir et la frontière entre les deux disparaît
j’en viendrais à confondre les deux axes de ma polarité
totale confusion de la peau qui se laisse frôler
yeux agonisant de doute devant autres visages
j’horizontale jusqu’à l’immobilité
transie dans mes braises et bouche en exil
Perle Vallens

(poème-minute – ouigo – 8/8/2024)

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Les nuits m’allongent

les nuits m’allongent 
depuis un temps moins sage qu’il n’y paraît
jambes sans drap leurs dérapages
dans les chaleurs

j’allonge mes nuits exprès sans trouver le sommeil
chambres nues d’une nudité électrique
l’étreinte atteint son point culminant
l’arc de l’orage me traverse sans m’éteindre

Allongée dans mes nuits d’insomnies
la pluie tire du rêve son principal atout
mouillée dans l’éveil d’un ventre
qui engloutit jusqu’à la nuit-même

sache quand les nuits s’allongent
qu’une vivacité me fait me sentir vivante
quand elles raccourcissent reste l’été
au fond des veines son avant-goût d’automne

Perle Vallens

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Ocre

Horizon ocre rougeoyant, ocre de lave sous les pieds, ocre perlé de sueur, ocre cassant de fémur, ocre bien ou mal manipulé, ocre vertébral. Descente horizontale. Une seule ligne, n’en choisir qu’une seule, la tenir. Prise la ligne pour seul horizon. Creuser. La foulée décisive, un cran plus loin. Cri du souffle, se perpétue dans l’ocre rouge de la piste. Persistance du cri dans les tendons, loin la tessiture dans les fibres, le feu de la foulée. Ocre le cri. Ocre morsure de la piste. L’à peu près musculaire. Crissement de la chaussure en dérapage, déplier, déployer à hauteur d’épaule, délester la fatigue, la faire glisser. La faire ramper dessous. Arpenter plus longues distances sans crainte de l’ocre. L’enjambement, la jointure. Il faut savoir sauter. Se dessine un essaim dans l’air. Un essaim de poussière qui se respire aux pieds. Le tracé comme l’empreinte. Sur la piste se dessine une prière. Égrener rosaire sableux, ses graines d’ocre. Graines de fièvre où pousse la passion et les médailles. L’œil boit son ocre et rêve, aplanit l’obstacle. L’œil erre et respire. Air d’ocre, opaque, qui claque les poumons comme une voile. Vent accélérateur de particules d’ocre. Dans l’air, l’odeur des victoires. Alentours de carrières de verdure. Visages de pierre. L’ocre aussi sait sourire.

Perle Vallens

Ecrit durant « l’anthologie d’été-40 jours » du tiers livre, sur consignes d’écriture proposées par François Bon