Mise en voix de deux poèmes parus dans l’anthologie Du corps du poète au corps poétique, celui de Dorothée Coll et le mien. Il a également été publié ce début d’été sur la chaîne youtube de Marilyne Bertoncini qui est à l’origine de l’anthologie. Bonne écoute !
Ruine
Sur une proposition de Marilyne Bertoncini pour Embarquement poétique sur le thème Runes et Ruines, voici un poème ainsi qu’une photographie illustrant les ruines de l’esprit quand il vacille sous le coup de la vieillesse, des dégénérescences, des maladies comme celle d’Alzheimer…



Recension de peggy m.
Exposition aux Rencontres de la Velouse, derniers jours
Comme l’an passé, j’ai participé cette année avec trois photo-poèmes (budget oblige), encore visible quelques jours à Charly dans le Cher.
Voici les cinq propositions initialemes (dont les 3 photo-poèmes exposés) sur le thème général de l’agriculture, ici poèmes écrits sur des photos de vendange.

Caviardage inversé SAS 37&38


Lancement et lectures de Radical(e) à l’EXC


Si quelques exemplaires étaient à disposition sur le stand de Radical(e) au marché de la poésie, notamment en version open art, le lancement du dernier numéro de Radical(e) est prévu pour le 21 septembre à la librairie EXC (Passage Molière, Paris 3ème). On vous donne rendez-vous à 19h00 avec les créatrices de la revue/tract poétique et les autrices pour des lectures de ce dernier numéro, (Radical)esse (où figurent 3 de mes poèmes et 3 photographies également) et du précédent (Radical)ine. Si vous êtes dans les parages, ce sera un plaisir de vous croiser.

Ciné-poèmes, le retour : la route brille
L’été a marqué une pause dans les ciné-poèmes mais les revoici, sans doute plus espacés. Le ciné-poème 51 sur un extrait de close-up d’Abbas Kiarostami s’intitule La route brille. Bon visionnage !
Habiter

Il y a cet endroit qu’on habite maintenant, ce lieu familier, intime qui nous accueille dans notre entièreté, où l’on réside, où l’on vit, et tous ces autres par lesquels on est passé, qui nous ont vu grandir, nous transformer, être, vieillir. Qui peut dire où nous habiterons demain ?
On habite un endroit où l’on demeure, ça veut dire y rester un certain temps, y faire son nid. Peut-être un jour, un mois, un an ou dix. Peut-être même toute une vie au même endroit.
Ce qui s’habite s’habille, se nomme, s’installe dans notre vie, devient central, peut-être essentiel. On s’y installe, même de façon éphémère. Sinon on n’habite pas vraiment. On occupe un espace un moment, c’est tout. Pour habiter il faut se lier, se nouer avec un lieu.
On habite un appartement, une maison, une cabane, tiny house, ou encore une roulotte, une péniche, un camping car. Longtemps j’ai rêvé d’une demeure flottante, d’un espace mouvant à habiter, qui me déplacerait, me désaxerait, à mesure qu’elle se déplacerait elle-même. Une habitation mobile. Un mobil home.
On habite une ville, un village, une région, un pays, qu’on fait nôtre. On peut même habiter un bout de trottoir, un pont, une ruine, une clairière, si on y reste un peu. Peut-on habiter une route, un chemin, une rivière ? Y rester, y revenir comme un lieu avec lequel on tisse un lien, y laisser un peu de soi à retrouver la fois d’après.
Chacun rêve d’un toit à son image, qu’on peut habiter seul ou à plusieurs. J’habite un peu, beaucoup, passionnément avec toi toi et toi qui ne seront plus là demain, comment habiter alors, sans lui, lui, eux, elles ?
On habite bien ce qu’on aime, on s’ouvre, on écarte nos bras, tout l’espace qu’on habite peut être habité par d’autres qui viennent, s’en vont, vivent. On est soi-même habitation pour l’autre. Mon ventre a été habitation où durant quelques mois grandir, se nourrir, devenir.
On habite de ses yeux, de ses mains, on mesure l’empan de son habitation, ses ouvertures faites nôtres. On habite une aura, un esprit, celui d’un lieu, on habite son imaginaire, ses évocations, ses évolutions, on accompagne. On habite de phrases, de mots pour dire cet endroit qu’on habite.
Habiter, à comprendre comme avoir l’habitude d’un lieu, est-ce effet de syntaxe, habiter un lieu comme on habite le langage ?
Perle Vallens
Vue cyclopéenne

Ils vomissent des mots crus et noirs venus avant l’aube
à défaut de leur creuser une tombe
Ils vomissent des images vertes de rage arrachées à leur ventre
à défaut de fouiller dans le sang de leurs veines
Ils vomissent des pensées sans nom des idées blêmes et molles
à défaut de les rougir de leur honte
Ils vomissent les fleurs sans fards de leurs peurs cueillies le matin même
à défaut d’herbes fraîches du courage
qui refusent de pousser sous leurs pas
Ils finiront bien par vomir le cœur nécessaire
pour guider leurs pas sur les bonnes routes
où ils vont claudiquant
ce caillou dans la chaussure
qui les fera vomir aussi et ce sera
comme perdre un orteil
comme pourrir de l’intérieur
comme parler sabir inconnu d’eux-mêmes
Ce sera métamorphose
ce sera monstruosité sur figure humaine
l’œil vomi au milieu du visage comme vue unique
cyclopéenne du monde
Perle Vallens
Colette et Jean (double hommage)

J’adore la regarder regarder le monde depuis sa fenêtre qui donne sur les jardins du Palais-Royal, provinciale au cœur de la capitale, c’est tout un petit monde familier de proches et d’amis en contrebas. C’est elle qui le dit, le Palais-Royal est une toute petite ville de province dans Paris. Tout le monde s’y connaît et s’y parle. Paris de sa fenêtre prend une autre couleur, je trouve. Et ce n’est pas Jean Cocteau qui me contredira.
J’arrive au 9 rue de Beaujolais. J’y déjeune avec Colette et son cher Jean. Avec Jean et sa chère Colette. Nous y goûterons des plats simples et savoureux, de ceux qui ont leur préférence à tous deux. La mousse au jambon, aérienne, suave, un appareil à soufflé en réalité, c’est un mets d’une grande légèreté à base d’ingrédients à la portée de toutes les bourses. Et en dessert la fameuse flognarde des privations de la guerre, que Colette a popularisée auprès des femmes pour faire face aux pénuries. Il faut trois fois rien : farine, œuf, lait, pommes, un rien de sucre pour caraméliser cette grosse crêpe roborative mais irrésistible. Cette petite couche de sucre croustillante, nous en raffolons tous les trois. On est certes loin du Grand Véfour ou du menu Goncourt de chez Drouant, du homard de l’une et du turbot de l’autre, mais il y a un temps pour la haute gastronomie et un temps pour la cuisine paysanne. Souvenir d’enfance, recette de tresse chapardeuse – sa couleuvre de cheveux – au verger ou flânerie gourmande de vigneronne de la Treille-Muscate, le repas s’accompagne d’un bon vin, de Bourgogne bien sûr. Aujourd’hui Colette me baptise au Nuits-Saint-Georges, une première ! Tu penses, je n’ai pas les moyen de me payer un tel cru, moi. Mais elle connaît tellement de monde partout, et tant de bons vignerons. Jean ne se contentera d’eau minérale aujourd’hui, il ne laissera pas sa part au chat (de son amie). Plus tard dans la soirée, il nous préparera un cocktail au pifomètre, qu’il accompagnera d’un cigare, une esquisse au trait, un portrait minute de Colette à mes côtés pour nous immortaliser. Je me regarderai alors comme une autre elle, plus étroite, discrète, je tiendrais dans son mouchoir.
J’aimerais comme elle cultiver sa pugnacité, trouver le chic suprême du savoir-décliner. Arraisonner comme elle la souffrance et la vieillesse. Pour m’encourager, elle me dit que je ne dois pas perdre le goût de me parer, de me maquiller, c’est autre façon de résister. Tu sais, je n’ai pas encore rencontré une femme de cinquante ans qui fût découragée, ni une sexagénaire neurasthénique. Jean écoute d’une oreille distraite ces conseils féminins. Dilettante esthète entonne Satie du bout de ses lèvres fumeuses. J’aimerais n’avoir comme eux deux ni domaines interdits ni routes brouillées ni seuils effacés.
Perle Vallens
(écrit durant les 40 jours d’été 2024 du Tiers Livre de François Bon)



