nos vies brèves respirées dans le sens du poil l’odeur de pierre au cœur la carcasse prise au ruisseau à faire corps au vent (sens-tu ce tressaillement) pente violente de la vie où nous accourrons tous tête baissée de bétail buvant nos poussières nous abreuvant de nos morsures nos coups durs encornés nous encornant l’œil arrondi de lumière ne sait pas d’où surgira la caresse Perle Vallens
Pour ce nouveau ciné-poème, je vous emmène dans l’univers particulier d’un cinéaste grec,Yórgos Lánthimos, avec un extrait du film Canine. Ici, la violence n’est que suggérée mais elle agrippe. Par contraste, le ciné-poème s’intitule la caresse du monde.
il a fallu se réveiller plus tôt pour s’érafler les joues dans l’air tiède dans une semaine nous aurons passé mars et il sera toujours trop tard le soir pour établir une vraie concordance des temps à l’heure du coucher nous marcherons dans des rêves d’été plus vrais que nature peut-être que nous laisserons tomber nos corps par la fenêtre pour voir s’il rebondissent comme les chats nous attendrons la neuvième vie sur nos pattes pour voir si le matelas urbain amortit bien la dernière chute nous attendrons de voir si la fin de l’histoire possède le goût d’une promesse d’infini Perle Vallens
le paysage commence à fondre dès qu’on nous dit que le printemps arrive les champs se remplissent on dirait des lacs que le soleil fait briller à l’heure la moins propice au dessèchement on dirait des vagues que l’offshore creuse à cœur la mer qu’il laboure de ses rayons avant de retomber à plat noir de terre à la minute la plus froide de l’hiver Perle Vallens
La journée commencerait comme ça, par une pièce aux murs blancs et suintants, dans les flaques noires, leur reflet de café froid, le flottement nauséeux d’une gueule de bois, cette persistance floue et ces haut-le-coeur. Dans une remontée tout l’alcool régurgité en même temps que les rares souvenirs de la veille. Ce gars au regard incessant. Pressant plus que nécessaire. Insistant. La journée entière pourrait se passer dans ce regard là et dans son vomissement. Elle se passerait dans l’image de l’image, dans l’oeil qui cherche l’indice dans la bouche qui tente de prononcer mais reste muette. Interdite de séjour la langue dans l’interrogation, dans l’incertain soupçon, dans l’espace de l’instant. Le jour se délite à répétition, se distend et c’est toujours la même minute, le breuvage et le sourire torve du type au bord des lèvres. Le nom est effacé, pas l’impression de déjà vu, de réitération. Le temps tout entier absorbé dans cette parcelle d’hier qui empêche aujourd’hui d’être pleinement. Tout est machinal, tout est machination pour t’enfermer dans ce dégoût de l’autre et de toi-même. Le premier pas suivi d’un deuxième et tout s’enchaîne pourtant, après ce café, la douche au grand de crin t’ôter tous les grains de ta peau. La salissure frottée. Dépecée. Il faudrait une mue. Les vêtements encore trop près de ton corps mais pas suffisamment couvrant. Tu penses catsuit, cagoulée, invisible. Tu longes les murs, disparaît dans leurs anfractuosités. Tout le monde te regarde marcher, traînant ta honte et ton effroi. Tout ce que contient le tram te terrasse d’un trait. Biffée et surlignée en même temps. Tu voudrais être page blanche. Vierge. Leurs yeux sont crachats. Tu ne peux te cacher nulle part. La faille sous tes pieds n’est pas assez large. Estomac noué, cerveau encombré d’images fixes, acouphènes, frissons. Tu as tous les symptômes d’une journée de merde dont les heures comptent triple, dont le soir s’éloigne à mesure qu’elle passe. Tu attends la nuit. Le noir complet. Pour y disparaître aux yeux du monde. Perle Vallens
C’est Wim Wenders qui s’invite cette fois, sur un extrait de Paris-Texas (qui sort cette année en copie restaurée), le tout début du film pour être précise. Ce treizième ciné-poème, qui s’intitule Assoiffés, ne vous portera pas malheur, promis !