à la rame (comme on dit à la ramasse) elle décompte les vagues les vœux anciens elle les jette à la baille
un calcul en vaut un autre pour jeter certaines minutes elle bleuit le chemin de sa paume leste où se perdent des doigts inutiles
à la perte elle court sans souffle elle ne tient pas la distance l’espacement décidément trop grand pour ses bras
persiste dans sa quête elle émet des prophéties des pré-supposés décisifs mais décidément faux elle se nourrit de mirages qui lui semblent préférables à un réel trop nauséeux
c’est planter le fake dans son jardin inculte ne pousse que la déception sur sa friche fragile semée de prétextes
hantée par le visage d’un autre l’étrangeté d’un regard qui ne voit plus elle vit à l’aveugle Perle Vallens
Pelage fauve ou miel, que dit-on pour les chats ? Poussiéreux d’avoir voyagé. Ses territoires étendus, dangereux, d’où le risque n’est jamais absent, il porte clochette et s’en va chaque jour, qu’on dirait journey. C’est le chat de la voisine, l’arpenteur, fureteur de nouveaux sentiers, de chemins inconnues.
Que disent ses yeux oblongs, jaunes que je ne sache déjà ? Où vas-tu, chat, quand tu traverses la route ? Combien de kilomètres à pattes ? Combien d’arbres escaladés ? Vas-tu jusqu’au premier village voisin ? Jusqu’au massif ?
Il me dirait qu’il musarde dans ses pérégrinations, qu’il suit des yeux un papillon, une abeille. Il me dirait qu’il secoue ses coussinets posés dans une terre trop humide. Il y laissera ses empreintes que personne hormis l’enfant curieux repérera en pisteur. Il me conterait les acrobaties, le passage du muret, les sauts en souplesse pour atteindre le trottoir, l’œil aux aguets avant de traverser, tu vois, il ne s’est pas fait écraser. Il a passé le parapet, le petit pont, les pierres pointues. Il a suivi le fossé, reniflé les premiers pissenlits. Il a joué avec les aigrette. Il a éternué.
Jusqu’où es-tu allé aujourd’hui ?
Il parle sa propre langue qui dit qu’il a suivi un compère jusqu’à S. et que ça fait une trotte. Il a coursé des corbeaux, pleine volée de plein champs. Mieux que les chiens des fermes qui sont enfermés derrière les barrières. Il signale un changement notable à l’entrée de cet autre village. Les hommes retournent la terre du rond-point et ça sent le frais jusque dans ses moustaches. Il frétille du printemps annoncé et c’est la promesse de plus longues virées à travers la campagne.
Il se purge au passage d’herbes fraîches et lape un peu dans une flaque d’eau. Il pénètre dans le cimetière, il aime bien de temps en temps, c’est calme, ensoleillé, il se frotte aux tombes toutes gorgées de lumière. Il longe les rangées d’amandiers et se laisse submerger, pluie de pétales sur ses flancs battus par le vent.
Demain, il ira peut-être du côté de M., va savoir.
Dans le cadre du Printemps des Poètes, la bibliothèque Cézanne d’Aix en Provence organise une semaine d’événements : lecture (notamment itinérante avec zebus), concours de poésie, contes, apéro-poésie… avec les locaux, scolaires, publics de la bibliothèque. J’aurais la joie de participer à une journée de rencontres le 23 mars 2023. Au programme, lectures et atelier d’écriture sur le thème Frontières.
Poésie sans frontière 23 mars de 9h à 12h – Bibliothèque Cézanne Rencontre avec les poètes Perle Vallens et Jean-Luc Irondelle avec deux classes du Collège de Saint Eutrope. Deux types de poésie pour un seul thème : Frontières.
Café gourmand et poésie 23 mars de 14h à 16h – Bibliothèque Cézanne Deux poétesses Perle Vallens et Junie Lavy vont venir à la rencontre d’un public féminin appelé à devenir autrices le temps d’un café gourmand.
Ma peau est un des deux textes écrits en atelier/visio avec Mater poésie (créé par Hortense Raynal), le dernier épisode en compagnie de Miel Pagès. Il a donné naissance à un vidéo-poème diffusé sur la chaîne youtube Perle Vallens (engendrant de fait une programmation décalée du prochain ciné-poème). Voici donc ma peau, texte slamé et montage vidéo :
empowerment ma sœur ce n’est pas un gros mot c’est une question de force pour soulever le monde de nos ventres et de nos vœux de nos volontés faites femmes de nos bouches émancipées d’où sortent sans complexe autant de cris de colère que d’excitation nous ne sommes pas poupées dégonflées ou silencieuses nous ne sommes pas figurines d’apparat juste bonnes pour une parité fictive nous ne sommes pas déracinées ni tombées de nos arbres brandissons nos généalogies comme arme de pointe nos batailles de mère en fille sans destruction massive mais regards pointés sur l’horizon empowerment ma sœur c’est avoir le choix et l’égalité sans masculin pesant sur notre dos Perle Vallens
Journée des droits de la femme ? Encore et toujours se battre pour conserver ses acquis, surtout pour prévenir les reculs qui se font parfois sentir.L’empowerment se dit avec poésie (clin d’oeil à Miel Pagès inside)…
Rendez-vous le mardi 14 mars à 15h00 pour des lectures poétiques au parc Gasparin à Orange (Vaucluse) que j’ai le plaisir de marrainer. L’événement est organisé à l’occasion du Printemps des Poètes par l’association Orange Passion Livre en partenariat avec la librairie Orange bleue, avec les lycéens du Lycée Aristide Briand et les membres du Café Littéraire d’Orange. J’y lirai des textes dont des inédits, sur le thème Frontières, ainsi que des extraits de ceux qui m’aiment.
Il y a cette menace cette peur celte que le ciel nous tombe sur la tête qu’une météorite ou un astéroïde nous heurte que son unique satellite s’écrase qu’un jour la Lune puisse avoir un sérieux rendez-vous avec la Terre
On se raconte des histoires intergénérationnelles de force gravitationnelle – infra et supra – des histoires d’exoplanète d’orbites désaxées d’expériences cinétiques de poussées d’accélérations centripètes contrariées de risques d’effondrement voire d’explosion de disparition totale
On se raconte pour se faire peur et pour se rassurer en même temps puisque rien n’arrive jamais vraiment
A l’invitation de Adeline Miremont-Giustiniani, j’ai assisté à son atelier sur le thème de l’Autre, à l’occasion du Printemps des Poètes 2023 – Frontières. Elle s’est appuyée sur divers textes ainsi que sur des encres de Marc Laot, actuellement visibles à Cherbourg (jusqu’au 12 mars). NB Adeline Miermont-Giustinati a fondé une association pour promouvoir la poésie dans tout le Cotentin. La Péninsule propose des lectures, des rencontres et des ateliers d’écriture. Un soutien pour un soutien à la poésie…
Je mets ton visage dans le mien J’en fais le tour et c’est comme t’entourer entièrement comme cerner de près comme encercler ton sourire dans le mien comme me laisser bercer dans son contour Je mets ton œil dans mon œil et c’est tout ton visage qui déborde qui s’invite sur mes lèvres Ton visage me dit quelque chose de ta vie de ton pays me dit une façon différente d’être toi d’être moi Ton visage comme une caresse restreint l’espace se fait miroir où je me regarde comme je te regarde Ton visage se reflète se définit comme semblable comme fraternel comme fruit d’un souffle commun cet air qui circule entre nous que nous buvons tous deux que nous partageons Ton visage ne se refuse pas il s’offre il s’élance et n’a d’assaut que sa transparence que sa force tranquille et sa quiétude Je reçois ton visage comme un cadeau
…
L’autre : celui d’ici ou d’ailleurs, celui qui vient de loin ou de tout près, celui qui a fait un long voyage ou qui a seulement traversé la rue, celui dont je croise le pas ou le regard
L’autre : celui avec qui je partage plus que je ne saurais dire, celui qui me frôle ou qui me touche, celui qui me suit ou me précède, celui qui ne s’enfuit pas, celui que je regarde sans doute ni peur, celui que je prends dans mes bras
L’autre : celui qui ne sait pas qui je suis, dont je ne sais pas qui il est, celui que j’observe de loin, celui qui s’arrête au bord de ma route, celui qui emprunte la même voie que moi, celui qui m’accompagne une heure, un jour, un mois une vie
…
Tu as dans le regard un feu qui ne s’est pas encore éteint il reste un frémissement d’après la brûlure d’après l’intense brasier d’après les douleurs
Tu as dans le sourire la force de toutes les femmes, la patience et la sérénité, la perception de ce qui doit être et de ce qui sera
Tu as dans le menton cet air calme de monument, cette pliure d’avoir été mère et l’apparence tranquille, décidé d’une existence qui a chanté autant qu’elle a pleuré
Tu as dans l’ovale de ton visage, la sculpture de tous tes instants de vie, l’équilibre entre les racines profondes et la fleur décidée à s’ouvrir encore
Tu as l’aura et la grandeur qui dépassent les statures, qui transperce et terrasse l’adversité
Car tu as traversé tous les âges de la vie et tu es toujours là