atelier Laura Vazquez·écriture·poésie

Noir, sang et or

Ça commence par une chair noire, dense
une pâte arrachée au tableau
infiltre (distillée – insidieuse)
nos visages

C’est de l’épaisseur des ombres que surgit
la couleur
elle nous envahit nous gifle de sa force
de son éclat qui affleure
elle nous perce

Le rouge est un magma
une gueule béante
un concentré de feu
une substance grasse qui déborde de la toile
vibre dans l’œil noyé

La marée nous submerge
nous carmine et nous creuse
son velours nous caresse
sa violence nous terrasse

De sang et d’or l’opulence gonfle
comme une gorge de femme
la brûlure irradie vive
elle nous mord au cœur
Perle Vallens

La mort de Sardanapale – Eugène Delacroix (Le Louvre)
atelier Tiers Livre·écriture·photo n&b·poésie

Chiennerie

tendon froissé de vieil élastique – tiraillé se travaille en longueur surtout pas en force – s’exercer à la souplesse là où le muscle cesse – ne sait comment tout ça reprend sa forme initiale – comment se reconstitue le puzzle – comment parle le squelette – onomatopées ou rugissements – osselets se jouent de l’esprit – là où nerf tendus à l’extrême – où la douleur où le plaisir quand l’un chasse l’autre – si la morsure de la peau – la laisse lâche sur la chair – chiennerie le corps 
Perle Vallens

poésie·prose

Froid (bis)

J’ai beau faire, j’ai beau enfiler des fibres bien épaisses, fil de mohair ou de velours, rien ne réchauffe mon cuir trop fin. J’ai beau me couvrir de couches de tissus, de trucs molletonnés, de machins synthétiques, d’amoncellements de cellulose, polyester, acétate ou viscose, je reste frigorifiée. Gelée jusqu’à l’échine. Glacée à l’intérieur, bercée par un glas assassin. Percée d’un courant d’air sous la peau, une trouée dans les veines, que ni soie ni laine n’apaisent. Ton absence déchire tous mes vêtements, y laisse un grand trou noir. Eviscérée, je me consume hors toi, abandonnée par contumace. Je me suis brisée aux blocs de givre qui s’entassent à mesure que j’empile les épaisseurs denses, contisées d’ecchymoses, de lassitude, écrasée par un désert vide, sans horizon. Je ne suis qu’une petite chose à l’épiderme trop lisse, au souffle trop court, à l’estomac trop noué pour survivre à la faim (de toi). Je brûle encore mais dans ma banquise, mon igloo intérieur, je meurs de froid.
Perle Vallens

(publication d’un déjà vieux texte)

Actualité·épistolaire·collectif·Erotisme·La Musardine·Nouvelle·recueil

Osez 20 histoires : le Noël de tous les plaisirs

Parution du dernier-né de la collection Osez 20 histoires de La Musardine, consacré aux plaisirs de saison, intitulé Le Noël de tous les plaisirs. Au programme des réjouissances, en amont, une lettre au Père Noël (au risque de faire rougir ce dernier). A ne pas mettre entre toutes les mains !

atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·prose

Pendant que

Pendant que les bruits extérieurs crèvent le silence d’un petit matin assourdi, mon cerveau bouche exprès mes oreilles | Pendant que je me tais, les mots tentent une sortie (en force) | Pendant que je brouillonne, les mots m’appellent, ils s’imposent et composent sans moi. Ils prennent leur indépendance | Pendant qu’elles s’obligent, je goûte ma liberté | Pendant que la vie mijote (sans couvercle dessus), quelque chose quelque part brûle | Pendant qu’une ombre disparaît, le soleil en profite pour en faire naître une autre.
Perle Vallens