Je me défends bien aux interrogatoires programmés Je me défile à trois doigts près Je défie quiconque au concours interactif de baiser Tu me dis que tu ne t’appelles pas quiconque mais tu es pourtant bien celui qui opère par voie de sevrage à cœur ouvert rien d’impossible Perle Vallens
Ma peau nue trône à terre règne sur chaque millimètre en contact l’influx et le feu remontent par les pores par les heures d’incendie converties en secondes d’embrasement
Ma peau couve sous la mue sa lave neuve sa dévoration d’haleines haletantes et de désirs fleuves de tous les âges elle porte sa crue en couronne
Ma peau nue se moque du carrelage lisse des tommettes froides de la moquette rêche du lino sale des sols cirés des enduits suintants de boues noires
Ma peau nue se vante d’être à sa place sur tout type de revêtement Pourvu qu’y floque l’ombre portée de ton corps Pourvu qu’y éclate la prochaine explosion de ton prochain baiser
La lumière casse au milieu du jour nerf rompu dans l’ombre ce grondement au bord du chemin pris d’une fébrilité orageuse dans la mêlée marque l’autre côté du monde Perle Vallens
Si tu restes tu assistes à la fonte d’une femme une neige fraîche d’été au bout des ongles un seul effleurement suffit pour excuser l’indéfendable j’enterre les défauts à main nue dans le creux des chairs si tu me pêches à la ligne (fine mouche je me cache derrière les rochers des mots) tu arraches la victoire tu gagnes mes rives de haute lutte tu peux trouver en un geste de parade amoureuse le bouton on-off la fosse aux ours si tu ouvres assez grand les bras et la bouche Perle Vallens
Trop de doigts pas assez de paume Trop de dents pas assez de bouche par où passe le sens le sentiment dans l’heure écoulée Trop d’espaces grands ouverts où court la perte l’os de l’absence rongé aux acides la salive d’un vieux chien Trop de morceaux de vie ne formant aucun paysage aucune géographie ne tient au corps Ventre flou mangé d’un fumigène ou d’un refus effet non rétroactif de la lumière Rien ne diffracte au milieu du visage Perle Vallens
le temps passé seule à renforcer le muscle du désir la fabrique des histoires qu’on s’invente à l’inspire on bloque la respiration on expulse un reste de libido qui s’évapore dans l’air dans l’ordre des choses dans l’agencement de quelle hypothétique sagesse ce mur hissé trop haut pour le franchir tant de briques qu’on rêve d’abattre à nos jeux de chamboule-moi qui me tenait lieu de drogue chavirée chancelante (ne lâche pas ma main) j’écris en écho au mythe du premier baiser Perle Vallens