
Caviar 74

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


La lumière casse au milieu du jour
nerf rompu dans l’ombre
ce grondement au bord du chemin
pris d’une fébrilité orageuse
dans la mêlée marque
l’autre côté du monde
Perle Vallens

Si tu restes tu assistes à la fonte d’une femme
une neige fraîche d’été au bout des ongles
un seul effleurement suffit pour excuser l’indéfendable
j’enterre les défauts à main nue
dans le creux des chairs
si tu me pêches à la ligne
(fine mouche je me cache
derrière les rochers des mots)
tu arraches la victoire
tu gagnes mes rives de haute lutte
tu peux trouver en un geste de parade amoureuse
le bouton on-off
la fosse aux ours si tu ouvres assez grand
les bras et la bouche
Perle Vallens

Trop de doigts pas assez de paume
Trop de dents pas assez de bouche
par où passe le sens le sentiment dans l’heure
écoulée
Trop d’espaces grands ouverts où court la perte
l’os de l’absence rongé aux acides
la salive d’un vieux chien
Trop de morceaux de vie ne formant
aucun paysage
aucune géographie ne tient au corps
Ventre flou mangé d’un fumigène
ou d’un refus
effet non rétroactif de la lumière
Rien ne diffracte au milieu du visage
Perle Vallens


Suite à ma résidence d’écriture à La laune, chez les Avocats du Diable / Editions au diable vauvert au titre de lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 (dont j’ai écrit chaque jour mes ressentis sous forme de journal), une interview a été réalisée par Philippe Beranger, sur mon expérience d’écriture et d’autres sujets artistiques qui me tiennent à coeur.
Elle est diffusée en 5 volets sur la page facebook des Avocats du Diable Résidence d’écriture.

le temps passé
seule
à renforcer le muscle du désir
la fabrique des histoires qu’on s’invente
à l’inspire on bloque la respiration
on expulse un reste de libido qui
s’évapore dans l’air dans l’ordre des choses
dans l’agencement de quelle hypothétique sagesse
ce mur hissé trop haut pour le franchir
tant de briques qu’on rêve d’abattre
à nos jeux de chamboule-moi
qui me tenait lieu de drogue
chavirée chancelante
(ne lâche pas ma main)
j’écris en écho au mythe
du premier baiser
Perle Vallens



J’ai vécu cette nuit là à trouer les morceaux de ciel de mes doigts
J’ai traversé en long en large les espaces confinés
le passage de mes rêves jusqu’au visage
désiré jusqu’à vouloir ses lèvres
Je suis allée aux mots
je suis allée au ventre
J’ai mis de l’eau dans le vin de mes rêves
Je les ai dissous à force de rêver
Il sont revenus pierres dans le ressac du jour
Ils reviennent toujours là où je suis
quelque part entre hier et aujourd’hui
Ils reviennent vainqueurs entre les grands fonds
et la grève où roulent les vagues qui m’éloignent
entre cette trêve du cœur et l’assaut du sexe
entre les aboiements des mains et le calme revenu
soudain dans les veines
le vacillement me surprend encore entre l’œil et l’oreille
me prend la chair au dépourvu m’empoigne toujours
davantage dès que je me laisse aller au carnage
je me laisser aller au désir
exilée volontaire entre lui et cet en-dehors
qui me déchire
©Perle Vallens
d’après consigne de Lorena Bur/Mater Atelier