écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie

Je t’écris

Je pense à toi vivante encore dans l’espace                décent
dans l’innocence                   d’une chambre d’enfant
aujourd’hui désertée

Je pense au feu qui nous a uni                    le jeu et les joies
(avant nos gémissements et nos cris)

Je pense à toi ma sœur                       je respire                   dans ton souffle
éteint je reprise ton corps           déchiré                              je compte
tes cicatrices

Je pense à toi autant que tu as souffert entre leurs mains
J’ai souffert aussi                           (plus ou moins que toi, qui peut le dire)

Je t’écris de cette plage tombale                       où je trie                        les grains
de sable                                              un à un
comme une ivraie sans fin
la mort est ivresse pour qui boit                        son lait amer

Je t’écris de là où je suis tombée                        un trou noir
enterrée vive                             un purgatoire

Je t’écris là où je n’ai plus peur où je n’ai            plus ni reproche               ni regret
J’ai attendu longtemps pour renaître                                 et t’écrire
pour ce paradoxal chant            expiatoire
j’exhorte           je m’évertue           je me délie (la langue)            je me fais polyglotte
        pour toucher ton ciel
                     pour te consoler

J’aimerais que tu renaisses à ton tour pour que tu                        m’entendes
mais de là où je t’écris je n’espère           nulle réponse          de ta part

         Je t’écris d’une voix soluble dans l’espace
                         Je t’écris d’un corps qui n’est pas le mien
©Perle Vallens

d’après consigne de Ada Mondès/Mater Atelier

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Résidence d’écriture, sixième jour

Ce qu’on tisse ici de quotidien, d’aléatoires sauf-conduits, de faiblesse sous des forces éphémères, ce qu’on tresse de mots nourris de peu et beaucoup à la fois, ce qui nous déborde, qu’on lave à grande eau, qu’on lessive qu’on essore de nos propres mains, sales penses-tu (on est toujours le salaud d’un autre), tout cela perce en transparence entre les murs du studio, sous la chappe de chaleur, cette écrasée d’humains, tu sais, comme sur les plages, entassés, agglutinés. 

8h. Et si on allait prendre le petit-déjeuner face à la mer ? Banco ! 
Départ trop tardif, je crains le bain de foule. Je m’en tiendrais au bain de mer. 
Mon voisin, après avoir trempé son corps d’anglais à la génétique photosensible, se carapate sous le toit de paille de la cabane de plage. Bière (de soif) au riz de Camargue. 

Je le rejoins après une seconde baignade, la méditative pensée et la discussion impromptue entretenue avec celle qui s’est invitée sur mon genou (avant que ma maladresse ne la fasse basculer dans le sable, ce dont elle a le bon goût de ne pas me tenir rigueur réintégrant aussitôt un nouveau point d’appui sur ma main, mon bras) 

Je métempsychose mais pas trop. Je métaphorise mais pas trop. Je me nourris d’effets hallucinatoires mais pas trop. Je me cours-poursuis d’effets de manche qui inévitablement me retombe dans la gueule. 

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Journal de résidence, cinquième jour

Mon 15 juillet, mon plus haut que le soleil d’été, plus flamboyant que la lune rouge. Chevauchée de tgv, déchire les jours d’avant, distille ses fruits neufs, son feu d’artifice. Jour vif, jour pace-maker, vendredi de reviens-y…

Celui qui prend le train et son chapeau, bravant les presque quarante de sueur bien comptée qu’on lécherait jusqu’au bout. 
Calme, le cœur ? Se laisse dompter. Se laisse mettre la misère, là où le corps revanchard pistonne ses raisons d’être, ses racines fortes, ses échecs patents pour être le plus fort à tous les jeux. 
Sa douceur m’assemble, me rend meilleure (je me dis). Plus vraie que la veille, plus vivante. 

Sans transition, le vide se comble de brochettes pur jus, de vin, d’étoiles scintillantes, d’effluves d’écurie (ce cheval portant moustiquaire, qui sait ouvrir la porte de son box, qui me pousse de la bouche pressé de prendre le frais, dont je caresse les naseaux, dont finalement je frappe les flancs pour qu’il pénètre dans l’enclos). 

Retour dans l’improbable fiat diabolique avec à bord un écrivain flottant dans les volutes de rhum arrangé, une nuit noire que la lune et les pleins phares déficients peinent à éclairer, une nuit de manade au bord des yeux, perdu dans cette atmosphère de fourrure et de poussière.
Le vent s’est levé. On dormira mieux. 

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Journal de résidence, quatrième jour

Vous m’en mettrez du quatorze et du bon de ce mois, ce franc pur massif qui n’attend pas la quatorzième heure pour dégainer ses chaleurs. 
Je m’évapore dans les pals du ventilo. Et dans les touches effacées du clavier. 
Je laisse un peu de ce moi liquide dans les mots. Un peu de leur humidité et de leur patience faute de temps pour que je flanche. Je suis un peu plus dense moins poisseuse à cause de la neige d’été, mate brume encore ce matin. 

Studieuse journée, fériée (4 jours de pont au diable vauvert, nous voilà quadruplement esseulés. Voir..).
J’avance dans ma narration, dans ma course de fond. Je procède par obstacles, un à un abaissés, par saut de haies. Si je me rétame, je me relève. Je marche ce qu’il faut de temps, de tempêtes anéanties avant métamorphose, avant arrasement du chapitre en cours. Je me dévie, je me dirige dans une autre direction, j’avance en crabe. Je me ralentis pour laisser le moteur refroidir. What else par ces jours caniculaires ? 

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Résidence d’écriture diabolique : jour 3

Éveil avant le soleil. Camions et engins agricoles déjà à pied d’œuvre soulèvent de grands nuages de poussière dans un ciel pâle, préambule à la brume qui gagne l’abord de la résidence. 
L’air est moite d’humidité, il bruine presque. A 7h30, il se dissipe, ne laissant derrière lui qu’un souvenir de fraîcheur vite évanoui. 
Je me laisse distraire par un tracteur qui passe, le cri aigu des grues. Un gros bourdon épris du vertige des hauteurs toque à la moustiquaire, en est quitte pour redescendre. La solution c’est les boules Quies. 

Mon compagnon d’écriture parti en vadrouille hier n’est pas rentré de la nuit. A l’heure du déjeuner (gazpacho andalou, tortilla de pimiento, melon), il me conte l’abrivado auquel il était convié. Les taureaux menés depuis la manade jusqu’aux arènes avant les courses taurines. Et les repas qui ont suivi, évidemment bien arrosés.

Qui va piano etc… C’est sans compter sur les bestioles en tout genre. Mon doigt est un bazooka sur moustique. Et je noierai dans l’alcool tout être ailé et mal intentionné. 
Dis, tu crois que pulvériser ce truc sur mes jambes me sauvera la peau ? 

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Résidence d’écriture, jour 2

Éveil au son double compte triple des oiseaux (je distingue les mouettes) et d’un âne qui chante l’aurore avant le coq plus tardif. Je suis encore embuée des vapeurs de whisky de la veille. On ne sait pas à quel point le whisky a la vapeur tenace et englue le cerveau. Un doliprane devrait taire ces acouphènes internes (grignotages d’insectes xylophages entre les oreilles).
Le café a charge exigeante de me fouetter le lobe frontal avant démarrage de l’ordinateur et de l’écriture ce matin.

Le whisky s’est évaporé finalement, après avoir joué les marteaux piqueurs dans mon crâne. A fini par se débiner dans les veines, s’est écoulé dans le sablier qu’on aurait secoué trop près de la tête. Sang lavé de tout soupçon supplémentaire, j’ai remis de l’ordre à l’intérieur et sur l’écran. 
Ce soir sera sobre et aqueux…

Actualité·Au Diable Vauvert·journal·Prix de la Nouvelle Erotique (PNE)·résidence d'écriture

Un journal d’été

Trois semaines en résidence d’écriture à la Laune, Vauvert, telle est l’une des récompenses en tant que lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique. J’y suis accueillie par l’association organisatrice du concours, les Avocats du Diable, au sein du fief des éditions au diable vauvert.
Cette résidence studieuse démarre aujourd’hui. J’y poursuivrai l’écriture d’un roman que j’ai commencé ce printemps.
Je profiterai de chaque fin de journée pour rédiger sous forme de journal mes impressions quotidiennes que je posterai ici.
Je partage cette résidence avec un auteur de romans noirs, ou plutôt thrillers, parfois historiques, dont j’ai lu il y a peu le Manuscrit Robinson : Laurent Whale. Cet écrivain est d’un compagnonnage agréable. Nous avons partagé un premier repas à notre arrivée et nous allons siroter ce soir quelques boissons dans une « guinguette » non loin du lieu de résidence, en bordure du canal du midi.
Voici le poste de travail au sein du studio tout équipé où je vais oeuvrer.

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Je te suis

Je te suis comme je t’ai toujours suivie
depuis le début
comme je te suivrai toujours
je te suis à la trace
je te déploie comme tu ouvres tes ailes
comme tu trouves les courants favorables
(tu t’ouvre aux)
l’air lourd qui te porte
droite courbe sinueuse
tu suivras ta route ligne ou lignée
tu seras celle que l’on suit comme guide
celle qui tient l’os (comme son ombre)
ceux qui t’aiment te suivront
de près
pas à pas
passe-passe ce tour de la vie
à suivre sa destinée
Perle Vallens

Sur consigne de Mélanie Leblanc pour Mater atelier