
Sur le principe du livre papier Journey, j’ai fait celui-ci, Silence. Il se compose de textes et photos imprimés auxquels j’ai ajouté des éléments à l’encre.
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Sur le principe du livre papier Journey, j’ai fait celui-ci, Silence. Il se compose de textes et photos imprimés auxquels j’ai ajouté des éléments à l’encre.




Attention, cette nouvelle vidéo (montage à partir de vidéos d’associations diverses) montre des scènes de maltraitance animale. C’est la raison pour laquelle, elle n’est pas directement accessible. Pour la voir in extenso, il suffit de cliquer sur l’image.
Le texte a été écrit initialement pour une revue, il s’appuie sur des témoignages de lanceurs d’alerte, entre autres, et concerne les élevages intensifs de volaille.

Silence ou chasteté
entre les deux mes voeux balancent
toujours déséquilibrés
dans mon chaos intérieur
trajets multiples ou voie de garage
je ne choisis rien des allées et venues
de mes doutes de mes peurs
des ombres qui me traversent
des éclaircies qui m’éclaboussent
je ne choisis même pas la direction
que prend mon coeur
©Perle Vallens

ce dépôt de rouille sur la chair
sclérose ou lésions réversibles ou non
rien ne dure que le durcissement
j’assouplis mes lèvres je travaille le baiser à venir
j’élabore le déraillement
dépoitraillée sous lambeaux de tissus
on dit simple appareil
pour la nudité
je préfère le complexe d’un drapé
de jambes autour de mes hanches
avant de dévoyer des mollets pour mieux
m’acquitter de l’emprunt à la jouissance usufruitière
de son regard adjacent
on se débraille toujours mieux devant un œil
©Perle Vallens


Je ne sais pas ce qui me plaît autant dans les ombres.
Peut-être le fait qu’elles marchent avec moi.
Je n’ai jamais su si elles me suivaient ou me précédaient. Parfois je leur marche dessus, comme ce chien qui n’avance pas assez vite ou qui zig-zague juste devant (et l’ombre marche sur l’ombre du chien).
Peut-être parce que les ombres bougent tout le temps. Sans le souffle du vent, sans les jeux conjugués du ciel et du soleil, les ombres ne bougeraient pas autant. Elles déjoueraient la lumière.
Les ombres ne sont jamais totalement immobiles mais elles hésitent, elles volettent, elles vont et viennent autour de moi, elles ont l’air d’arrêter un instant puis elles repartent. Jamais elles se se superposent parfaitement, jamais elles ne font corps. On a toujours l’impression qu’elles nous fuient sans nous quitter. Elles ne savent pas ce qu’elles veulent.
Elles ont l’air de mener une garde rapprochée, parfois très rapprochée. Plus proche, il faudrait se couper un pied, ou une main. Si on se réduisait ainsi, notre ombre se réduirait d’autant.
Des contes existent où les ombres disparaissent et c’est une catastrophe sans qu’on sache vraiment pourquoi. Une perte d’ombre peut-elle être mortelle ?
Peut-être que l’ombre me rassure. Tant qu’elle est solidement, indéfectiblement attachée à mon corps, je ne suis pas encore morte.
Les morts ont-ils une ombre ? Ou ne sont-ils eux-mêmes que des ombres. C’est ce qu’on dit.
Ou dire que je suis l’ombre de moi-même, si je suis à peine vivante.
©Perle Vallens
Nouvel essai de livre pauvre sur le thème de la virtualité, de l’homme augmenté…






La vie se paie au prix fort
toute taxe prélevée
au sang à la sueur
à la suie laissée sur les mains
à la surface de la peau qui se vend
chairement qui se chasse
à coups de collets de clés de bras
kick’n heartbreak
La vie pose ses pièges
pour qui se pense loup
ou agneau le même péril
la même fin
avec ou sans mâchoires
pour mordre dedans
la vie se charge de nous mettre
tous dans le même sac puis
tire ses jetons au hasard
La vie aime jouer au dé
et à la roulette russe
La vie aime les oxymores
elle trouve ça plus seyant
©Perle Vallens

L’œil cligne, ne décline pas. Elle a une course en torsion, genoux torves, pieds suivent le mouvement. Son corps débile s’élance tout sourire. Elle ne rattrape jamais la balle.
Elle éclate et c’est de la joie pure.
Il a posé sa main sur son menton pour le saisir. Ils se sourient. Les yeux dans les yeux. Sans lunettes.
Elle ne voit plus jamais ce baiser de six ans placardé au dessus de son lit.
Ici comme ailleurs, le temps si long à passer. Rien ne déplace plus jamais les montagnes depuis la mort de la mère.
Elle multiplie les gris-gris pour conjurer le sort. C’est sa façon de tordre le cou. Mais le temps a un cou de cygne. Un cou infiniment long.
Elle plante sa fourchette comme si ça vie en dépendait. C’est comme trancher le cou du cygne.
Elle gobe tout à la même vitesse. Elle avale. Tout rond. Il lui dit qu’elle se goinfre. Parfois, ça la fait rire.
Elle ne craint pas de s’étouffer. Peut-être que parfois elle aimerait s’étouffer ?
Elle a perdu ses dents après avoir perdu sa langue. Parfois, l’une hache ce mot prononcé. Il reste en suspens. Jamais la nourriture. Elle n’a pas perdu sa bouche.
Tu sais bien toi aussi que ça remplit le vide.
Elle dit « ma sœur », elle est hilare et cela veut dire heureuse.
Trois années de distanciation, de sœurs vieillissantes à sept cent kilomètres l’une de l’autre, elle semble plus petite.
Elle a toujours les mêmes beaux cheveux noirs et brillants. Ils les lui ont mal coupés.
Ce qui cisaille ne fait jamais défaut.
Quand surgissent ces moments de refus, de détresse sourde, où elle repousse la main, qui sait ce qui doit être lu dans le regard. Ces moments où elle refuse d’être touchée, où elle s’engouffre seule aspirée.
Dit laisse moi ou ne dit rien. Te regarde comme si tu n’existais pas. Comme si rien n’existait. Comme si dans l’instant, il serait préférable que tout s’arrête.
Ce regard là me terrasse. Il émerge et fige comme ne digère plus rien.
Je me demande si parfois je l’ai aussi qui me pousse au visage, ce même regard.
©Perle Vallens
