Un nouveau (très court) poème, chronopoème sur soundcloud :
Bye bye

Bye bye baby
Bye bye ton air buté, ta brutalité
ta façon de braire sur moi
de me traiter de branleuse
de bouche à pipe
Bye bye les bleus les ecchymoses
tes cours d’estampes sur peau
tes pluies de juron
tes déjections verbales
tes vertes et tes pas mûres
Bye bye tes bruits dégueu
tes dégueulis quand t’as trop bu
tes prises de bec avec le monde
jamais refait jamais repeint
toujours haï (moi la première)
Bye bye ta guerre de tranchée
(dans le vif)
tes coups hauts de boxeur
tes coups bas de sournois
ta castagne tes pains quotidiens
tes arrachages de dent
Bye bye tes mensonges éhontés
tes faux semblants tes faux sourires
tes faux armistices et faux espoirs
tes fausses promesses de faux amis
tes amours fausses
pas de faux départ je te dis
bye bye
bye bye you’re not my baby
anymore
©Perle Vallens
Tchin à ma jeunesse

Tu te souviens de ces soirs d’été
de ces nuits d’insouciance
d’ivresse facile sans alcool
et sans cuite
coulant simple de joie pure
qu’alors nous étions
joyaux bruts non taillés
non rognés par la vie
Tu te souviens cette descente au goulot
de mauvais Champagne
sur le parvis de l’opéra Garnier
dans cette union improbable
ce reflet indéfectible dans les bulles
Nous étions six ou sept effervescents
tous mineurs passablement éméchés
entre les bustes de Rossini et Auber
on osait fredonner Mozart sous la lumière
astrale des lampadaires
Rien ne pouvait nier nos quinze ans
nous étions invincibles alors
nous vidions nos peurs adolescentes
dans la mousse noyées au cul
de la bouteille
nous buvions d’une même bouche
d’une même ardeur le bonheur d’être
jeunes
Nous ne savions pas alors que
la vie s’agence autour d’absences
qu’elle s’affaire autour de nos dénis
de nos déficiences et de nos défaites
Nos réussites se fêtent encore
au Champagne (et au meilleur)
il a beau pétiller il ne goûte
plus tout à fait l’enfance
©Perle Vallens
En corps

le corps mènerait à toi
il y tiendrait
il s’y tiendrait entre or et peaux
il y logerait tout entier
dans son déluge
dans son vagabondage
un corps dans un corps
exulterait sa danse ex
pulserait ses déserts
poussant son avantage
poussant encore un accord
le quatrième
dans la gamme sonore
©Perle Vallens
Vivante

Jamais vu fille plus gaie, plus enthousiaste, plus vivante. Jamais. Toujours le sourire. Toujours aimante, aidante. Pleine d’allant. Aucun recul devant la vie. Jamais elle n’aurait fugué. Je leur ai dit et répété. Vous comprenez, nous étions très « famille », je leur ai dit.
Vous savez, je l’ai tenue sur mon ventre, elle gigotait déjà. C’était ma première-née. Elle était la vie même.
J’ai vu mille fois le fond de ses yeux. J’ai vu sa silhouette d’arbre frêle, ses branches vivaces, ses feuilles remontées vers la lumière.
Je l’ai vue grandir et s’épanouir. Je l’ai vue rire, aimer, boire, manger, danser, sauter. Je l’ai vue trébucher, tomber et se relever. Je l’ai vue saigner et je l’ai soignée. Je l’ai consolée comme toute mère fait.
J’ai aimé ce que j’ai vu d’elle, j’ai été fière. Elle n’a eu besoin de personne pour délimiter ses espaces, pour asseoir sa personnalité. Elle était plus grande que la moyenne. Je ne parle pas de la taille mais de l’être, de l’aura.
Je l’ai vue marcher dans la vie sans frayeur, j’ai vu son insouciance et ses plaisirs. J’ai vu qu’elle serait heureuse. Elle allait devenir une jeune femme formidable, avant d’être fauchée dans ses vingt ans. Elle serait devenue une femme formidable si son chemin n’avait pas croisé celui de ces deux monstres.
Elle aimait tant faire la fête , elle était un modèle pour sa soeur. Le carnaval était une date importante, et chaque année, elles en étaient. Elles n’auraient manqué ça pour rien au monde, vous pensez !
Je l’ai vue ce jour-là, radieuse. Elle portait du bleu, brillant, satiné, assorti à ses yeux. Je l’ai vue si rayonnante, si pleine de vie.
Je l’ai gardée intacte dans sa jeunesse, je l’ai gardée enfouie en moi encore vingt ans avant de mourir moi-même.
Maintenant que je suis morte, je ne vois plus rien.
©Perle Vallens
Caviar 61

On marche avec nos morts

On marche avec nos morts
lourds et morts depuis longtemps
On marche avec nos fantôme plantés dans la peau
harpons de mots accrochés à nos lèvres
On sait le fardeau et la peine qu’on a
à porter nos morts sur le dos
leur poids sur nos épaules
la charge de leur histoire
On sait la force qu’il faut et l’endurance
pour résister à les poser là
à les laisser loin de nous
Alors on endosse nos morts et on avance
©Perle Vallens
Mes fesses

Tu sais pourquoi je les aime bien mes fesses ?
Parce qu’elles sont confortables
bien rembourrées d’un coussin naturel
fesses ostensibles réputées incassables
leur galbe arrondi comme moulé
sur mesure l’amabilité en prime
(mes fesses savent sourire)
le muscle tonique dessous
et ce grain de douceur
garanti peau et main d’œuvre
100% chair fraîche et afflux de sang
de tissu adipeux de fibres battants
froid les difficultés de la marche
sauf effets du vent glacé
sauf rafales délétères du mistral
qui bat la mesure sur mon postérieur
sauf contractures longue durée
sauf traitements inavouables
son dévouement sans faille à la cause
du plaisir
Et toi, tu les aimes mes fesses ?
©Perle Vallens
Et évidemment, comment ne pas penser à BB chez Godard ?
Caviar 60

Mot à la bouche

le mot percute quelque chose
dans la bouche close
verrouillée aux lèvres cousues
de fil blanc
le mot tourne comme une langue
tourne et se retourne
son lit défait de rives basses
les mains ne peuvent rien
extirper rien exécuter qu’une danse
un entre-deux un tremblement
ce qui repose dans le creux
n’est pas le mot
tout au plus son avancée son ombre
une syllabe pourrait rebondir
d’une main à l’autre si la bouche le
crachait
le mot finit par fondre
tout au fond
©Perle Vallens