Emotion·photo n&b·poésie·prose

Mots en meute

paupière fermée©Perle Vallens

la poésie est amnésique, elle est le poids de non mémoire, de non identification.
Les mots ne disent rien de compréhensible. Les mots se cherchent juste un chemin à travers la peau. Ils vibrent en percussion que nous percevons de loin, à l’intérieur.
La rage aide à rassembler les mots perdus. Tous les mots en meute regroupés sur le-dessus se mettent parfois à hurler.
Les paroles noyées dans la nuit ne veulent rien dire, juste qu’elles se noient dans la nuit.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo n&b·poésie

Pauvre Monsieur K

Pied et main ©Perle Vallens.jpg

Kafka connaît que dalle aux mouvements lents, à la musique dans la mollesse de l’estomac, la moelle épinière qui se dresse sous le son de sa voix. Rien aux abeilles qui font le buzz dans mon ventre, la ola, les applaudissements, l’effet papillon de ma bouche jusqu’en bas à chacun de ses baisers.

Kafka connaît que dalle aux délits d’initiée, aux petites délivrances entre ses bras, à la danse, aux langues partagées, aux transes de ses mains. Il ne sait rien des cratères qu’il crée et qu’il remplit, des bulles, des balancelles et des incandescences.

Non, Kafka connaît que dalle aux métamorphoses du corps, aux colonies qui gravitent dans les veines, aux coups de hache sur la mer gelée de la peau.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Rien ni personne

rien ni personne

La voix s’étrangle de ne rien dire
Il a rangé la cravate
l’agrafe du goitre gravée sur la jugulaire
Il a foulé aux pieds l’uniforme
troué au côté, à l’endroit du cœur
un liseré pourpre replié sur l’envers
des paupières refermées

A la place, il s’habille de tripes
la tenue qu’il préfère
sa peau de poète
la fripe nue sur les chairs
un bleu de travail comme un ciel
qui laisse passer la lumière
large poche sur la poitrine
pour contenir les maux criés
les prières et les pleurs

Rien ni personne
il est juste un passeur
Il panse la misère en mots
Il a des priorités qui ne sont pas les leurs
Il tient de ces propos !
Il passe pour une forte tête
On le prend pour un rêveur
un déserteur de rangs
un empêcheur de se tenir droit
d’avancer d’équerre
Il dit trop haut, il écrit trop fort
ce que les autres ne pensent même pas

Il a beau leur dire
ils ne comprennent pas
Ils s’évertuent à croire
ils ignorent les ailleurs
ils refusent de les voir
Tout ce qu’ils veulent
c’est qu’il fasse ses heures
dans son costume étriqué
corvéable sans merci

Directeur de rien
il enfilera son armure pourtant
dès demain
©Perle Vallens

Poème initialement publié dans Revue Métèque #7, annoncé ici.Avec Dead Man de Jim Jarmusch et Johnny Depp en vis à vis, excusez du peu.

Emotion·photo n&b·poésie

Corpus victis

La voix se donne et se reprend. Les jours ne se comptent plus. Le corps se perd, éperdu, entre la prime douleur et l’apaisement de la soif. Le corps ne s’appartient plus, il pèse de tous ses os, de toute sa chair creuse, de toute sa substance vide. Il survit à peine tranché par la lumière, arraché à la terre. Le corps cherche sa place partout.
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Main vive

L’hiver au creux des paumes s’est laissé cueillir entre deux nuages vierges.
Ramasser les corbeaux aveugles au bout de ses doigts. Ils ne savent plus crocheter la lumière. Ils ramassent les derniers grains à picorer, les fruits rassis d’arrière-saison. Ils dérobent ce qui reste d’impatience et de déraison. Les ongles crissent contre les pierres, écrasent les crânes, crèvent les plaies. Un sursaut, une survie.
Mais les mains savent-elles encore étreindre ?
©Perle Vallens